Zen des cinq montagnes


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Poèmes du Zen des Cinq-Montagnes

 

   Plus de 200 poèmes composés en chinois par des moines japonais appartenant aux Cinq-Montagnes (GOZAN), ces monastères gouvernementaux qui, de la fin du XIIIe siècle au début du XVIIe, ont permis à la branche Rinzai de l'ordre Zen de favoriser ou de susciter le développement d'une part importante de la littérature, de l'art et de la culture que possède le Japon .
   Davantage que la traduction, dont je ne peux juger que " par le cœur ", ce sont les notes et les clefs symboliques offertes avec chaque poème qui m'ont séduit. Elles ajoutent, si besoin est, du relief et de la couleur à cet ouvrage et le transforme en recueil de sagesse.
   L'abondance décourage le choix… Voici donc, offert par le hasard, cet unique extrait
:



   Pluie de printemps



Mélancolie nouvelle la pluie vue du haut de la tour
Les arbres vaporeux sombres qui hors les murs sont flottants
M'éveillant je reconnais au lieu d'un tableau de printemps
Sous le voile du jour tombant l'automne aux monts de chez nous




   1) A certains moments, une impression indéfinissable (mélancolie) semble nous annoncer un renouvellement de notre pensée, une régénération de notre être (nouvelle). Cette découverte prochaine appartient déjà à l'esprit qui fait l'effort de s'élever à un point de vue panoramique du problème de l'existence (le haut de la tour) et de se recueillir (noter que l'auteur est assis, bientôt gagné par une sorte de paisible somnolence facilitant le dégagement de son esprit, préliminaire ou condition de l'éveil).
   2) Ce que nous connaissons du monde à travers l'écran des sensations (la pluie) est un ensemble de formes inconsistantes et floues (arbres vaporeux, flottants) : le jeu de la contingence et de la relativité, nées du foisonnement de la causalité universelle (les arbres de la " forêt des apparences "). Comme ce monde sensible qui nous entoure ne manque pas de charme, il finit par nous cerner, justement, nous assiéger (hors les murs), à la faveur de l'obscurcissement de notre raison (sombre, ces arbres) : l'impermanence, dont nous souffrons, n'a sans doute pas de meilleur complice que notre aveuglement…
   3) L'image éphémère que nous prenons pour l'unique réalité n'est que l'arbitraire fixation d'un mirage (tableau de printemps), dont l'original, comme s'il existait ailleurs, doit être reconnu au moyen d'une radicale prise de conscience (m'éveillant).
   4) Derrière le réseau des phénomènes, que tissent les vicissitudes de l'espace-temps (voile du jour tombant), la maturité de la connaissance sapientielle (l'automne) nous révèle la seule réalité, originelle et substantielle, que chacun porte en soi - chacun étant un " buddha ", un être de conscience - et qui est comme notre seule et véritable patrie spirituelle (monts de chez nous).
   5) Ainsi donc, la définition du printemps ne l'empêche pas de partager certains traits avec l'automne, tout comme cet " ici " avec cet " ailleurs ". Fort bien, mais la scène se passe indéniablement au printemps et en Chine ! Ne soyons pas dupes de notre beau satori…





traduits du chinois et commentés par Alain-Louis COLAS
Editions Maisonneuve et Larose
Paris 1991




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