Krishnamurti : un enseignement révolutionaire.


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" Le moi est un fait, mais c'est une illusion."
Krishnamurti




   Il y a peu, quelqu’un affirma : " Krishnamurti a parlé, tout a été dit. Désormais, aucun autre enseignement n’est nécessaire ". J'approuve ces mots scandaleux et ceux tout aussi iconoclastes de Zéno Bianu : " On ne sait si le siècle qui vient sera métaphysique, mais pour ne pas mourir, il devrait être krishnamurtien ".

   Insérons ici quelques lignes de Jan Foudraine : " Il n'est pas exclu que Krishnamurti, éminente figure de proue de la vérité, soit un jour considéré comme l'initiateur de la révolution de la conscience dont cette planète a si désespérément besoin. Une question reste sans réponse : les gens ont-ils " écouté " ? Y a-t-il suffisamment d'énergie " libre ", d'attention réelle, pour entendre ce que Krishnamurti disait et pour oser sauter dans l'abîme de la connaissance pure ?

   Grave question !

   Dire que le XXIème siècle devrait être krishnamurtien * n'est en aucun cas déni des autres enseignements, ce site en témoigne, mais je reste convaincu que la clarté, la précision, la vision " holistique " de celui-ci n'ont jamais été égalées. Inutile donc d'aller chercher jusqu'aux étoiles une sagesse qui nous sortirait du pétrin. Nous marchons dessus.

   * Robert Linssen, dans " Krishnamurti, précurseur du 3ème millénaire ", écrit : " L'enseignement de Krishnamurti ne s'interprète pas comme une oeuvre philosophique, littéraire ou scientifique. Il implique le vécu d'une révolution intérieure immense, un coup de balai nécessaire et hautement salutaire de toutes les poussières intellectuelles du passé. Il s'agit non de " comprendre l'enseignement de Krishnamurti " mais de se comprendre soi-même et, pour se faire, éviter tout mimétisme subtil de l'enseignement de Krishnamurti ou de tout autre enseignement que ce soit. La qualité d'attention requise pour la prise de conscience parfaitement claire de ce qui vient d'être dit nous engage d'emblée à fond dans un processus expérimental du Vivant.

   Nous remarquons alors que l'oeuvre de Krishnamurti se situe en dehors de toutes les classifications des philosophies ou mystiques traditionnelles, sauf, peut-être pour les enseignements de la " Voie Abrupte ". (Lin-Tsi, Shen-Hui, etc...ndlr.)

   L'enseignement de Krishnamurti fait appelle à une connaissance de soi à la fois complète, non analytique et supra-mentale. Mais pour être complète, cette connaissance implique non seulement l'exploration des contenus du conscient superficiel et de l'inconscient. Elle accordera une priorité absolue à l'examen de la nature de la fonction explorante : la pensée. Avant de penser adéquatement à quoi que ce soit, Krishnamurti nous suggère d'examiner d'abord la nature même de la pensée, ses mouvements, les énergies qui l'alimentent, son origine, sa destinée, son rôle exact et ses limites. Il attire notre attention sur un fait essentiel qui, malgré son évidence passe complètement inaperçu pour la plupart d'entre nous : le processus de la pensée manque d'ordre et de cohérence. L'être humain est psychologiquement fragmenté. Il est déchiré entre des tendances, des désirs, des attachements et des ambitions contradictoires entraînant des pertes d'énergie continuelles.

    Krishnamurti nous demande de voir que les pages du livre de la vie sont brouillées mais personne ne s'en rend compte parce que nous les avons toutes reçues brouillées dès la naissance, et même avant. Il faut s'en rendre compte avant tout plutôt que d'essayer désespérément de trouver un sens au contenu confus qui se présente lorsque l'on prend les pages comme le hasard où le destin les a placées. "


   Personne n’aime être mis à nu et livré à sa seule responsabilité. C’est pourtant l’exercice auquel se livre Krishnamurti, sans ménagement, sans compromission, avec un implacable bon sens. De prime abord, tout en lui décourage *. Dégagé des rituels, des dogmes, des " bons " conseils ou des " commandements ", il laisse à qui l'écoute une liberté d’action et de pensée totale, effrayante. Il ne permet à l’esprit qui veut se connaître aucune échappatoire. Il ne promet rien **. Mais cette rigueur sans faille est le fondement même de l'aventure intérieure. Elle prévient l'égarement  et transmute, enfin, la souffrance inutile en lumière.

   * Paul Bragdon précise : " L'enseignement de Krishnamurti paraîtra désespérant jusqu'à ce que l'on s'aperçoive que ses coups ne visent que nos chaînes ", et Robert Linssen ajoute (op.cit) : " Toute l'oeuvre de Krishnamurti peut-être considérée comme un énoncé des obstacles, en majorité psychologiques, qui paralysent les possibilités de perceptions naturelles les plus profondes de l'esprit humain. Il s'agit d'une véritable science naturelle de l'Eveil intérieur, science de la " connaissance de soi ", dont la mission essentielle consiste à rendre l'homme vraiment libre par la prise de conscience de ses conditionnements. En fait, nous ne sommes que "conditionnements ", à la fois physiquement et psychologiquement, mais nous ne nous en rendons pas compte. "


   ** Ne rien promettre n'est pas, ici, comme si souvent, l'affirmation trompeuse d'une liberté, offerte ou à prendre, qui masque un refus d'engagement, une peur de prendre des responsabilités. Ici, ne rien promettre, c'est refuser au " je " une échappatoire vers le futur, c'est le contraindre à rester dans le présent, là où s'activent les conflits qui le ravagent.



   Actuellement, Les œuvres de Krishnamurti figurent au programme des facultés de philosophie, psychologie et sciences de l'éducation de plus d'une centaine d'universités et de collèges américains. Ce n’est pas nécessairement un destin heureux, ni une référence absolue…Mais en cette sombre époque, mieux vaut trop que pas assez. Par ailleurs, Il existe un CD-ROM couvrant l’enseignement dispensé entre 1933 et 1986. Il représente l’équivalent de deux cents ouvrages de taille moyenne. Le reste des documents (retranscriptions, lettres, enregistrements, etc.) représenterait encore une centaine de volumes. C’est dire qu’aujourd’hui, tout est accessible à tous.



   Parmi les titres édités en format de poche, " Se libérer du connu " convient à une première approche même si, souvent, il est très mal perçu. Le miroir est impitoyable. En témoignent ces quelques lignes :

   "  (...) Je (Krishnamurti) voudrais vous demander quel est votre intérêt fondamental et permanent, dans la vie. Laissant de côté toutes les réponses obliques et abordant cette question directement et honnêtement, que répondriez-vous ? Le savez-vous ? Que le centre de votre intérêt n’est autre que vous-même ? C’est ce que la plupart d’entre nous répondraient s’ils étaient sincères : " je m’intéresse à mon évolution, à mon travail, à ma famille, au petit coin dans lequel je vis, à obtenir une meilleure situation, plus de prestige et de pouvoir, à mieux dominer les autres, etc. " Je crois qu’il serait logique, n’est-ce pas, d’admettre que ce qui nous intéresse au premier chef c’est " moi d'abord " ? Certains pourraient dire qu’il ne faudrait pas s’intéresser principalement à soi-même. Mais quel mal y a-t-il à cela, si ce n’est que nous l’admettons rarement en toute honnêteté ? Il arrive que nous en éprouvions comme un sentiment de honte. Mais voilà qui est dit : notre intérêt fondamental est nous-mêmes, quoique pour différentes raisons, idéologiques ou traditionnelles, nous pensons que c’est un mal. Toutefois ce que l’on pense ne change rien : pourquoi introduire ici cette notion de mal ? Ce n’est qu’une idée, un concept. Le " fait " est que ce qui nous intéresse d’une façon fondamentale et durable, c’est nous-mêmes. Vous pourriez me dire que l’on éprouve plus de satisfaction à aider les autres qu’à penser à soi. Où est la différence ? Si aider les autres est ce qui vous donne le plus de satisfaction, c’est que vous êtes intéressés par ce qui peut le plus vous satisfaire, vous. Pourquoi y introduire un concept idéologique ? Pourquoi ne pas vous dire que ce que vous désirez réellement, c’est vous satisfaire, soit par l’érotisme, soit par la charité, ou en devenant un grand saint, un homme de science, un homme politique ? C’est toujours le même processus n’est-ce pas ? Notre satisfaction par les moyens les plus divers, subtils ou grossiers : c’est cela que nous voulons. Lorsque nous disons que nous voulons la " libération ", c’est que nous pensons qu’il s’agit de trouver un état qui satisfasse merveilleusement, et l’ultime satisfaction serait, bien sûr, l’idée saugrenue de la " réalisation " personnelle. En vérité, nous aspirons à une satisfaction qui ne comporterait rien qui puisse nous déplaire. La plupart d’entre nous ont un désir dévorant d’occuper une position sociale, craignant de n’être que des rien-du-tout. La société est faite de telle façon que l’homme qui occupe une belle situation est traité avec beaucoup de courtoisie, tandis que celui qui n’est rien socialement est malmené. Tout homme au monde veut avoir sa place, dans la société, dans sa famille ou à la droite de Dieu, et cette situation doit être reconnue, sans quoi ce ne serait pas une situation du tout. Il nous faut toujours être sur une estrade. Intérieurement, nous sommes des remous douloureux et désordonnés. Etre considéré par le monde, passer pour des personnages importants, nous procure une grande compensation. Ce désir d’avoir du prestige, d’être puissant et d’être reconnu tel par la société, est en somme un désir de dominer, ce qui est une forme d’agression. Le saint qui aspire à être dans un certain état de sainteté est aussi agressif que, dans sa basse-cour, la poule qui picore. Et quelle est la cause de cette agressivité ? La peur, n’est-ce pas ?
    La peur est un des plus grands problèmes inhérents à la vie. Etre sa victime c’est avoir l’esprit confus, déformé, violent, agressif, en perpétuel conflit. C’est ne pas oser s’éloigner d’un mode conventionnel de pensée, qui engendre l’hypocrisie. Tant qu’on n’est pas délivré de la peur, on peut escalader les plus hautes montagnes, inventer toutes sortes de dieux, mais on demeure dans les ténèbres. Vivant dans une société stupide et corrompue comme la nôtre, dont l’éducation compétitive engendre la peur, nous sommes tous surchargés du fardeau de la peur. Il pèse horriblement sur nous, de toutes les façons. Il ternit, déforme et corrompt nos existences ".


   Au sujet du conflit. (Extrait de la VIIIème causerie donnée à Paris le 21 septembre 1961)


   " Je m'attarde à parler un peu de tout cela parce que je pense qu'il est très important de comprendre qu'un esprit en conflit à propos de n'importe quoi, de lui-même, de ses problèmes, de son voisin, de sa sécurité - qu'un tel esprit, un tel cerveau, ne peut jamais être libre. Ainsi, vous avez à découvrir par vous-même s'il est possible, ayant à vivre en ce monde, à gagner sa vie, à demeurer en famille, à subir l'ennui quotidien de la routine, les anxiétés, le sentiment de culpabilité, s'il est possible de pénétrer très profondément, d'aller au-delà de la conscience et de vivre sans conflits intérieurs.
    Sûrement, le conflit existe quand vous désirez être quelque chose. Le conflit existe quand il y a ambition, avidité, envie. Mais est-il possible de vivre en ce monde sans ambition, sans avidité ? Ou est-ce l'irrémédiable destinée de l'homme d'être éternellement avide, ambitieux, de chercher son accomplissement, de se sentir frustré, anxieux, coupable, etc... ? Est-il possible d'effacer tout cela ? Sans cette élimination, vous ne pouvez pas aller très loin, car toutes ces choses lient la pensée. Effacer de la pensée tout ce processus d'ambition, d'envie, d'avidité, c'est la méditation. Il est impossible à un esprit ambitieux de savoir ce qu'est l'amour ; un esprit qui est estropié par les désirs mondains ne peut jamais être libre. Non pas qu'on doive être sans abri, sans nourriture, sans une certaine mesure de confort physique, mais un esprit qui est occupé par l'envie, la haine, l'avidité - qu'il soit avide de savoir, de Dieu ou d'un surcroît de vêtements - un tel esprit, étant en conflit, ne peut jamais être libre. Et seul un esprit libre peut aller très loin."


   De l'importance du doute.
(Extrait du livre de René Fouéré " Krishnamurti ou La révolution du réel ")



   " Vous dites : " Si nous doutons de tout, il ne nous restera plus rien." Tant mieux! Quelle est l'importance des choses auxquelles vous vous accrochez si le doute peut les détruire ? De quelle valeur sont vos traditions et tout ce que vous avez accumulé, si la tempête du doute peut les balayer ? Tout cela sera semblable à une construction faite sur le sable : lorsqu'arrivent les vagues puissantes, elle est complètement détruite. En évitant la vie, en la craignant, vous vous abritez dans les choses agonisantes, et la souffrance se trouve dans cet abri. Mais en appelant le doute et la souffrance dans la plénitude de votre coeur, vous créerez ce qui sera éternel et portera l'estampille du bonheur... C'est pourquoi je voudrais pousser chaque être qui cherche la vérité à attirer à lui les tempêtes du monde et à détruire ainsi la faiblesse de son esprit et de son coeur...L'homme qui n'appelle jamais le doute ne pénétrera pas dans les espaces libres où se trouve la certitude de la connaissance et la liberté...
    " Il nous faut tout mettre en doute afin que du paroxysme du doute naisse la certitude. Ce n'est pas lorsque vous vous sentez fatigués ou malheureux qu'il faut douter : n'importe qui peut faire cela. C'est dans les moments d'extase que vous devez douter, car vous découvrez alors si ce qui demeure est vrai ou faux."


    Quelques lignes encore, au sujet de la mort. Ce texte est extrait de la VIIème causerie donnée par Krishnamurti à Paris en 1961.


    " La mort est un problème des plus complexes si on veut en faire réellement l'expérience et le pénétrer profondément. Ou bien nous rationalisons la mort, nous nous en débarrassons par des explications intellectuelles, et nous nous réinstallons confortablement, ou bien nous avons des croyances, des dogmes, des idées, vers lesquelles nous nous tournons. Mais les dogmes, les croyances et les rationalisations ne résolvent pas le problème. La mort est là ; elle est toujours là. Même si les médecins et les savants peuvent prolonger notre machinerie physique de cinquante ans ou davantage, la mort attend son heure. Et, pour comprendre la mort, nous devons pénétrer en elle, non pas de façon verbale, intellectuelle ou sentimentale, mais faire face réellement au fait qu'elle constitue et pénétrer en lui. Cela requiert beaucoup d'énergie, une grande clarté de perception, et cette clarté et cette énergie se refusent lorsque la peur existe. (...) Pour pénétrer la question de la mort, la condition première, la condition essentielle, c'est d'être affranchi de la peur (...) ce qui signifie que vous ne devez absolument rien demander à la vie. Je ne sais pas si vous pouvez aller aussi loin que cela : ne rien demander à la vie. "


   Au sujet de la dissolution de l' Ordre de l'Etoile par Krishnamurti en 1929.


   Il faut se souvenir que Krishnamurti, recueilli très jeune par des membres de la Société de Théosophie, avait été préparé à être le nouvel " Instructeur du Monde ". Dans cette attente, toute une organisation avait été mise en place afin de faciliter la " promotion " de son enseignement. Ce fut l'Ordre de l'Etoile. La mort de son jeune frère provoqua chez Krishnamurti une profonde mutation intérieure qui aboutit à la rupture de toutes les chaînes psychologiques qui l'entravaient. Il s'ensuivit tout naturellement la nécessité de dissoudre ce qui, autour de lui, pouvait apparaître comme le noyau d'une nouvelle religion.

   Le discours de dissolution de l'Ordre de l'Etoile est un document clef de l'histoire humaine. On peut rêver qu'un jour, il remplace la Déclaration des Droits de l'Homme. Vous le trouverez ici en français et là en anglais.

   Télécharger les enseignements de Krishnamurti : Une initiative unique des quatre Fondations Krishnamurti (KFT, KFA, KFI and FKL) afin de rendre accessibles et gratuitement téléchargeables les enseignements de J. Krishnamurti et de garantir leur authenticité.

   Krishnamurti et l'éducation dans "Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée" (Paris, UNESCO: Bureau international d’éducation)

   Entretien en français :

   En 1972, Krishnamurti s'entretient avec André Voisin sur la première chaîne de l'ORTF. Vous pouvez écouter, voir et acheter la vidéo de cet entretien sur
le site de l'INA. Pour écouter cet entretien, cliquez ici.

   Krishnamurti à la tribune de l'ONU le 11 avril 1985, âgé de 90 ans. (Traduit en français).
   ou en lien direct ici : Krishnamurti à l'Onu.

   Conférences, livres et vidéos en anglais :

   Une part considérable de l'oeuvre de Krishnamurti se trouve sur le site Krishnamurti - Talks and text collection.

   Quelques vidéos sur Google/video/Krishnamurti.

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