Le moine fou : le retour !


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J'habite dans une forêt profonde
d'année en année poussent les lianes vertes
en outre nulle affaire des hommes ne vient me harceler
de temps à autre j'entends un bûcheron chanter
au soleil je rapièce ma robe de moine
sous la lune je lis des poèmes
J'aimerais dire aux hommes de ce monde
pour être à l'aise on n'a pas besoin de beaucoup



*



Nuit froide dans la pièce vide
l'encens brûle, les heures passent
dehors mille perches de bambous
sur le lit quelques livres
la lune est à moitié sortie, la fenêtre est blanche
les insectes grésillent
les quatre voisins sont silencieux
tout cela suscite un sentiment sans limite
Face à ça nulle parole



*



Quand on est sans désir, tout contente
quand on désire, dix mille choses n'en viennent à bout
de simples légumes peuvent apaiser la faim
une robe de moine suffit pour protéger le corps
je vais seul tenir compagnie aux cerfs
à voix haute je chante
en accompagnant les enfants du village
je rince mes oreilles dans le cours d'eau au pied du rocher
au sommet de la montagne les pins sont ravissants



*



Nuit de printemps
Avec un ami nous marchons sous la lune
pour nous rendre à sa ferme
Nuit de printemps, la lune est voilée
nous tenant par la main nous marchons lentement
Soudain effrayés par nos voix d'hommes qui résonnent
des oiseaux d'eau en battant des ailes s'envolent



*



Dans les arbres le bruit des cigales, au pied du rocher l'eau
L'averse de la nuit dernière
a supprimé les fumées et la poussière
Ne dis pas que dans ma hutte il n'y a rien
plein la fenêtre, de l'air frais à partager avec toi



*



Toute la journée a mendier ma nourriture
de retour je ferme le portail de branchages
Dans le poêle je brûle des branches
elles ont encore des feuilles
Serein je lis des poèmes de Han-Chan
Aucune pensée, aucun doute



*



Le ciel est bleu et froid, les oies sauvages crient
la montagne est dépouillée, les feuilles des arbres volent
Au soleil couchant
sur le sentier du village d'où montent les fumées
seul, avec mon bol vide je rentre



*



Je suis un vieux moine du Ciel de l'Ouest
une canne en rotin noir tout le temps m'accompagne
Je marche loin, jusqu'au torrent d'émeraude
en fredonnant des chansons
Assis je regarde les nuages blancs
surgir des cimes rocheuses
Pitoyable celui qui recherche renom et profit
dans ce monde flottant
toute sa vie affairé à courir dans le vent et la poussière
Hiver sombre, au onzième mois
au moment où la pluie et la neige sont abondantes
mille montagnes, une même couleur
dix mille sentiers, de rares passants
mes voyages d'autrefois sont tous devenus des rêves
Ma porte en herbes bien fermée
toute la nuit brûle une bûche de bois blanc
tranquillement je lis les poèmes des anciens



*



Le temps passe doucement, c'est la fin de l'année
sous le ciel se dépose un givre sévère
mille montagnes, les feuilles des arbres sont tombées
dix mille sentiers, les passants sont rares
toute la nuit je brûle des feuilles sèches
de temps à autre j'entends le bruit du vent et de la pluie
regardant en arrière me revient le passé
tout n'est qu'un rêve




Ryokan
Extrait d'un recueil d'une centaine de poèmes
Editions Moundarren
78940 Millemont France



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