- Qui nous fera voir notre Aimé ?, soupirait un jour Rabi'a.
- Notre Aimé est avec nous, lui répondit sa servante. Mais le monde nous a coupé de Lui.
*
- Te marieras-tu un jour ? demanda Hasan al-Basri à Rabi'a.
- Le mariage, lui répondit-elle, est utile à qui peut choisir. Quant à moi, je n'ai pas le choix de ma vie. Je suis à mon Seigneur et vis à l'ombre de ses commandements. Ma personne n'a aucune valeur.
- Comment en es-tu arrivée là ? Lui demanda-t-il encore.
- Par mon abandon au Tout.
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Al-Thawri dit un jour à Rabi'a :
- Tout contrat a sa condition, toute foi sa vérité. Quelle est la vérité de ta foi ?
- Je ne L'ai adoré, répondit-elle, ni par crainte de son Enfer ni par espoir de son Paradis. Car alors, j'aurais été comme un mauvais serviteur qui travaille lorsqu'il a peur ou lorsqu'il veut être récompensé. Je ne L'ai adoré que par amour et par pure passion de Lui.
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Servante, mais pas servile
Munkar et Nakir, dit-elle, sont venus chez moi et m'ont interrogée :
- Qui est ton Seigneur ?
- Voici ce que je leur ai répondu :
- Anges, allez dire ceci à Sa Majesté Dieu le Très-Haut : Comment ! parmi tous tes serviteurs, c'est moi que Tu ordonnes d'interroger, moi, une vieille femme ? Je suis celle qui n'a connu personne d'autre que Toi. T'ai-je oublié une seule fois pour qu'ainsi Tu envoies Munkar et Nakir me poser des questions ?
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Un geste simple, léger, pour rejeter le monde : " Je m'en moque ! ". Ni regret, ni amertume, ni mépris.
- D'où es-tu venue ? lui demanda-t-on.
- de l'autre monde.
- Et où vas-tu ?
- Vers l'autre monde.
- Et que fais-tu en ce monde-ci ?
- Je m'en moque.
- Et de quelle façon t'en moques-tu ?
- Je mange son pain et je fais les oeuvres de l'autre monde.
Traduit de l’arabe par Mohammed Oudaimah
Editions Arfuyen
Paris 2006