Poète et savant astronome, Omar Khayyam naît à Nishapour aux environs de 1040. Il écrivit neuf ouvrages scientifiques dont deux seulement nous sont parvenus. Mais sa célébrité lui est venue des quatrains par lesquels il exprime, libre des croyances de l'époque, une vision du monde d'une sombre et fascinante beauté.
Le vin est l'ennemi de la religion, dit-on.
Pourtant, il n'est pas une ville du Moyen-Orient qui n'honore la mémoire de Khayyam en lui dédiant une rue, une avenue,
un boulevard…peut-être faut-il voir dans l'ivresse du sage amoureux des étoiles une ivresse bien différente de celle qu'apporte le vin…
les avis divergent…chacun peut choisir son mode de lecture.
L'introduction à l'oeuvre de Khayyam, par son traducteur Charles Grolleau, se trouve ici, et
les quatrains se trouvent là. Cette traduction - la meilleure connue - a été rééditée en août 2008 par les éditions Allia.
La rose de l'Amour
Quiconque arrose dans son coeur la plante de l'Amour
n'a pas un seul jour de sa vie qui soit inutile
soit qu'il cherche à aller au devant de la volonté de Dieu
soit qu'il cherche le bien-être corporel et lève sa coupe
Pourquoi ma venue ?
Ma venue ne fut d'aucun profit pour la sphère céleste
mon départ ne diminuera ni sa beauté ni sa grandeur
mes deux oreilles n'ont jamais entendu dire par personne
le pourquoi de cette venue et celui de ce départ
Nettoie la poussière de ton corps
O âme, si tu peux te nettoyer de la poussière de ton corps
esprit nu, tu planeras dans le ciel
l'Empyrée sera ton séjour, mais que ce soit ta honte
si tu y viens étant encore un habitant de la terre
Si j'avais été libre
Si j'avais été libre de venir, je ne serais pas venu
Si je pouvais contrôler mes pas, où donc irais-je ?
Ne vaudrait-il pas mieux qu'en ce monde de poussière
je n'aie pas eu à venir, à en partir...y vivre !
Vivre au présent ?
Tu n'as pas aujourd'hui de pouvoir sur demain
l'anxiété du lendemain est inutile
Si ton coeur n'est pas insensé, ne te soucie même pas du présent
sais-tu ce que vaudront les jours qu'il te reste à vivre ?
Voûte céleste
Cette voûte céleste devant laquelle nous restons interdits
nous savons qu'elle n'est qu'une sorte de lanterne magique
le soleil est la lampe, l'univers la lanterne
Et nous, les images qui tournent
La lune nous cherchera
Puisque nul ici ne peut te garantir un lendemain
rends heureux maintenant ton coeur malade d'amour
Au clair de lune, bois du vin, car cet astre
nous cherchera demain et ne nous verra plus
Pour ce monde, que donnerais-Tu ?
O Ciel, dans tes largesses, tous les misérables ont leur part
tu leur accorde la subsistance nécessaire au supplice de vivre
Mais, je te le demande, ô Ciel, si tu étais un homme
donnerais-tu même une figue pour une félicité pareille ?
N'importe qui te retarde
Si tu désires aller vers Lui, quitte femme et enfants
courageusement sépare-toi de tes proches et de tes amis
n'importe qui, sur ta route, te retarde
comment voyager avec de tels obstacles ?...
Ecarte-les !
Traduction de
Charles Grolleau
Editions Champ Libre
Paris 1980