Le Tantrisme authentique


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   Le Tantrisme s’avère être une technique utilisant, à des fins d’élargissement de la conscience, toutes les énergies dont nous disposons, sans discrimination d’ordre éthique ou moral. La colère, les désirs, la bonté ou la patience sont perçus comme des " forces-outils " permettant à l’individu de se développer. On peut dire du tantrisme qu’il est l’art de faire flèche de tout bois et le fait qu’il s’exerce à des niveaux différents de ceux de la morale conventionnelle ne le rend en rien amoral. Au contraire, Il faut davantage de courage et de franchise pour nous voir tels que nous sommes qu’il n’en faut pour prétendre améliorer, au fil d’un temps jamais achevé, nos travers les plus dévastateurs



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   Cédons la parole à Chögyam :

   (…) Ceci nous amène à la pratique de la méditation, qui est extrêmement importante. L’ennui, en la matière, c’est qu’on a tôt fait de s’apercevoir que les livres, enseignements, conférences et autres sont généralement bien plus occupés à démontrer qu’ils ont raison que de dire et de montrer comment on doit s’y prendre et comment il faut faire, ce qui est la chose essentielle. Ce n’est pas la diffusion des Enseignements qui nous intéresse personnellement ; ce qui nous intéresse, c’est d’en faire usage, c’est de mettre la doctrine en action.



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   Le monde va si vite qu’il ne nous laisse plus le temps de goûter, d’essayer, d’éprouver, ce que nous apprenons. Nous devons tout de suite l’emporter, le cuire et le manger. Aussi tout se résume-t-il à ceci : nous devons voir de nos propres yeux et n’admettre, n’accepter aucune tradition comme telle, aussi longtemps établie soit-elle, comme si son ancienneté lui donnait une puissance magique. Aucune magie n’existe, qui soit capable de nous transformer d’un seul coup, comme cela.

   (…) Tous les êtres sans exceptions sont candidats à l’état de Bouddha et chacun peut devenir une personne éveillée. Qu’on ne suppose donc pas qu’il existe quelque " doctrine secrète " ou un enseignement réservé à des élus : il n’y a rien de ce genre. En tout ce qui touche l’Enseignement, il n’y a rien de caché, il est toujours ouvert. Il est même en réalité tellement ouvert, si simple et si ordinaire que, quel que soit le caractère personnel d’un individu, il y est contenu. Il peut bien être un ivrogne invétéré ou un homme emporté et violent d’habitude, c’est ce caractère qui est sa possibilité, son potentiel vivant. Et pour ce qui est d’aider à l’éclosion de la " nature de Bouddha ", la première chose est de respecter le caractère de l’individu, d’ouvrir son cœur à la violence qui est en lui. Il faut le prendre et le comprendre pleinement tel qu’il est, l’accepter et le respecter de façon que le côté énergétique, cet aspect dynamique de la violence, puisse être amené à servir comme facteur énergique de la vie spirituelle.



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   On trouve fréquemment dans les Ecritures que sans théories, sans idées, il n’est pas possible de se mettre en route. Qu’on commence donc avec des idées, qu’on parte des idées et qu’on en bâtisse une théorie. Ensuite, vous épuiserez la théorie et elle fera place peu à peu à la sagesse, à la connaissance intuitive, la connaissance qui, définitivement, adhère à la réalité. Par conséquent, pour commencer, il faut admettre les choses et ne pas réagir contre elles.



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   Ce qu’on redoute et ce qu’on espère aussi doit être examiné. A-t-on peur de la mort ? Il faut creuser cela, l’examiner ; redoute-t-on la vieillesse ? On examine cela. Se sent-on mal à l’aise, a-t-on l’esprit inquiet d’une certaine laideur au fond de soi, d’un défaut ou de quelque faiblesse physique ? On les examine tout pareillement, de même qu’il faut examiner l’image que l’on se fait de soi-même, ainsi que tout ce qui peut nous laisser une mauvaise impression, un sentiment de trouble. C’est effectivement très pénible au commencement de passer tout cela en revue et de la voir ouvertement. Mais c’est l’unique façon de faire, il n’y en a pas d’autre.



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   (…) L'homme ( qui pratique la compassion authentique ) ne songe pas à soi, et l’idée d’un quelconque bénéfice mental ou psychologique ne l’effleure même pas. Il ne se dit pas, par exemple : " Je voudrais le voir ne plus souffrir. " Le " je " n’intervient en aucune façon. Il pense et agit en toute spontanéité, sans référence aucune à l’idée d’aider, d’assister, sans aucune intention particulière. Ce qu’il fait, il ne le fait absolument pas avec des raisons religieuses ou charitables. Son comportement est seulement en fonction de la vraie réalité de l’instant actuel, le fruit immédiat du moment présent.

   (…) Le stade suivant est peut-être la forme la plus profonde de générosité, à savoir d’être préparé à partager son expérience avec autrui. Mais attention, c’est assez délicat et il y a un risque : c’est de vouloir enseigner aux autres ce qu’on a appris. On peut s’y laisser prendre. On peut être tenté de révéler quelque chose un peu, sans doute, parce qu’on a envie d’en parler; mais il est facile de se prendre au jeu, de s’exciter et de se mettre à se vanter parce qu’on en connaît peut-être un peu plus sur le sujet que la personne à qui l’on parle. La chose est assez délicate, répétons-le. Néanmoins, où qu’on soit parvenu et quoi que l’on ait pu réaliser, l’exprimer avec des paroles et le donner à quelqu’un d’autre est le seul moyen de se développer soi-même. Cela vaut tout particulièrement pour les maîtres, ceux qui instruisent. Car non seulement les maîtres très avancés, mais en réalité tous les maîtres, sans exception, ne peuvent se contenter d’apprendre les choses et de les garder; il est indispensable pour eux de les mettre en pratique, en action efficace en les répandant au-dehors, en les communiquant à d’autres, mais sans l’idée toutefois d’une quelconque récompense.



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   (…) La patience est donc la clef qui permet le développement d’un centre ouvert et l’établissement d’une base stable pour la méditation. De plus, son importance est considérable dans notre vie de tous les jours, dans nos rapports avec les gens, bref pour mener notre existence au sein du monde où nous avons à vivre. L’idée de patience a des inférences bien différentes pour la plupart des gens, un sens quasi puritain qui veut qu’on soit froid et naïf et qu’on ne parle guère : cette vie peut être pénible, mais voilà, on la supporte quand même avec un sourire faux. Or, cela n’est pas du tout de la patience ; et parce qu’on n’est aucunement préparé à ne faire qu’un avec la situation et à voir le côté plaisant qu’elle présente, son aspect ironique, il vient un jour où cette résignation puritaine finit par lâcher, finit par exploser ; elle ne peut aboutir que là, c’est obligé, et alors là, pour la patience, il ne reste plus de place du tout…



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   (…) aussi cette forme radicale de méditation a-t-elle pour objet de voir ce qui est. Il existe évidemment de nombreuses variantes de cette forme essentielle, mais elles reposent généralement sur des techniques différentes pour l’ouverture de soi. Ce à quoi l’on parvient par ce genre de méditation, la " réalisation ", n’est par conséquent pas le résultat de quelque pratique ardue et de longue durée, au terme de laquelle nous nous élèverions nous-mêmes à un état supérieur, pas plus qu’elle n’exige qu’on entre dans un quelconque état de transe intérieure. Elle est plutôt ce qu’on pourrait appeler une " méditation pratique ", une méditation agissante ou extravertie, dans laquelle il faut que le savoir-faire et la sagesse se combinent comme les deux ailes d’un oiseau. Il n’y est pas question de chercher à se retirer du monde. Le problème n’est pas là, car le fait est que sans le monde extérieur, la méditation serait à peu près impossible à pratiquer, étant donné que l’individu et le monde extérieur ne sont pas séparés mais coexistent simplement.

   (…) ce qui joue un rôle capital pour ce genre de méditation, c’est la mise en œuvre et la pratique constante du concept de " réalité actuelle ", de l’idée de l’instant présent. Il est en fait l’essence de la méditation.

   Question : " Est-ce que cela n’engendre pas une grande frayeur quand on est sur le point de capituler, de s’ouvrir ? "

   Réponse : " La peur est une des armes de l’ego. Si l’on atteint le stade où l’on commence à percevoir l’absurdité de l’ego, alors la peur de perdre l’ego est là, et la peur est l’une de ses dernières armes. Au-delà de ce point la peur n’existe plus, parce que l’objet même de la peur est d’effrayer quelqu’un, et lorsque ce quelqu’un n’est plus là, la peur n’a plus de raison d’être, elle perd sa fonction. C’est par votre réponse, comprenez-vous, que la vie est donnée continuellement à la peur, et lorsqu’il n’y a personne pour répondre à la peur – qui est la perte de l’ego – alors la peur cesse d’exister. "

   Dernier passage de ce bref " traité " de méditation.

   (…) maintenant, vous pouvez comprendre très clairement que la méditation n’est pas une démarche pour s’évader de la vie, que ce n’est pas plus la recherche d’un état d’âme utopique qu’une question de gymnastique mentale. La méditation consiste seulement à s’efforcer de voir ce qui est, et il n’y a rien de mystérieux là-dessous. On a donc à simplifier toute chose en la ramenant directement et radicalement à l’immédiate et actuelle pratique de ce qu’on est en train de faire, sans nulle espérance ni attente, sans jugement ni opinion.


" Méditation et Action "
Editions Fayard - Paris 1972




   Le 15 février 1972 à San Diego, Chögyam Trungpa rencontre Krishnamurti. Celui-ci, après s’être vivement élevé contre les multiples techniques de méditation importées d’Orient et qu’il qualifie de " propagande " et de " terrible calamité " termine leur dialogue par ces mots : "…nous affirmons que là où est le " moi ", le désordre est inévitable. Et si c'est avec les yeux du " moi " que je regarde le monde, l'univers extérieur ou intérieur, non seulement la division est présente, mais on aboutit au conflit, cette division engendre le chaos et le désordre dans le monde. Il faut donc observer cela de manière totale, d'une manière excluant toute division : cette observation là, c'est la méditation. Pour cela il n'est nul besoin de pratique, il n'y a rien d'autre à faire que d'être attentif à absolument tout ce qui se passe en soi et au-dehors – être vigilant, c'est tout. "

 

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