Merveilleux, le chemin de Han Shan !
Merveilleux ?
Parfois…
Longtemps que j’habite à Han Shan, combien d’automnes ?
Seul, je chante, délivré de tout souci
le portail reste ouvert, je suis tranquille
la source jaillit, nectar inépuisable
dans le sol de la salle en pierre un tripode où bout le cinabre
dans la marmite du pollen de pin et de jeunes pousses de cyprès
quand j’ai faim je mange une boulette de cette panacée
le cœur en harmonie je m’appuie à un rocher
Mais pas toujours…
Las ! Pauvre, malade de surcroît
coupé des amis, des parents
le pot à riz est toujours vide
dans la marmite la poussière s’entasse
ma cabane d’ermite ne résiste pas à la pluie
l’eau goutte sur le lit, comment me reposer ?
Pourquoi suis-je si accablé ?
Trop de tourments usent leur homme
…qui pourtant se soucie des pèlerins à venir :
Jadis ici je suis passé
il y a soixante-dix ans de cela
des vieux amis plus aucune visite
ils sont enterrés dans des tombeaux anciens
aujourd’hui, tête blanche
toujours gardien d’un bout de montagne sous les nuages
que recommander aux générations à venir
sinon de lire la parole des anciens ?