Lin-Tsi : si vous rencontrez le Bouddha, tuez-le!


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   Lin-Tsi est une cascade, vertigineuse et lumineuse. S’y rafraîchir c’est en même temps se laver, s’éclaircir les idées, et se faire durement secouer...
   Ne gardons de son oeuvre qu’un court passage (cité également dans la collection Hermès, volume sur le Tch’an) révélateur du personnage et de son enseignement. Le reste est à découvrir dans les " Entretiens " parus chez Fayard.


Partout, vous avez entendu dire qu’il y avait un vieux gaillard Lin-Tsi ; et vous êtes venus m’interroger sur vos difficultés. L’Enseignement ne saurait se faire par le langage ; c’est de tout mon corps que j’agis à votre égard, ainsi que vous l’avez éprouvé à vos dépens. Mais, tout ce que j’obtiens, c’est que vous restiez là, frappés de stupeur, les yeux écarquillés, la bouche frappée d’immobilité, incapables de répondre à mes questions. Je vous le dis, l’âne n’est pas de force à piétiner comme l’éléphant... Vous vous méprisez vous-mêmes, vous vous humiliez, disant : " Moi, je suis profane ; lui, c’est un saint ! " Gnomes tondus ! Qu’est-ce qui vous presse donc tant de revêtir la peau du lion pour aboyer comme le chacal ? Un grand homme ne se donne pas des airs de grand homme ! C’est parce que vous n’avez pas confiance en ce que vous possédez en votre propre maison, que vous allez ainsi chercher hors de chez vous... Adeptes, ne vous attachez pas à mes paroles. Et pourquoi ? Mes paroles sont dépourvues de tout fondement probant ; ce ne sont que dessins d’un instant dans l’espace, comme des images peintes, simples illustrations. Gardez-vous de prendre le Bouddha (c’est à dire le plus grand des maîtres) pour un aboutissement suprême. Le Bouddha, je le vois, moi, comme un trou de latrines, et les saints comme des prisonniers portant chaînes et cangue. C’est pourquoi Manjuçrî eut raison de prendre l’épée pour assassiner le Bouddha... Adeptes, il n’y a pas de Bouddha qui puisse être trouvé... Chercher le Bouddha, c’est perdre le Bouddha ; chercher le Chemin, c’est perdre le Chemin ; chercher les patriarches, c’est perdre les patriarches... Mieux vaut être " sans affaires " et se mettre en repos, en répétant cet adage :



   Quand vient la faim, je mange ; quand j’ai sommeil, je dors.
   Les sots se rient de moi ; le sage me connaît.



   Adeptes, il n’y a pas de travail (pas d’effort) dans la loi du Bouddha. Le tout est de se tenir dans l’ordinaire, et sans affaires : chier et pisser, s’habiller et manger... Un ancien l’a dit : Pour faire un effort extérieur, il n’y a que les sots. Soyez votre propre maître en toute circonstance, et sur-le-champ vous posséderez la vérité. 



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