Attar


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   Prolixité orientale ? C’est vrai ! Farîdoddîn ‘Attâr est un grand bavard. Lui-même le reconnaît : " Celui qui veut me critiquer objecte que j’ai dit trop de choses. En fait, j’ai abondance de pensées à exprimer, mais tu es libre de ne pas m’écouter." Libre donc, aussi, de l’écouter. Avec attention et ravissement. Et qu’importe s’il faut parfois, pour découvrir le joyau, gratter un peu de terre.




La mort d’Alexandre


   Lorsque dans la tristesse on enterra Alexandre, un sage dit devant sa tombe : " Roi, tu as fait bien des voyages, mais jamais comme celui-ci. Tu as parcouru la sphère tournante de l’univers, tu n’as plus maintenant à te soucier de la marche du temps. Tu ne partais que pour revenir, et ne revenais que pour repartir. Pourquoi ? Tant que tu es ici-bas tu n’es conscient de rien et tu ne penses pas aux conséquences de tes actes dans l’au-delà. Pourquoi sommes-nous enchaînés par tant de liens ? Jusqu’à quand ces allées et venues ? "


L’oiselle et ses petits


   "… Fais en sorte que lorsque l’ange de la mort viendra prendre ta vie, il ne trouve que ta dépouille, ton âme étant déjà partie. Si tu meurs avant que ne sonne ton heure, tu trouveras en ta mort félicité éternelle. Ton âme est une lampe dans le désert, et ton corps un écran qui la masque. Lorsque se lèvera cet écran, le désert resplendira comme le soleil. En ton cœur reposent d’innombrables merveilles, mais il faut œuvrer beaucoup pour en prendre conscience. Avance sans cesse sur le chemin de la foi ; sois inconscient et conscient tour à tour, Car à travers ces deux états tu laisseras en arrière ce monde plein de vilenie. Et à la place du mal tu trouveras, sur la voie de l’initiation, une abondance de biens. "


La réponse de l’homme angoissé au sujet du monde


    " On demanda à un homme angoissé : " Comment trouves-tu l’état de ce monde ? " Il répondit : " Ce monde plein de douleur et de chagrin me paraît identique à un jeu d’échec. Tantôt il se trouve joliment disposé en rangs ; tantôt on y introduit le combat, comme entre guerriers. On enlève l’un à sa case ; puis on offre cette case à un autre. Parfois on assiège le roi de tous côtés. Avec maintes humiliations on l’évince de sa case. Ainsi continue-t-on jusqu’à ce que l’on apprenne à abandonner ce futile échiquier. "

   " La vie de jeux et de divertissements éloigne de la voie, la vie de l’au-delà répand la lumière qui libérera ton cœur pour toujours de la frivolité des jeux du monde. Une vie de jeux et de divertissements t’a fourvoyé. Tu t’es consacré à la richesse, à l’empire, au pouvoir royal.
   Tu es un aigle royal, déploie tes ailes ; envole-toi de ce piège aux jeux enfantins. "




Spiritualités vivantes
Albin Michel – Paris 1990



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