En cultivant l’espoir, l’humanité tente d’échapper à des faits qui, quotidiennement, ébranlent ses certitudes les plus affirmées et réduisent à néant ses concepts les plus audacieux. Pourtant, curieusement, aucune expérience, si brutale soit-elle, ne guérit l’homme de son aveuglement, de son sommeil. Il persiste à se nourrir d’espérances, sans comprendre que son manque de lucidité est la cause même d’une détresse qui le livre, proie facile, aux faiseurs de rêves.

   Le monde et l’homme sont des agrégats fragiles d’états changeants, éphémères, et toute volonté de s’attacher à ce qui par essence est passager engendre inévitablement la souffrance. L’impermanence seule est éternelle ! Mais pourquoi face à ces évidences crier au pessimisme ? Pourquoi refuser un réalisme de simple bon sens ? Pourquoi nier ce qui est ? Sinon par crainte de rencontrer cette ultime ( et pourtant apaisante ! ) vérité : notre existence n’a aucune importance.





Le crépuscule enflamme l’horizon

Bientôt - d’un voile bleuté
la lune couvrira la terre apaisée

puis le rossignol
aux douceurs nocturnes
ajoutera son chant merveilleux

O monde ! Crois-tu vraiment
par tant de beauté nous abuser ?
Espères-tu par le charme d’un instant
masquer ton infinie cruauté ?

Ami ! Veux-tu faire demeure
d’un astre sans lendemain
sans lumière - sans amour ?
Ami ! Veux-tu jouir d’une terre
qui se plaît en sa fange
et ne t’offre
à toi - vagabond assoiffé d’éternité
que les illusions du temps ?

De celui que j’ai cherché
d’ascèses en débauches
pas l’ombre n’ai croisé

De celui que l’on dit réfugié
en nos cœurs desséchés
pas un mot n’ai entendu

A cet éternel absent
espérance des miséreux
abandonnons - en aumône
nos rêves d’enfants

De tous temps
nous avons su des ans la fragilité
mais jamais nous n’avons osé
aux quatre saisons
semer nos heures

De tous temps
nous avons su la mort cachée
mais jamais nous n’avons osé
à ce néant
jeter nos craintes

De tous temps
notre lâcheté nous a vendus
esclaves
aux marchands d’espoirs





Poète - amant des étoiles
offre aux vents
tes plus beaux chants
et refuse, ô chantre de l’éphémère
toute consolation

De regrets - fils de tes doutes
ne parsème pas ta route
mais accorde à la naissance de chaque instant
les vertus de l’oubli

Le quart d’un siècle s’est envolé
au monastère des Enseignements
Jour et nuit - sans répit
j’ai tenté l’ultime libération

Aujourd’hui - sans l’avoir obtenue
mais libre d’espérance
je suis sorti de la maison des maîtres

Au Y-King
patient compagnon

Confident de mes jours
intime de mes nuits
le miroir est brisé !
Allons - désormais
chacun notre chemin

Pourquoi
près de cette île désolée
ancrer nos espérances ?
Pourquoi
près de ces rivages hostiles
lancer nos défis ?

J’ai traversé cent pays
à la recherche de la panacée
qui guérit la maladie de ce monde
Hélas ! ce remède est mortel
On le tire de la racine du désir
qu’il faut paraît-il arracher !

Qu’offrir à ceux qui marcheront
sur les traces sanglantes de leurs aînés ?
Qu’offrir ? Sinon cette évidence
des foules et de leurs bergers
n’attendez rien
car c’est au désert
dans le doute et la solitude
que jaillit la source de vie


Sinaï. Photo libre de droit :-))


Création !
Ta cause est entendue
la sentence sans appel
rêve tu es
rêve tu resteras !

Sur le bien et sur le mal
j’ai allumé - sans remords
le feu de l’anéantissement
Sur la vie et sur la mort
j’ai étendu le voile de l’indifférence

Amis ! Sous la poussière du monde
ensevelissez l’attente d’un Ailleurs
et précipitez - aux gouffres du Temps
le mythe de l’éternité
Puis - sur la tombe des sages
laissez mourir les roses du souvenir




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