Khayyam

Les Quatrains



Les Quatrains ont été réédités en 2008 par les éditions Allia dans un format réduit. Le recueil, très lisible, tient dans une poche. Les amoureux de Khayyam apprécieront.







I



Je n'ai jamais mis en collier les perles de la Prière
ni caché cette poussière de péchés qui souille mon visage
c'est pourquoi je ne désespère pas de ta Miséricorde
car je n'ai jamais dit que le Un était Deux


II



Ne vaut-il pas mieux te dire mes secrètes pensées dans une taverne
que me prosterner sans Toi devant le Mihrab ?
O Toi le Premier et le Dernier de tous les êtres
donne-moi l'Enfer ou le Ciel, mais fais de moi ce que tu veux


III



O toi qui te crois sage, ne blâme pas ceux qui s'enivrent
laisse de côté l'orgueil et l'imposture
Pour goûter le calme triomphant et la paix
incline-toi vers ceux qu'on humilie, vers les plus vils


IV



Si assuré et ferme que tu sois, ne cause de peine à personne
que personne n'ait à subir le poids de ta colère
Si le désir est en toi de la paix éternelle
souffre seul, sans que l'on puisse, ô victime, te traiter de bourreau


V



Puisque nul ici ne peut te garantir un lendemain
rends heureux maintenant ton cœur malade d'amour
Au clair de lune, bois du vin, car cet astre
nous cherchera demain et ne nous verra plus


VI



Le Koran, que les hommes nomment le Mot suprême
on le lit de temps à autre, mais qui le lit sans cesse ?
Ah ! Sur les lignes de la Coupe, un texte adorable est gravé
que la bouche, à défaut des yeux, elle-même, sait lire


VII



Nous et le vin et le banc de la taverne et nos corps d'ivrognes
nous sommes insoucieux de l'espoir de la miséricorde
et de la terreur du châtiment nos âmes et nos cœurs
nos coupes et nos vêtements tachés de lie - sont indépendants
de la terre et du feu et de l'eau


VIII



Ici-bas, il vaut mieux que tu te fasses peu d'amis
ne sors de toi-même que pour de brèves entrevues
celui-là dont le bras te semble un appui
examine le bien, et prends garde


IX



Ce vase, ainsi que moi, fut autrefois un douloureux amant
avidement il s'est penché vers quelque cher visage
Cette anse que tu vois à son col
c'est un bras qui jadis enlaçait un cou bien-aimé


X



Ah ! Malheur à ce cœur d'où la passion est absente
qui n'est pas sous le charme de l'amour, joie du cœur !
Le jour que tu passes sans amour
ne mérite pas que le soleil l'éclaire et que la lune le console


XI



Aujourd'hui refleurit la saison de ma jeunesse
j'ai le désir de ce vin d'où me vient toute joie
Ne me blâme pas même âpre, il m'enchante
il est âpre parce qu'il a le goût de ma vie


XII



Tu n'as pas aujourd'hui de pouvoir sur demain
l'anxiété du lendemain est inutile
Si ton cœur n'est pas insensé, ne te soucies même pas du présent
sais-tu ce que vaudront les jours qu'il te reste à vivre ?


XIII



Voici maintenant pour le monde un peu de bonheur possible
chaque cœur vivant a des aspirations vers la solitude
Sur chaque branche, on croit apercevoir la blanche main de Moïse
chaque brise semble vivifiée par le souffle de Jésus


XIV



Celui qui n'a pas vu croître et mûrir pour lui le fruit de la Vérité
ne marche pas d'un pied ferme sur la Route
Quiconque inclina vers soi l'arbre de la science
sait qu'aujourd'hui est comme hier et demain comme le Premier Jour


XV



Au-delà du jour de la Création, au-delà des cieux, mon âme
cherchait la Tablette et le Kalam, et le Ciel et l'Enfer
le maître enfin m'a dit, lui dont l'esprit est plein de clarté
" La Tablette et le Kalam, le Ciel et l'Enfer sont en toi "


XVI



Lève-toi, donne-moi du vin, est-ce le moment des vaines paroles ?
Ce soir ta petite bouche suffit à tous mes désirs
Donne-moi du vin, rose comme tes joues
mes vœux de repentir sont aussi compliqués que tes boucles


XVII



Le Printemps doucement évente le visage de la rose
dans l'ombre du jardin, comme un visage aimé est doux !
Rien de ce que tu peux dire du passé ne m'est un charme
sois heureux d'Aujourd'hui, ne parle pas d'Hier


XVIII



Combien de temps jetterai-je des pierres dans la mer !
Je suis écoeuré des idolâtres de la pagode
Kháyyám! Qui peut assurer qu'il habitera l'Enfer ?
Qui donc jamais visita l'Enfer ? qui, jamais, revint du Ciel ?


XIX



Ces atomes d'une coupe qu'il façonna pour l'emplir de vin
le buveur ne permettra pas qu'il soit dispersé au hasard
Tous ces ornements délicats que ses doigts assemblèrent
Pour l'amour de qui les fit-il ? En haine de qui les briserait-il ?


XX



Comme l'eau du fleuve ou le vent du désert
un nouveau jour s'enfuit de mon existence
Le chagrin ne fit jamais languir ma pensée, à propos de deux jours
celui qui n'est pas encore, celui n'est plus


XXI



Puisque ma venue ne fut pas pour moi le jour de la Création
et que mon départ est l'objet d'une sentence que j'ignore
lève-toi et ceins bien tes reins, agile porte-coupe
je vais noyer la misère de ce monde dans le vin


XXII



Kháyyám, qui travailla aux tentes de la sagesse
tomba dans le brasier de la tristesse et fut consumé d'un seul coup
les ciseaux du destin ont coupé la corde de sa tente
et le marchand d'espoir l'a vendu pour une chanson


XXIII



Khayyamm, pourquoi pleurer ainsi sur tes péchés ?
Que gagnes-tu en te livrant à une telle tristesse ?
Puisque la Miséricorde n'est pas pour les justes
et ne s'éveille qu'aux bruits de nos péchés, pourquoi gémir ?


XXIV



Dans la cellule et à l'école, au monastère et à la synagogue
s'abritent ceux qui redoutent l'Enfer et recherchent le Ciel
Celui qui connaît les secrets de Dieu
ne sème pas de telles semences dans le cœur de son cœur


XXV



Si, dans la saison du printemps, un être aux formes de houri
me verse sur le vert talus d'un champ, un gobelet plein de vin
bien que ceci puisse à tous sembler étrange
un chien vaut mieux que moi si je prononce alors le nom du Ciel


XXVI



Sache ceci que de ton âme tu seras séparé
tu passeras derrière le rideau des secrets de Dieu
Sois heureux…tu ne sais pas d'où tu es venu
bois du vin, tu ne sais où tu iras


XXVII



Je tombais de sommeil et la Sagesse me dit
" Jamais dans le sommeil, la rose du bonheur n'a fleuri pour personne
Pourquoi t'abandonner à ce frère de la mort ?
Bois du vin !…Tu as des siècles pour dormir "


XXVIII



Mon cœur me dit " J'ai le désir ardent d'une science inspirée
instruis-moi, si tu en est capable "
Je dis l'Alif mon cœur reprit " N'en dit pas davantage
Si le Un est dans la maison, c'est assez d'une lettre "


XXIX



Personne ne peut passer derrière le rideau qui cache l'énigme
nul esprit ne sait ce qui vit sous les apparences
Sauf au cœur de la terre, nous sommes sans asile
Bois du vin !ignores-tu qu'à de tels discours il n'y a pas de fin ?


XXX



Le mystère doit rester voilé aux esprits vils
et les secrets impénétrables aux fous
Réfléchis à tes actes vis-à-vis des autres hommes
il faut cacher nos espérances à toute l'humanité


XXXI



Dès le commencement fut écrit ce qui sera
infatigablement la Plume écrit, sans souci ni du bien ni du mal
Le Premier Jour, Elle a marqué tout ce qui sera
Notre douleur et nos efforts sont vains


XXXII



Au printemps, sur la berge d'un fleuve ou sur le bord d'un champ
Avec quelques compagnons et une compagne belle comme une houri
apportez la coupe…ceux qui boivent la boisson du matin
sont indépendants de la mosquée et libre de la synagogue


XXXIII



Je n'ai rêvé du ciel que comme d'un lieu de repos
car j'ai tant pleuré que je n'y vois qu'à peine
l'Enfer n'est qu'une étincelle à côté de ce qu'a subi mon âme
et je ne crois au paradis que lorsque je goûte un instant de paix


XXXIV



On dit que le jardin d'Eden enchante les houris
je dis que le jus de la grappe est seul délectable
Tiens-t'en à l'argent comptant et renonce à un gain promis
car le bruit des tambours, frère, n'est beau que de très loin


XXXV



Bois du vin, car tu dormiras longtemps sous l'argile
sans un intime, un ami, un camarade, une femme
veille à ne jamais dire ce secret à personne
les tulipes fanées ne refleuriront jamais


XXXVI



Bois du vinc'est lui la Vie éternelle
c'est le trésor qui t'est resté des jours de ta jeunesse
la saison des roses et du vin, et des compagnons ivres !
Sois heureux un instant, cet instant c'est ta vie


XXXVII



Donne-moi du vin, remède de mon cœur blessé
bon compagnon de ceux qu'a fatigué l'amour
mon esprit aime mieux l'ivresse et ses mensonges
que la voûte des cieux, fond du crâne du monde


XXXVIII



Je bois du vin, et l'on me dit, à droite et à gauche
" Ne bois pas de vin, c'est l'ennemi de la religion ! "
Quand j'ai su que le vin était l'ennemi de la religion, j'ai dit
" Par Allah ! Laissez-moi boire son sang, c'est un acte de piété "


XXXIX



Le vin est un rubis liquide, et la coupe en est la mine
la coupe est le corps dont le vin est l'âme
La coupe de cristal où rit le vin
est une larme dans laquelle est caché le sang du cœur


XL



J'ignore si Celui qui façonna mon être
m'a préparé une demeure dans le Ciel ou dans l'horrible Enfer
mais un peu de nourriture, une adorée et du vin sur le vert talus
cela, c'est de l'argent…garde pour toi le Ciel auquel tu fais crédit


XLI



Le bien et le mal qui sont dans la nature humaine
le bonheur et le malheur que nous garde le destin…
n'en accuse pas le Ciel, car, du point de vue de la Sagesse
ce Ciel est mille fois plus impuissant que toi


XLII



Quiconque arrose dans son cœur la rose de l'Amour
n'a pas un seul jour de sa vie qui soit inutile
soit qu'il cherche à aller au devant de la volonté de Dieu
soit qu'il cherche le bien-être corporel et lève sa coupe


XLII



Partout ou se trouve une robe ou un parterre de tulipes
fut répandu jadis le sang d'un roi
chaque tige jaillissant du sol
c'est le signe qui orna la joue d'une beauté


XLIV



Sois prudent, la fortune est incertaine prends garde
le glaive du destin est acéré
Si le sort te met des amandes douces dans la bouche
ne les avales pas du poison s'y mélange


XLV



Une cruche de vin, les lèvres de l'aimée, sur le bord d'une pelouse
ont tari mon argent, et ruiné ton crédit
Toute la race humaine est vouée au Ciel ou à l'Enfer
mais qui jamais est allé en Enfer, qui jamais revint du Ciel ?


XLVI



O toi dont la joue est modelée sur le modèle des roses sauvages !
Toi dont le visage est moulé comme celui des idoles de la Chine
hier ton amoureux regard changea le roi de Babylone
en un fou que le joueur fait manœuvrer sur l'échiquier


XLVII



Puisque la vie passe, qu'est-ce que Bagdad et Balk ?
La coupe une fois pleine, qu'importe son amertume et sa douceur ?
Bois du vin, car souvent après ton départ et le mien, cette même Lune
passera du dernier jour du mois au premier, du premier au dernier


XLVIII



De ceux qui tirent le pur vin de dattes
et de ceux qui passent la nuit en prières
pas un n'est sur un terrain solide, tous se noient
Il en est Un qui veille, les autres sont endormis


XLIX



Cette Intelligence qui rôde dans les chemins du Ciel
te dit cent fois par jour
" A cette minute même, comprend donc que tu n'es point
comme ces herbes qui reverdissent après avoir été cueillies"


L



Ceux qui sont esclaves de l'intellect et des vaines subtilités
sont morts au milieu des querelles sur l'être et le non-être
Va ! Toi le simple, choisis le jus de la grappe Car les ignorants
d'avoir mangé des raisins sec, sont devenus comme des raisins verts

LI



Ma venue ne fut d'aucun profit pour la sphère céleste
mon départ ne diminuera ni sa beauté ni sa grandeur
mes deux oreilles n'ont jamais entendu dire par personne
le pourquoi de cette venue et celui de ce départ


LII



Nous serons effacés du chemin de l'amour
le destin nous broiera sous ses talons
ô porte-coupe au doux visage, quitte ta pose paresseuse
donne-moi du vin, car je deviendrai de la poussière


LIII



Maintenant, du bonheur il ne nous reste que le nom
hormis le vin nouveau, pas un vieil ami est resté
Ne détourne pas ton geste joyeux de la coupe
car aujourd'hui, c'est elle seule qui reste à notre portée


LIV



Ce que la Plume a écrit ne change jamais
s'en désoler ne procure qu'une tristesse profonde
même en subissant l'angoisse toute ta vie
tu n'ajoutes pas à celle-ci une goutte de plus


LV



O cœur, laisse un moment la société des malades d'amour
Cesse pour un moment d'être absorbé par ces choses frivoles
va rôder au seuil des derviches
Peut-être faut-il que tu sois reçu un moment des Reçus ?


LVI



Ceux qui, pendant quelque temps, ornent le Ciel
viennent, vont et reviennent, suivant l'heure
Dans la chemise du ciel et dans la poche de la terre
il est, puisque Dieu ne meurt pas, des êtres qui naîtront


LVII



Ceux dont les croyances sont basées sur l'hypocrisie
veulent faire une distinction entre l'âme et le corps
Moi, je sais que le vin seul a le mot de l'énigme
et qu'il donne conscience d'une parfaite unité


LVIII



Les corps qui peuplent cette voûte du ciel
déconcertent ceux qui pensent
Prends garde de perdre le bout du fil de la sagesse
car les guides eux-mêmes ont le vertige


LIX



Je ne suis pas homme a craindre le non-être
cette moitié du destin me plaît mieux que l'autre moitié
c'est une vie qui me fut prêtée par Dieu
je la rendrais quand il faudra la rendre


LX



La vie passe, mystérieuse caravane
dérobe-lui sa minute de joie !
Porte-coupe, pourquoi t'attrister sur le lendemain de tes compagnons ?
Verse du vin…la nuit s'écoule


LXI



Etant vieux, mon amour pour toi m'a fait donner dans un piège
sinon comment se fait-il que ma main tienne cette coupe de Nebid ?
L'aimée a tué le repentir qu'enfanta la raison
elle a déchiré la robe que la patience a cousue


LXII



Bien que le vin ait déchiré mon voile
tant que mon âme vivra, je ne la délaisserai pas
Mais, vraiment, ceux qui vendent le vin m'étonnent
que peuvent-ils acheter de meilleur que ce qu'ils vendent ?


LXIII



Tant de générosité, tant de tendresse en commençant !Pourquoi ?
Et m'avoir abreuvé de délices et de caressesPourquoi ?
Maintenant que tu ne songes qu'à déchirer mon cœur
Que t'ai-je donc fait? Une fois encorepourquoi ?


LXIV



Que mon âme soit hantée par le désir d'idoles pareilles aux houris
que ma main, toute l'année, tienne la coupe pleine !
On me dit " Que Dieu te donne le repentir ! "
Il ne me le donnera pas, je n'en veux pas, n'en parlons plus


LXV



Dans la taverne, tu ne peux faire le Wuzu qu'avec du vin
et tu ne peux y purifier ton nom terni
Sois heureuxle voile de notre tempérance
est si déchiré qu'on ne peut songer à le recoudre


LXVI



Je vis un homme, seul, sur la terrasse de sa maison
qui foulait sous ses pieds, avec mépris, de l'argile
et cette argile, dans son mystique langage, lui dit
" Calme-toi, un jour, on te foulera comme tu me foules "


LXVII



La journée est belle, la brise est tiède et pure
la pluie a lavé la poussière qui ternissait la joue des roses
Le rossignol dit à la rose, en la langue antique et sacrée
" Toute ta vie, enivre-toi de chants suaves et de parfums ! "


LXVIII



Avant que le destin te frappe à la tête
ordonne qu'on t'apporte du vin couleur de rose
Pauvre sot, penses-tu être un trésor
et que l'on te déterrera après t'avoir enseveli ?


LXIX



Prends soin de me réconforter avec une coupe de vin
et de donner à ma peau ambrée la couleur du rubis
Quand je mourrai, lave-moi avec du vin
et fais avec du bois de vigne les planches de mon cercueil


LXX



O Shah, les astres t'ont destiné au trône de Khosroès
ils ont sellé pour toi le cheval impérial
quand ton coursier aux sabots d'or bouge
et pose le pied par terre, le sol se dore


LXXI



L'amour qui n'est pas sincère est sans valeur
comme un feu presque éteint, il ne réchauffe pas
Le véritable amant, pendant des années, des mois, des nuits, des jours
ne goûte ni repos, ni paix, ni nourriture, ni sommeil


LXXII



Nul, parmi ceux qui ont interrogé le noir mystère
n'a fait un pas hors du cercle de l'Ombre
O Femme, quelle bouche sinistrement muette as-tu baisée
que tu nous aies tous crées silencieux et impuissants ?


LXXIII



Limite tes désirs des choses de ce monde et vis content
Détache-toi des entraves du bien et du mal d'ici-bas
prends la coupe et joue avec les boucles de l'aimée, car, bien vite
tout passe…et combien de jours nous restent-ils ?


LXXIV



Du sein des nues, les cieux font pleuvoir des fleurs
on dirait qu'ils sèment des corolles dans le jardin
Dans une coupe-lis je verse du vin rose
comme les nuées violettes répandent du jasmin


LXXV



Je bois du vin et quiconque boit comme moi en est digne
Si je bois, c'est chose bien légère devant Lui
Dieu savait, dès le premier jour, que je boirais du vin
si je ne buvais pas, la science de Dieu serait vaine


LXXVI



Ne laisse pas la tristesse t'étreindre
et d'absurdes soucis troubler tes jours
n'abandonne pas le livre, les lèvres de l'aimée et les odorantes pelouses
avant que la terre te reprenne dans son sein


LXXVII



Bois du vin, pour qu'il chasse au loin toutes tes misères
et la troublante pensée des soixante-douze sectes
Ne fuis pas l'alchimiste, car de lui
si tu prends seulement une gorgée, il fera s'évanouir mille soucis


LXXVIII



Le vin est défendu, car tout dépend de qui le boit
et aussi de sa qualité et de la compagnie du buveur
Ces trois conditions réalisées, tu peux dire
qui donc boit du vin, si ce n'est le sage ?


LXXIX



Bois du vin, ton corps un jour sera poussière
et de cette poussière on fera des coupes et des jarres
sois sans souci du Ciel et de l'Enfer 
pourquoi le sage se troublerait-il de telles choses  ?


LXXX



Voici la saison où la terre décore sous les brises du printemps
et laisse s'ouvrir des yeux, plein d'espoir de la pluie
Les mains de Moïse semblent argenter les jeunes branches
le souffle de Jésus s'exhale de la terre


LXXXI



Chaque goutte que laisse tomber à terre l'échanson
éteint le feu de l'angoisse dans un œil attristé
Gloire à Dieu  ! tu admets donc que le vin
est un baume qui allège ton cœur de bien des peines


LXXXII



Tous les matins la rosée emperle les tulipes
les violettes inclinent leurs têtes, dans le jardin 
en vérité, rien ne me ravit comme le bouton de rose
qui semble ramasser, autour de lui, sa tunique soyeuse


LXXXIII



Amis, lorsque vous êtes réunis
il faut que vous pensiez tendrement à moi
quand vous boirez ensemble le vin généreux, et que ce sera mon tour
videz votre verre jusqu'au fond


LXXXIV



Amis, quand, à vos rendez-vous
vous jouissez des charmes l'un de l'autre
Quand l'échanson prend en main le vin Maghâni
souvenez-vous, dans votre toast, d'un malheureux qui vous fut cher


LXXXV



Une seule coupe de vin vaut cent coeurs et cent religions
un trait de vin vaut l'empire de la Chine
Hors du vin, ce rubis, il n'y a point sur terre
une seule chose acide valant mille âmes douces


LXXXVI



Si tu désires aller vers Lui, quitte femme et enfants
courageusement sépare-toi de tes proches et de tes amis
n'importe qui, sur ta route, te retarde
comment voyager avec de tels obstacles ?…Ecarte-les !


LXXXVII



Apporte-moi ce rubis dans un verre de cristal
ce compagnon, ce familier parmi les libres
puisque tu sais que ce monde de poussière
n'est qu'un souffle qui passe…apporte-moi du vin


LXXXVIII



Debout! Apporte le remède à ce cœur oppressé
donne le vin à l'odeur musquée, le vin couleur de rose
Veux-tu l'antidote de la tristesse ?
Apporte le vin, ce rubis, et le luth aux cordes de soie


LXXXIX



J'ai vu hier, au bazar, un potier
qui piétinait avec acharnement de l'argile
et l'argile lui dit, en son mystique langage
" Jadis, je fus vivante, ainsi que toi sois moins brutal "


XC



Bois de ce vin, c'est la vie éternelle
c'est ce qui reste en toi des juvéniles délices bois !
Il brûle comme le feu, mais les tristesses
il les change en une eau vitale bois !


XCI



Ne suis pas la Sunnat, laisse les préceptes
ne refuse à personne le morceau que tu possèdes
ne calomnie pas, n'afflige pas un seul cœur
je te garantis le monde à venir
apporte du vin


XCII



Le vin a le rouge des roses, le verre est plein de l'eau des roses
peut-être !
Dans l'écrin de cristal est un rubis très pur
peut-être !
Dans l'eau est un diamant liquide
peut-être !
Le clair de lune est le voile du soleil
peut-être !


XCIII



Chaque vœu de repentir, nous le rompons encore
et refermons sur nous la porte de bon renom
Ne me blâme pas si j'agis comme un exalté
car, une fois de plus, je suis ivre du vin de l'amour


XCIV



Pour parler clairement et sans paraboles
nous sommes les pièces du jeu que joue le Ciel
on s'amuse avec nous sur l'échiquier de l'être
et puis nous retournons, un par un, dans la boîte du néant


XCV



O cœur, puisqu'en ce monde le vrai même est une hyperbole
pourquoi t'inquiéter à ce point de ce trouble et de cet abaissement ?
Livre ton corps au destin, et ton âme à la merci des heures
ce que la Plume a écrit ne sera pas raturé pour toi


XCVI



Sur le visage de la rose, un peu de brume flotte toujours
toujours en moi, dans mon cœur, vit le désir du vin
Ne dors pas! Qui t'a donné le droit de dormir ?
Chère, donne-moi du vin, le soleil brille encore


XCVII



Va ! Jette de la poussière à la face du ciel
bois du vin, étreins la beauté
est-ce le moment de la prière et de la supplication
puisque, de tous ceux qui sont partis, pas un n'est revenu ?


XCVIII



Remplis la coupe le jour naît, lilial comme la neige
apprends du vin quelle est la couleur du rubis
Prends deux morceaux de bois d'aloès et éclaire l'assemblée
fais un luth avec l'un, une torche avec l'autre


XCIX



Nous sommes retournés à notre débauche d'habitude
nous avons renoncé aux cinq prières
Partout où se trouve une coupe, tu nous verras
allonger le coup comme le cou d'une bouteille


C



Plein de désir, j'ai mis mes lèvres aux lèvres de la jarre
pour lui demander combien longue serait ma vie
Elle a collé ses lèvres aux miennes et m'a dit
" Bois du vin, tu ne reviendras pas en ce monde "


CI



Si tu veux m'écouter, je te donne ce conseil
pour l'amour de Dieu, ne te revêts pas de la robe d'hypocrisie
La vie future c'est le toujours, ce monde n'est qu'un instant
ne vend pas le royaume d'éternité pour une seconde


CII



Sois heureux, Kháyyám, si tu es ivre
si tu reposes près d'une aimée aux joues de tulipe, sois heureux
puisque à la fin de tout tu seras le néant
rêve que tu n'es plus, déjà sois heureux


CIII



Hier soir je suis allé dans l'atelier d'un potier
je vis deux mille pots, les uns parlaient, les autres gardaient le silence
Tout à coup, l'un d'eux s'écria, d'une voix agressive
où donc est le potier, l'acheteur et le marchand ?


CIV



De cet esprit qu'on appelle le vin pur
on dit " C'est le remède d'un cœur dévasté "
Alors bien vite apportez-moi deux ou trois coupes pleines
pourquoi donc appelle-t-on cette boisson si bonne, l'eau maudite ?


CV



Regarde mes mérites un à un, pardonne mes péchés par dizaine
pardonne tout péché passé, le compte en est à Dieu
Ne laisse ni l'air ni le vent attiser ta haine
pardonne-moi, par la poussière de la tombe de Mohamed !


CVI



Vraiment le vin dans la coupe est un gracieux esprit
une âme délicate habite aux flancs sonores de la jarre
Rien de lourd n'est digne d'être l'ami du vin
si ce n'est la coupe, car elle est, à la fois, et lourde et délicate


CVII



Où donc est la limite de l'éternité à venir ou celle de l'éternité du passé ?
C'est maintenant l'heure de la joie, rien ne remplace le vin
Théorie et pratique sont au-dessus de ma portée
mais le vin dénoue le nœud de toute énigme


CVIII



Cette voûte céleste devant laquelle nous restons interdits
nous savons qu'elle n'est qu'une sorte de lanterne magique
le soleil est la lampe, l'univers la lanterne
Et nous, les images qui tournent


CIX



Je ne suis pas toujours maître de moi-même…qu'y puis-je ?
Et je souffre pour mes actions…qu'y puis-je ?
Vraiment, je crois à ton pardon généreux
tant j'ai honte de penser que tu as vu mes actes…mais, qu'y puis-je ?


CX



Il me faut me lever pour chercher le vin pur
Toi, donne à mes joues la couleur du jujubier
Si la raison me tourmente encore, je lui cracherai au visage
une gorgée de vinpour qu'elle dorme !


CXI



Combien de temps encore serons-nous les esclaves des problèmes quotidiens ?
Qu'importe que nous vivions un an ou un jour en ce monde
Verse une coupe de vin
avant que nous soyons des pots dans l'atelier du potier


CXII



Puisque notre séjour en ce couvent n'est pas durable
sans l'Echanson et sans l'amour, quelle amertume que la vie !
O philosophe, combien durent les croyances anciennes et nouvelles ?
Puisque je dois partir, que m'importe si le monde est ancien ou nouveau ?


CXIII



En t'aimant j'encours des reproches pour cent péchés
et si je manque à cet engagement, je paie une amende
Si je reste fidèle toute ma vie à ta cruauté, plaise à Dieu
j'ai un fardeau moins lourd à porter jusqu'au jour du jugement


CXIV



Le monde étant périssable, je ne fais que de l'artificiel
je ne suis que pour la gaieté et le vin qui brille
On me dit " Que Dieu t'accorde le repentir ! "
Il ne le donne pas,
et le donnerait-il, je n'en voudrais pas


CXV



Bien que je sois venu, très humble, à la mosquée
par Dieu, je n'y suis pas venu pour la prière
j'y suis venu pour y voler un tapis de prière
que le péché use…et j'y suis retourné plusieurs fois


CXVII



Mon cœur ne sait plus distinguer entre l'appât et le piège
un avis me pousse vers la mosquée, l'autre vers la coupe
pourtant ,le vin, l'aimée et moi
nous sommes mieux cuits dans une taverne que crus dans un monastère


CXVIII



C'est le matin, humons un instant le vin couleur de rose
et brisons encore une fois sur la pierre ce vase de bonne renommée et d'honneur
Cessons de haleter vers ce qui fut longtemps notre espoir
et jouons avec les longues boucles et le manche sculpté du luth


CXIX



Nous avons préféré au monde un petit coin et deux pains
et nous nous sommes sevrés du désir de sa fortune et de sa magnificence
Nous avons acheté la pauvreté avec notre cœur et notre âme
nous avons, dans la pauvreté, découvert de grandes richesses


CXX



Je connais le dehors de l'être et du non-être
je connais l'intérieur de tout ce qui est haut et bas
pourtant, quelle honte de mon savoir
si je reconnaissais quelque chose de plus haut que l'ivresse !


CXXI



Jeunes, nous avons quelques temps fréquenté un maître
Quelques temps nous fûmes heureux de nos progrès
Vois le fond de tout cela que nous arriva-t-il ?
Nous étions venus comme l'eau, nous sommes partis comme le vent


CXXII



Pour celui qui comprend les mystères du monde
la joie et la tristesse sont identiques
puisque le bien et le mal doivent tous deux finir
qu'importe que tout soit peine, ou remède


CXXIII



Imite, autant qu'il dépend de toi, les libertins
sape les fondements de la prière et du jeûne
Ecoute la parole de vérité d'Omar Káyyám
" Enivre-toi, vole sur les grands chemins, et sois bon "


CXXIV



Puisque toute mission de la race humaine en ce désert
ce n'est que de souffrir et puis de rendre l'âme
le cœur allégé c'est celui qui s'en va bien vite de ce monde
et celui-là connaît le repos qui n'y est jamais venu


CXXV



Derviche, arrache de ton corps ce voile fleuri d'arabesques
plutôt que de sacrifier à ce voile ton corps
Va, jette sur tes épaules la bure de la Pauvreté
et des tambours battront pour toi, dans ton cœur, des marches royales


CXXVI



Regarde les méfaits de cette voûte céleste
et vois ce monde vide…puisque les amis sont partis
Autant que tu le peux, vis un moment pour toi-même
ne goûte qu'au présentle passé a l'odeur des Morts


CXXVII



Boire du vin et étreindre la beauté
vaut mieux que l'hypocrisie du dévot
si l'amoureux et si l'ivrogne sont voués à l'Enfer
personne, alors, ne verra la face du Ciel


CXXVIII



On ne peut consumer de tristesse le cœur empli de joie
ni détruire le plaisir de vivre en le passant à la pierre de touche
Il n'est personne qui sache le secret du futur
ce qu'il faut, c'est du vin, l'amour et le repos à discrétion


CXXIX



Cette voûte céleste, pour ma perte et la tienne
vise nos âmes pures, la mienne et la tienne
Assieds-toi sur le gazon, mon Idole avant peu
ce même gazon croîtra de ma poussière et de la tienne


CXXX



A quoi bon la venue, à quoi bon le départ ?
Où donc est la chaîne de la trame de notre vie ?
Que de corps délicats le monde brise
Où donc est partie leur fumée ?


CXXXI



Fuis l'étude de toutes les sciences cela vaut mieux
natte en jouant les boucles de l'aimée cela vaut mieux
avant que le sort ne répande ton sang
répands le sang de la bouteille dans ta coupe cela vaut mieux


CXXXII



Ah ! ma barbe a balayé le seuil de la taverne !
J'ai dit adieu au bien et au mal des deux mondes
s'ils tombent dans ma rue comme deux balles
tu me trouveras, si tu me cherches, dormant du sommeil de l'ivrogne


CXXXIII



Il vaut mieux s'abstenir de tout, sauf de boire
et le vin est meilleur quand les beautés qui en sont ivres vous le servent dans un kiosque
Rien ne vaut d'être un ivrogne, un calender, un vagabond
rien n'est meilleur que de boire depuis Mah jusqu'à Mahi


CXXXIV



Cette voûte céleste est comme un bol tombé le fond en l'air
et sous lequel sont prisonniers tous les sages
Toi, imite l'amour de la coupe et de la jarre
ils sont lèvre contre lèvre, bien que le sang coule entre eux deux


CXXV



Vois, la brise a déchiré la robe de la rose
de la rose dont le rossignol était enamouré
faut-il pleurer sur elle, faut-il pleurer sur nous ?
La Mort viendra nous effeuiller et d'autres roses refleuriront


CXXXVI



Combien de temps m'affligerai-je de ce que j'ai fait ou n'ai pas fait
et du souci de mener ma vie d'un cœur léger, ou non ?
Remplis la coupe, car j'ignore
si j'exhalerai ce souffle que j'aspire


CXXXVII



Ne te livre pas aux soucis de ce monde injuste
n'évoque pas le souvenir en deuil des trépassés
Ne donne ton cœur qu'à la fille de Péris, aux seins de jasmin
Aie toujours du vin ne jette pas ta vie aux vents qui passent


CXXXVIII



Bien que ta vie compte plus de soixante années, ne cède pas
où que tu ailles, ne marche pas autrement qu'en homme ivre
Avant que de ton crâne on fasse une jarre
ne descends pas la cruche de ton épaule et ne lâche pas la coupe


CXXXIX



Une gorgée de vin vieux est meilleure qu'un nouveau royaume
Evite tout chemin, sauf celui qui conduit au vin…c'est mieux ainsi
Une coupe vaut cent fois mieux que le royaume de Feridun
la tuile qui couvre la jarre vaut mieux que la couronne de Khosroès


CXL



O Saki, ceux qui sont partis avant nous
se sont endormis dans la poussière de leur vanité
Va! Bois du vin et apprends de mes lèvres la vérité
tout ce qu'ils ont dit, ô Saki, c'est du vent


CXLI



Seigneur ! Tu as brisé mon flacon de vin
Seigneur ! Tu as fermé sur moi la porte du bonheur
Tu as répandu mon vin pur sur le sol
que je meure ! Mais c'est toi qui es ivre, ô mon Seigneur !


CXLII



O Ciel, dans tes largesses, tous les misérables ont leur part
tu leur accordes la subsistance nécessaire au supplice de vivre
Mais je te le demande, ô Ciel, si tu étais un homme
donnerais-tu même une figue pour une félicité pareille ?


CXLIII



O cœur, jamais tu ne sonderas le mystère
jamais tu n'éclairciras les subtilités des philosophes
Fais-toi un ciel du vin et de la coupe
car, au Ciel véritable, sais-tu si tu pénétreras jamais ?


CXLIV



Tu ne te nourris que de la Fumée de la cuisine du Monde
Combien de temps gémiras-tu à propos de l'être et du non-être ?
Le capital que tu convoites s'use à réparer maintes brèches
mais tu perds ton temps à supputer un trésor qui ne t'appartient pas


CXLV



O âme, si tu peux te nettoyer de la poussière de ton corps
esprit nu, tu planeras dans le ciel
L'Empyrée sera ton séjour, mais que ce soit ta honte
si tu y parviens en étant encore un habitant de la terre


CLXVI



Hier soir, j'ai brisé ma coupe contre une pierre
la tête me tourna d'avoir pu faire une telle chose
et la coupe m'a dit dans sa langue mystique
" J'ai été comme toi, tu seras comme moi un jour "


CXLVII



Prends la coupe et le flacon, ô désir de mon cœur !
Joyeux, promène-toi dans le jardin et sur le bord des fleuves
Combien d'êtres charmants, le Ciel moqueur
a-t-il cent fois changés en coupes et cent fois en flacons


CXLVIII



Sur la route où je vais, en mille endroits, tu mets des pièges
tu dis " Je te prendrai si tu y mets le pied "
Pas un atome du monde n'échappe à ton pouvoir
tu ordonnes toutes choses et tu m'appelles révolté !


CXLIX



Ce que je veux, c'est une goutte de vin couleur de rubis et un livre de vers
et la moitié d'un pain, assez pour soutenir ma vie
Et si je suis alors assis près de toi, même en quelque lieu désert et désolé
je serais plus heureux que dans le royaume d'un sultan


CL



Ne te dépense pas tant en tristesse insensée, mais sois en fête
Donne, dans le chemin de l'injustice, l'exemple de la justice
puisque la fin de ce monde est le néant
suppose que tu n'existes pas, et sois libre


CLI



Regarde, ainsi que je le fais, de tous côtés
dans le jardin, coule un bras du Kausar
Le désert devient semblable au Ciel, tu peux dire que l'Enfer n'est plus
Assieds-toi donc au Ciel avec une amie au visage céleste


CLII



Sois heureux, car on a fixé hier ta récompense
et l'hier est bien loin, au-delà de ta portée
Sois heureux, sans que tous tes efforts aboutissent
hier, avec certitude, on a marqué ce que tu feras demain


CLIII



Verse le vin rouge, couleur des tulipes nouvelles
tire le sang pur de la gorge de la jarre
car aujourd'hui, hors la coupe, je n'ai pas
un seul ami qui possède un cœur pur


CLIV



A mon cœur attentif le Ciel a murmuré en secret
" Apprends de moi les commandements que j'ai décrétés
si j'avais pu quelque chose sur mes propres évolutions
le vin m'aurait préservé du vertige "


CLV



Tant que j'aurais un peu de pain à portée de ma main
une gourde de vin et un morceau de viande
et que nous pourrons tous les deux nous asseoir dans la solitude
aucun sultan ne m'aura pour convive dans ses plus somptueux festins


CLVI



Si maintenant deux mesures de vin te sont données
bois du vin dans toute assemblée, dans toute réunion
car Celui qui fit le monde ne s'occupe
ni de tes moustaches ni de ma barbe


CLVII



Si j'avais été libre de venir, je ne serais pas venu
Si je pouvais contrôler mes pas, où donc irais-je ?
Ne vaudrait-il pas mieux qu'en ce monde de poussière
je n'aie pas eu à venir, à en partir…y vivre !




Editions Champ Libre – Paris 1980 - épuisé

 



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