Le maître spirituel est-il nécessaire ?



   Est-il nécessaire, ou non, d’avoir un maître spirituel ? * A cette question Krishnamurti répondit : " Si vous savez ce qu'est la Vérité, nul besoin que l'on vous y conduise. Si vous ignorez ce qu'Elle est, comment saurez vous que l'on vous y conduit ? ** ". Cette remarque lapidaire devrait résoudre le problème. Pourtant, le sujet fait toujours couler des flots d'encre (et peut-être de sang !) et il ne fait pas de doute que des forêts entières lui doivent leur destruction. Pour ne pas aggraver les choses, nous n’entrerons pas dans la polémique. Reconnaissons seulement qu’il est parfois utile de trouver de l’aide. Cependant, si nous savons être disponible, cette aide peut venir d’une rencontre fugace, anodine en apparence, avec une personne très effacée, voire inconnue. A l’égard de ceux qui se parent du titre de maître, la plus extrême méfiance est de rigueur. Très souvent ils sont eux-mêmes en recherche de certitudes et de réconfort et n’hésitent pas, pour leur propre satisfaction, à jouer de l’incommensurable crédulité humaine. Qu’ils en soient inconscients n’est en rien une excuse.
   Un nom connu n’est pas garant d’authentique connaissance, tant s’en faut ! Combien de " directeurs de conscience ", de " maîtres ", de " gourous " justifiant leur autorité par leurs " lignées ", par des siècles de certitudes répétées, après nous avoir raconté des histoires que même un enfant ne croirait pas , en sont réduits à inventer " la foi ", cette option facile qui depuis des millénaires tient l’humanité dans le sommeil de l’ignorance.

   * Une réponse dans "
L'homme et ses métamorphoses " de M-M.Davy.

   ** René Fouéré développe la position de Krishnamurti (In "
La révolution du réel ") :

   
" A ceux qui voudraient chercher dans l'autorité un abri contre leur propres incertitudes, Krishnamurti démontre qu'un tel abri n'existe pas. Quelles que puissent être nos illusions sur ce point, nous restons le seul juge de notre existence, de nos actes et de notre vérité. A un auditeur qui affirmait la nécessité d'une autorité spirituelle, Krishnamurti répond en substance : " Vous dites qu'il vous faut un prêtre pour vous conduire à la vérité. Mais, si vous ne savez pas ce qu'est la vérité, comment pouvez-vous être assuré qu'on vous y conduit ? Et, si vous le savez, quel besoin avez-vous d'un guide ? " On sera tenté de voir, dans cette sorte de court-circuit logique, un pur jeu verbal qui, au mépris de toute vraisemblance, tendrait à ruiner tout le crédit que l'on peut accorder aux conseils d'autrui, toute la valeur qu'on y attache. Mais je pense que, par ce raisonnement à l'emporte-pièce, Krishnamurti entend mettre sous nos yeux cette vérité incontestable que c'est nous qui, en dernière analyse, sommes le souverain juge de toutes choses, car c'est nous qui, consciemment ou non, nous faisons juge de la valeur de cette autorité pour notre direction personnelle. En sorte que nous portons la responsabilité de tout et, en particulier, de ce que nous appelons nos certitudes. C'est un point que nous n'avons que trop tendance à oublier."



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   Extrait d'un texte anonyme. L'entier de ce texte intitulé " Le bonheur est en Soi " se trouve sur le site non dualité.free.fr ou ici au format .pdf


5. A-T-ON BESOIN D'UN MAITRE POUR DÉCOUVRIR L'ABSOLU ?

   Donner le pouvoir à autrui de nous révéler l'Absolu est comme chercher dans la rue celui qui a les clefs de chez nous... Toutes les voies spirituelles efficaces aboutissent à un point singulier: seul on rentre dans le coeur du temple. Au seuil de l'Absolu, plus de Dieu, plus de guru, plus de disciple. Un seul rond ondoie sur le lac immobile, et s’efface pour que Cela soit. Le rôle du guide se résume ainsi à nous dire : « Tu n'existes pas... comment veux-tu arriver à te libérer de toi-même ? Non seulement il n'y a pas de chemin, mais il n'y a pas non plus de voyageur !! » Alors le chercheur rentre dans une grande perplexité, passage incontournable de notre quête. Il doit rester serein dans cette perplexité. Certains maîtres Soufis intensifient encore cette perplexité chez le disciple, dans le dessein de lui enlever toute référence à quoi que ce soit.
   La souffrance survient pour nous réveiller, faisant germer la volonté de se libérer. Elle pousse à l'éveil. Alors on fait des efforts, avec ou sans techniques, avec des résultats encourageants. Cependant tôt ou tard on tourne en rond. Il n'y a pas de changement radical. La quête d’un résultat, fût-ce l’illumination, nous prive de l’éveil. Quand nous aurons intégré la vanité de toute recherche personnelle, un pas décisif sera franchi. Et toujours cette soif inextinguible d'absolu... Attendez, cher disciple, je vais vous initier à une nouvelle technique de méditation, pour franchir le Nirvikalpa Samadhi ... Moyennant 10000 dollars !..
   Comment gérer cette soif avec l’absence de but ? Petit à petit, notre passion centrifuge se transforme en vigilance, observation pure, compréhension et enfin, dépassement de ce paradoxe apparent. Comprenez bien. Vous n’êtes jamais nés, vous n’avez pas de corps, ni de mental, ni de coeur. Vous avez simplement accepté le consensus ignorant... Le regard des autres vous a fourvoyé, vous a fait croire à une existence individuelle. Tout effort vers l’avoir, mais aussi vers l’être, éloigne le pèlerin. Quand on se conforme à l’être, d’où viendrait l’impulsion d’agir, de vouloir, d’obtenir, de convoiter ? D’où viendraient la comparaison, l’opposition, la lutte ? Comprenez et ne luttez plus, mieux, lâchez prise ! Quant à rester là, éveillé, et sans intention ? Si nous n’étions pas totalement enracinés dans l’Absence, cela ne se pourrait pas... Ne vous perdez plus. Vous êtes déjà libres. Cessez de croire qu'il y a un sauveur.

   6. LIBRE DU GOUROU.

   Elle s'approcha et dit : « Le petit groupe spirituel que je fréquente depuis des années vient d'éclater. » Elle en ressentait comme une libération. Le gourou s'était montré sous un jour inattendu pour un être dit équilibré. Les rancoeurs accumulées avaient fini par briser " l'oeuvre de lumière " que ce gourou prétendait instaurer. Suivre quelqu'un pour se trouver soi-même est comme descendre dans un gouffre pour trouver le soleil. Si le maître est un tant soit peu honnête, il vous renvoie à vous-mêmes. Rares sont les gens qui ont cette flamme discrète de l'humilité. Au contraire, la soif de pouvoir des uns conjuguée au besoin d'obéir des autres amène souvent des groupes spirituels à voir le jour - la nuit devrait-on dire - Cette association est funeste pour la découverte du Réel. Celui-ci n'est la propriété de personne, aussi quiconque prétend le détenir ne le détient pas, par définition . Le Réel nous saisit parfois, jamais il n'est saisi ! Soyons clairs avec nous-mêmes. Que cherchons-nous au fond ? Est-ce la reconnaissance de notre personne par autrui ? La relation dominant-dominé donne de la sécurité, mais pas la liberté. Il ne faut craindre ni la solitude, ni l'adversité pour voir la vérité de ce-qui-est.

   7. L'ESSENCE " EST DEJA LA " !

   Seulement, je masque dans mon esprit cette réalité impersonnelle, par des pensées et des vagues diverses, centrées autour du moi, lequel, fuyant son néant, nourrit l’intention, la recherche éternelle qui signe notre fuite du Paradis. Que de clarté ! Que de bonheur dans la compréhension de cette affirmation ! Il n'y a aucun effort à faire. Mon but est déjà totalement là ! Je ne pourrai jamais ressentir davantage cette Source Originelle. ELLE EST LA COMPLETEMENT ! Plus proche de moi-même que mon propre souffle. Plus proche que mes yeux. Plus proche que mes pensées. ELLE EST. Mais précisons : De l'Essence Absolue, on ne peut dire qu'elle " est ", puisque incomparable, " déjà ", rapport au temps, impossible aussi, et " là ", rapport à l'espace : néant. C'est pourquoi souvent on l'a évoquée en disant " non-être "... et comme on constate qu'il y a bien quelque chose sous nos yeux, on énonce " à la fois être et non-être ".... autant n'en rien dire, non ?... L’essence est immobile, étrangère à toute intention. Notre moi est une mosaïque de souvenirs, un réservoir des refus et des désirs accumulés par l’histoire personnelle. Il vit du temps, du devenir, de la projection vers la victoire, dans la crainte de la défaite... Il se nourrit de la distinction, s’appuie sur le mythe d’exister en soi. Lorsque le moi s’empare de la spiritualité, il pense pouvoir l’atteindre comme un but temporel. Mais tous ses efforts ne feront même pas de ride sur le lac essentiel. L’ego, ce puzzle morcelé, n’est pas une personne, mais la sédimentation des images du corps à travers le temps. Mettez-vous en quête de lui, d’une entité fixe; vous ne la trouverez pas. L’ego n’a jamais été présent...


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