" Pèlerin à l'âme troublée ! Tu as en vain parcouru tout l'univers, avant d'aborder finalement au rivage de la mer qui est mienne.
Quand bien même pénétrerais-tu dans chaque atome, sache que, de la Lune au Poisson, il n'est pas de voie ! Ce que tu as cherché est en toi !
Tu es toi-même l'obstacle qui t'en sépare. L'homme d'abord se hâte vers les signes, mais tant qu'il ne s'est pas trouvé lui-même, il ne trouve pas la Voie.
(…) A présent qu'ici tu es arrivé, sois vaillant ! Plonge en cette mer qui est mienne, abîme-toi en elle ! Je suis l'océan illimité, pour
toujours sans rives. De la désunion d'où tu viens, aborde sur mon rivage ; renonce à la vie, plonge en moi ! (…) O toi retenu dans ton
propre sac, toi qui vénères tes fantasmes, sache que l’Etre est en dehors de ton imagination, combien de temps encore devrai-je secouer tes chaînes ? (…)
Tu es le grain qui erre de lieu en lieu et croit sous ses pas fouler le soleil ! Tu es la goutte qui jaillit comme la source impétueuse et prétend absorber tout entier le vaste océan ! "
Lorsque l’Ame eut tenu ces paroles, le Pèlerin lui réclama un viatique. Puis il plongea dans l’abîme de l'Océan sans fond, insoucieux du péril. (…) Saisi d’émerveillement, il se lava les mains de sa propre existence ; purifié il se mit à contempler. Il dit : " Ame ! Puisque tu étais tout ce qui est, puisque tu étais la vérité des deux mondes, pourquoi m'as-tu fait tant errer ? "
L’Ame répondit : " Pour que tu apprennes à connaître ma valeur ! Car, celui qui sans peine trouve un trésor,
jamais n'en appréciera la valeur. Seul la connaîtra celui qui trouve le trésor aux prix de maints tourments ! "
Traduit du persan par Isabelle de Gastines
Editions Fayard – Paris 1981