Saigyo : une vie érémitique difficile


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   Traduits avec l'intelligence du cœur, voici quelques-uns des 90 poèmes offerts, accompagnés de leur calligraphie japonaise, dans le recueil " Poèmes de ma hutte de montagne ". Ils constituent autant d'instantanés vivants de l'existence érémitique, pas toujours facile, de Saigyo.





les désirs ardents
habitant le corps
s'éteindraient-ils
rien qu'à rencontrer
ce vent frais ? *

   * l'enseignement du Bouddha



*



jamais la moindre visite
dans ce jardin
envahi par de jeunes miscanthus
qui donc s'est frayé un chemin
pour aller y cueillir des violettes ?



*



   Solitude


ma hutte en herbes
délabrée
à qui personne ne vient rendre visite
si ce n'est le vent



*



comment se fait-il que mon cœur
demeure imprégné par les fleurs des cerisiers
alors même que je pensais
être de ceux
qui ont renoncé à tout ?



*



accoutumé à mon ermitage
à la tombée du jour
le coucou
comme si je ne l'avais pas entendu
à nouveau prononce son nom



*



de recevoir un visiteur
dans ma retraite montagnarde
le désir cessé
sans la solitude pour compagne
comme l'existence serait sombre



*



à la fenêtre, de la tempête
le grondement a cessé
jusque-là dissimulé
le bruit de l'eau
dit combien profonde est la nuit



*



le grand filet
a été halé
tout près du bord
combien d'êtres
y ont laissé enfermer leur vie ?



*



même chez quelqu'un
ordinairement
détaché des choses
il trouble le cœur
le premier vent d'automne



*



qui se souvient encore de moi
pour me rendre visite
en se frayant un passage
le long de ce sentier de montagne
détrempé par la rosée ?



*



dans un ermitage montagnard
à la fin de l'automne
le sentiment commence à deviner
la tristesse
des rafales du vent d'hiver



*



si l'on considère
que tout en ce monde ?
comme les fleurs se disperse
ce corps qui est le mien
où le laisser reposer ?



*



puisse le ciel
me faire mourir au printemps
sous les fleurs des cerisiers
au deuxième mois
quand la lune est pleine



   Saigyo, amoureux des fleurs de cerisiers, fut exaucé. Il mourut le jour de la pleine lune du second mois de l'an 1190.



*



devant le Bouddha
avec des fleurs de cerisiers
en offrande
priez
pour ma vie future



Editions Moundarren
Chemin des Bois
78940 Millemont - France

 



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