Extraits de la page d'accueil originale du site
" Quasar " ( devenu " Aguilar " ) :
" En ces temps d'incertitude, les valeurs réputées " sûres " prouvent une fois de plus leur faillite. Ni les religions organisées, ni les systèmes économiques, ni les organisations internationales, ni les théories politiques ne sont à même de résoudre les défis actuels. C'est pourquoi il est apparu nécessaire et urgent de rappeler que le problème du monde est d'abord et avant tout celui de l'individu.

L'homme actuel est, entend-on de toutes parts, en quête d'une voie à suivre et de solutions aux problèmes que lui-même ne cesse de
créer : conflits incessants, famines scandaleuses, détérioration de l'environnement, etc... Il persiste pourtant à chercher, sur des bases passées,
des solutions " neuves ". En fait, il joue au " Légo " ( homonymie significative ! ), ce jeu qui permet de créer, avec un ensemble
de " briques " données, une grande variété d'objets différents. Il ajoute trois " briques ", crée une nouvelle forme, l'appelle " progrès ", sans
s'apercevoir que rien, strictement rien, dans le
processus fondamental
n'a changé. Ainsi, les générations se succèdent, sacrifiées ou massacrées, sur l'autel d'un futur toujours " à construire ", toujours " meilleur "
qui n'est rien de plus que le reflet d'un passé modifié. Mais les faits de la vie quotidienne, qui infirment toutes les belles paroles,
appellent la métamorphose complète de la conscience, c'est à dire la remise en cause essentielle de l'instrument par lequel nous
appréhendons le monde, à savoir l'ego. Il s'agit de répondre aux questions fondamentales : " Qui " pense et agit ? comment et pourquoi ?
En d'autres termes, le " moi " est-il une entité stable, durable, susceptible d'amélioration ou au contraire un agrégat temporaire et illusoire ?
Quelques " voyageurs ", peut-être, se pencheront avec courage et lucidité sur les origines et la nature réelle de l'ego et qui sait si, en fin d'enquête,
ils ne découvriront pas, là où ils espéraient un diamant, quelque chose de très semblable à ces bulles de savon irisées qui enchantent les enfants ?
Qui sait si cette découverte ne sera pas la seule qui puisse mettre un terme à la violence des hommes ? Qui, en effet, accepterait de voler, de détruire,
de tuer, pour une bulle de savon ? "
Documents annexes :
Tout chemin commence par des questions. Aussi devrions-nous nous demander ce qu'est la spiritualité. Existe-t-il " quelque chose " que l'on puisse qualifier de " spirituel " ?
La question peut sembler stupide et beaucoup répondront sans hésitation : " Evidemment ! Ce quelque chose s'appelle l'esprit et tout ce qui se rapporte à l'esprit est spiritualité ". Point final. C'est le drame des réponses qui s'imposent comme des évidences. Elles ont généralement le poids des siècles pour se justifier et fermer l'accès à toutes les voies novatrices. Elles écrasent le doute. Pourtant, le doute est l'arme seconde sur la voie de la " spiritualité " ( La première étant la souffrance ). Les certitudes, lorsqu'elles débordent du domaine des connaissances nécessaires à la survie, sclérosent " l'esprit ". Pourtant, chacun traîne les siennes, politiques, religieuses ou autres, fardeaux rassurants dont nous ne sentons même plus le poids écrasant. La " spiritualité " fait partie de ces domaines privilégiés ou les convictions abondent, pullulent quasiment, et s'affirment, s'il le faut, le sabre à la main. Les religions organisées, malgré un apparent œcuménisme, prétendent chacune détenir " la connaissance de l'authentique spiritualité " et, au nom de cette abstraction, à l'instar de toutes les multinationales,
s'entre-dévorent sans merci. Les sectes abondent, pour récupérer les déçus. On s'arrache les " âmes " comme des parts de marché. Mais comment pouvons-nous,
dans ce vacarme de bazar, entendre la voix de l'authentique ? La vérité ne s'exprime-t-elle pas au seuil du silence ? Lorsque courageusement nous acceptons de nous déstabiliser et de douter de la notion même de spiritualité ?
Hypocrisie et inhumanité
Nous sommes toujours en quête d'un point de référence, d'un " lieu " psychologique d'où nous puissions nous évaluer et
juger de la valeur de nos actions. Certains trouveront ce point dans une croyance religieuse ou dans un concept philosophique, d'autres dans une
doctrine politique ( le pesant " politiquement correct " ! ) ou dans un système économique. Ce centre établi ( que nous nommons avec un sérieux ridicule
" mon point de vue " ), nous nous y cramponnons avec la férocité d'un chien qui défend son os. Et aucun fait, fut-il le plus évident, le plus brutal, ne
nous fera renoncer à nos certitudes. Nous préférons les mots et les idées aux faits, l'hypocrisie à la vérité nue. C'est bien naturel, n'est-ce pas ? Les
faits sont si peu engageants ! Chômage, pollution, guerres sans fin, famine… Pourtant, ce sont les faits, et eux seuls, qui devraient être
le point de référence d'où nous pourrions évaluer nos théories.
Peu avant le début de la première guerre du Golfe, un journaliste déclara : " C'est dans sa façon de résoudre la crise irakienne que notre
civilisation montrera ce qu'elle vaut. " Nous avons vu! Comme nous voyons encore, en de multiples endroits, les hommes mourir pour rien.
Cela doit-il durer ? N'est-il pas temps de cesser les discours ? Temps d'avouer, sans l'excuser, notre inhumanité ? Temps d'en arracher, enfin,
les racines ?
La question ne semble pas avoir torturé nos dirigeants et nous voici, en cette fin septembre 2001, reparti pour une nouvelle
boucherie, parfaitement " justifiée ", comme il se doit.
Ne comprendrons-nous donc jamais rien ?
( Aujourd'hui, en ce début 2005, il semble bien que non ! )
Vie de seconde main
Radios, TV, journaux, partout et sans répit, le défilé de " ceux qui savent ", qui nous apprennent à parler aux enfants, à nos conjoints, aux mourants, nous enseignent à nous comporter " correctement " . Le doigt levé, ils pontifient , se contredisent souvent, menacent parfois.
Mais comment en sommes-nous arrivés là ? A nous laisser dicter pensées et conduite ? Comment avons-nous pu perdre à ce point notre liberté et notre intuition, ce " quelque chose " qui permet de répondre instantanément et harmonieusement à une situation donnée ?
Psychologiquement et spirituellement, il est habituel à l'homme de paresser, d'éviter les risques du changement.
Nous nous sommes donc complaisamment installés dans une longue tradition d'assistés,
dans ce que Vimala Thakar appelle "
une habitude d'ajournement ".
Beaucoup y trouvent leur compte. En particulier les religieux et les politiques
qui profitent de notre indolence pour faire main basse sur nos esprits et notre quotidien et qui n'ont aucun intérêt au changement.
Cela doit-il durer ? Pouvons-nous refuser de répéter, de nous conformer ?
Pouvons-nous apprendre à marcher par nous-mêmes et,
non comme des " zombis " programmés ? Pouvons-nous
nous régénérer en considérant les faits actuels, et non les théories construites
sur l'idée que nous nous faisons du monde ? Avons-nous besoin du prêtre, du politicien, du journaliste, du philosophe, du psychologue pour vivre et comprendre notre espace intérieur ?
Pour voir, avons-nous besoin du regard d'un autre ?
Sagesse ? ou pas sagesse ?
La planète se couvre de guerres comme un pestiféré de pustules et des millions d'êtres humains crèvent à la belle étoile. Mais qu'importe ? L'hypocrisie des " bonnes causes " et la paix qui ( de guerre lasse ! ) revient pour un instant, nous tiennent la conscience au chaud. Nous ne sommes pas gênés d'entonner, sur le sang à peine sec, le chant des anges : " Plus jamais ça ! ". Cependant, dans le même temps, en jouant des divisions existantes, nous semons les germes des guerres futures, nous fourbissons de nouvelles armes et, crimes parmi les crimes, nous instillons aux enfants la haine et la soif de vengeance.
Ce cycle diabolique, qui signe l'obscurantisme et la faillite de l'humanité, est-il notre inéluctable destin ? On peut le craindre si l'Homme ne prend pas le temps, aujourd'hui, de remettre fondamentalement en cause ses croyances, ses certitudes et ses concepts les plus assurés.
Spiritualité et méditation
Des mots tels que " spiritualité " ou " méditation "
recouvrent tant de points de vue divers que leur usage risque de créer de graves
malentendus.
De la divagation pure aux lumières des plus grands sages, on trouve de tout au rayon " spiritualité ".
Du médiocre souvent qui, par la magie de mots toujours " porteurs " ( bonheur, sérénité, amour, paix, etc. ) prétend nous engager dans " une voie spirituelle " et
nous conduire à la vérité " ultime et divine ". Malheureusement, la spiritualité authentique n'a rien d'agréable parce qu'elle consiste justement à
dépasser tous les rêves qui nous sécurisent et tous les buts " élevés " qui, en nous échappant sans cesse, nous maintiennent dans l'illusion que nous
existons de façon durable. Nous rêvons d'éternité mais la vraie spiritualité, qui n'est rien d'autre que la découverte et la compréhension de notre espace
intérieur, nous dévoile que rien ne dure et que l'entité que nous appelons " je " est la plus fragile et la plus éphémère de toutes celles qui
s'épanouissent dans l'univers. Le comprendre, et l'accepter, libérerait l'homme de l'angoisse de la mort et des efforts, toujours inutiles, qu'il fait pour
y échapper. Une telle mutation intérieure signerait également la fin des guerres. Mais cela ne nous intéresse pas. Nous préférons les voies diplomatiques,
religieuses, politiques et militaires même si nous savons, d'expérience millénaire, qu'elles ne règlent rien en profondeur. Nous somnolons et préférons
un pitoyable " C'est mieux que rien! " à un réveil peut-être douloureux mais révélateur de notre essence intime. Un éveil qui mettrait fin au cauchemar.
C'est à ceux qui veulent à tout prix sortir du rêve, parce qu'ils sentent que ce rêve nous conduit à la mort, qu'est destiné le
site Quasar.
On admet, sans jamais en douter, que l'homme a besoin d'espérance et de guides pour vivre. Cette assertion dogmatique permet
d'exploiter la crédulité de ceux que la crainte de la vie et de la mort fragilise. Elle limite le droit et la liberté de suivre sa propre route. Pourtant,
cette réflexion d'un sage, preuve de simple bon sens, donne à réfléchir : " Si vous savez ce qu'est la Vérité, pas besoin que l'on vous y conduise !
Si vous l'ignorez, comme pouvez-vous être certain que vos " guides " vous y conduisent ? ". Assertion redoutable, libératrice et, dans le même temps,
accablante : il faut marcher seul. Est-ce à dire que nous devons rester sourds aux paroles des " maîtres " ? Evidemment pas. Mais tout doit
être remis en question, rien ne doit être accepté que nous n'ayons par nous-même redécouvert, dans nos profondeurs, là où le doute s'éteint.
Malheureusement, nous redoutons un tel cheminement. Nous sentons qu'il est destructeur de certitudes, de tabous, d'images de nous-mêmes.
Nous sentons qu'il va nous mettre à nu. Aussi préférons-nous le refuge d'une communauté dont la propagande séduit notre ego apeuré en lui
promettant " joie et bonheur ", en bref tout ce qui peut lui plaire sans le remettre en question. Là, dans une douce somnolence auto hypnotique,
nous fermons les yeux et laissons les pires incohérences prendre forme de vérités profondes. Ces " vérités " alimentent nos rêves, nous enferment dans
l'aveuglement, nous opposent aux autres " vérités ". Elles ne relient pas ( ce que signifie le mot religion ), mais séparent, divisent, détruisent.
Elles réussissent à nous faire oublier que " sans rituel ni doctrine, sans personne pour nous diriger, nous pouvons de chaque instant faire une prière ".
Humanité et perspectives d'avenir
Article paru dans le numéro 79 de la revue "
3ème millénaire ". Printemps 2006.
Tout au long des siècles, de tous les horizons, des hommes se sont levés pour crier " Eveillez-vous ! ". Il n’est même pas nécessaire de
poser la question " Ont-ils été entendus ? " Le rêve continue et ses effets dans le réel sont dévastateurs. Ils ne menacent plus l’humanité, ils la vouent
à disparaître. Non, non, ne fermez pas la revue, gardez les yeux ouverts. S’il ne devait rester qu’une infime chance de survie, elle ne pourrait
s’imposer qu’en acceptant de garder une pleine conscience du désastre. Laissons de côté la question " Que faire ? ", elle viendra peut-être plus tard.
Pour l’instant, devant l’ampleur de la catastrophe, elle ne pourrait que nous inciter à baisser les bras.
A chaque instant, en tous points de la planète, l’environnement est dégradé, la terre souillée de déchets, les eaux rendues imbuvables et l’air de plus en
plus irrespirable. Refrain connu, fredonné chaque jour par les radios, TV, journaux. La solution ? L’économie prétend nous l’offrir, au prix fort.
Mais comment parler encore d’économie alors que des profits faramineux, accaparés par un petit nombre, en interdisent le fonctionnement naturel ? Comment
croire que l’une des causes majeures d’un incendie puisse l’éteindre ? Un clin d’oeil en passant à ceux qui ne craignent pas d’affirmer que la planète peut
nourrir le double du nombre d’habitants actuel. Les quelques milliards qui, aujourd’hui, crèvent de faim et de soif vous saluent, juste avant de mourir.
Tournons-nous alors vers l’écologie, source de débats passionnés, où chacun affirme de " bonnes " idées – parfois le fusil à la main - pour sauver la
truite, le papillon, l’ours ou le loup, pour assainir sans vraiment le changer notre mode de vie, pour que tout le monde y trouve son compte, du chasseur
à l’aubergiste du coin, de l‘écolo de la première heure à l’amoureux des petites bêtes à plumes…beaucoup de paroles, de livres, de séminaires et, dans les
faits, excepté quelques actions ponctuelles, des résultats insignifiants. Mais alors, ne convient–il pas de nous tourner vers la politique ? L’organisation
harmonieuse de la vie sociale n’est-elle pas son affaire? Malheureusement, rares sont ceux qui, bien que diplômés de grandes écoles, se trouvent également
pourvus d’intelligence et doués d’une vision large, dans le temps et dans l’espace, des équilibres et des besoins vitaux de leurs concitoyens. Leur affaire
est plutôt la belle parole, lénifiante à souhait qui, bien davantage que l’action efficace, ouvre la voie royale vers le pouvoir et l’argent. ( A qui la
faute ? ) Bien sûr, comme partout et toujours, il y a des exceptions. Des femmes et des hommes de réelle " bonne volonté ", encore en quête de
leur " nature originelle ", qui n’ont cure de fortune, de pouvoir. Solitaires, loin du vacarme mondain, poussés d’une formidable espérance,
ils oeuvrent à l’accouchement d’une humanité vraie, libre, digne de ceux qui sont morts pour que se poursuive l’incroyable aventure : vivre. Mais ces
êtres, malheureusement, ne façonnent pas ce monde prédisposé au sommeil par sa conscience anesthésiée.
Le tableau est sombre, n’est-ce pas ? L’horizon vraiment bouché. Pas tout à fait! Voici que s’ouvre pour nous le vaste domaine de
l’Esprit, jardin enchanté où se bousculent les religieux, les sages, les psychologues et les philosophes. Amalgame et mélange, direz-vous. Absolument pas.
De façons diverses, tous jouent et rejouent d’une seule subtile entité : la pensée. Fierté de notre race, fonction extraordinaire qui nous a envoyé sur la
lune ( pour quoi faire ? ), et nous a permis de mettre au point les instruments de notre anéantissement programmé. Et voici, direz-vous, encore un vieux
réactionnaire qui ne comprend rien au progrès, préconise le retour au Moyen Age, ou à l’âge des cavernes. Mais pas du tout ! D’abord, les aspects
salutaires du progrès ne sont pas à nier. Ensuite, il n’est pas question de retourner à l’âge de la pierre, puisque nous y sommes encore! Malgré de belles
parures nous n’avons pas abandonné la peau de bêtes, et la massue a été remplacée par le compte en banque, la voiture et le missile. C’est tout. Voici
une vérité " basique ", expression d’un réel état de fait, loin des élucubrations de J-J Rousseau, et bien difficile à admettre,
n’est-ce pas ? Pourtant, cesser de fuir notre " primitivité ", rester totalement immobile face à la bête en nous, sans recouvrir sa sauvagerie et ses
perversions des oripeaux des religions, des morales ineptes, des philosophies et des théories nourries d’imaginaire, sans rêver que " demain " elle sera
maîtrisée et que le monde changera, voilà bien le tout premier pas à franchir, d’urgence, si nous voulons qu’une nouvelle conscience éclaire l’humanité.
Après un combat rude, long, semblable à ces luttes acharnées auxquelles se livrent les chasseurs de chevaux sauvages,
la bête est immobilisée et l’heure de vérité sonne. Nous devons admettre que nous ne sommes pas aussi respectables que nos beaux habits et nos belles
paroles le donnent à croire. Notre image du " bien " se détériore sérieusement. Notre générosité, notre compassion, nos savoirs, – peut-être faudrait-il
mettre entre guillemets chacun de ces mots ! - ont fondus comme neige au soleil. Nous réalisons que parmi nos actions, rares sont celles qui n’attendent
pas un retour sur investissement. Et surtout pas celles que nous croyons prendre racine dans l’amour le plus désintéressé ! Si nous éprouvions pour nos
enfants un tel amour, accepterions-nous de laisser leur maison, notre terre, devenir insalubre, invivable à brève échéance ? Certes non ! Si nous aimions
véritablement nous aurions à cœur d’offrir aux générations montantes un environnement où elles puissent s’épanouir et non dégénérer. Mais au fait qu’il
ignore l’amour s’ajoute chez l’humain la lâcheté et la paresse. Il préfère la politique de l’autruche qui permet aux situations de pourrir tranquillement à
l’affrontement de la vérité qui exigerait un changement radical. Qui n’a pas entendu….. " Oui bien sûr, rien n’est rose, mais que voulez-vous,
si nos parents avaient reculé devant les incertitudes de leur temps, nous ne serions pas là. A chaque génération ses problèmes ".
" Ne pas être là " eut été un moindre mal, mais les défis dont nous accablons sciemment, aujourd’hui, la génération montante pourraient à
brève échéance s’avérer insolubles et globalement destructeurs. Est-ce acceptable ? Ce qui était local est devenu mondial. Jadis, ni les
épidémies ni les guerres, malgré leurs millions de morts, n’engageaient la survie de l’humanité entière. Aujourd’hui, les découvertes de la science ont
totalement changé la donne. Si la chimie, l’informatique, la génétique, la biologie ont bouleversé et envahi notre quotidien - parfois pour un mieux être -
sans que l’on maîtrise parfaitement leurs effets, elles ont également permis la mise au point d’un armement sophistiqué, d’un arsenal démesuré qui,
si la folie s’en emparait, - hypothèse non gratuite ! – pourrait en un éclair régler tout le problème du vivant.
La science théorique est aussi descendue dans la rue, mais il ne semble pas qu’elle y ait rencontré les foules qui auraient dû l’attendre et lui assurer
son plus grand succès: nous débarrasser des religions. Elle aurait pu nous aider à laver notre esprit de toutes les croyances nées de l’imaginaire
collectif ou d’expériences personnelles, sujettes à caution, qui n’engageaient que leurs auteurs. Grâce aux découvertes récentes sur l’essence de la
matière et sur les origines de l‘univers, le " Dieu créateur de toutes choses " aurait dû s’effacer définitivement et totalement devant les
lois simples, immuables et impersonnelles de la physique et de la création. Au lieu de cela, la crainte de l’avenir, bien que justifiée, pousse à un retour
vers les églises. Nous retombons dans le vieux piège que l’on avait cru durant quelques années écarté, dans le carcan des dogmes et des croyances qui
pendant des siècles ont été, pour l’homme en quête de liberté intérieure, un obstacle considérable. Vieux piège dont les ressorts ont cependant été
améliorés, quelques ficelles un peu grosses ont été coupées et remplacées par des réflexions plus élaborées, dictées précisément par une meilleure
connaissance des fondements de la nature. Dans le même temps, quelques hommes d’église, sincères et moins naïfs que d’autres, se sont autorisés à douter
de la validité de certains dogmes et ont entrepris, avec courage et lucidité, de critiquer les activités de leur institution religieuse en proposant des
orientations nouvelles plus en adéquation avec notre époque. Ils se sont heurtés à une fin de non recevoir. Mais bon sang ! Pourquoi n’ont-ils pas, face à
l’obscurantisme institutionnel, osé quitter leur église ? Pourquoi n’ont-ils pas porté, depuis l’extérieur, le souffle nouveau ? Pourquoi
ont-ils accepté de se replier, de limiter leur action et, parfois même, d’être totalement réduit au silence ? Nombre de réponse et de justifications ont
été apportées. Aucune n’est recevable pour qui joint une réelle volonté de liberté à l’évidence : aucune institution séculaire ne peut être
fondamentalement modifiée de l’intérieur. La seule action possible consiste à crier de l’extérieur, très fort, en espérant que quelques poissons sauront
éviter la nasse. Une identique question se pose au sujet des fidèles insatisfaits d’une religion qui se réfugient dans une autre, peut-être plus laxiste,
plus souriante, mais entravée elle aussi de dogmes et de croyances. Pourquoi passent-ils d’un troupeau à l’autre ? Croient-ils que seule une communauté
peut guider leur pas et assouvir un " besoin fondamental de spiritualité " ? Si un tel besoin existait, on verrait plus de " fidèles " dans les forêts
( est-il plus belle colonne de temple qu’un arbre ? ), ils écouteraient
la voix du vent plutôt que celle des prêtres, et n’auraient plus besoin de commandements ; le respect, la charité,
la bienveillance s’exprimeraient spontanément, sans même qu’ils en soient conscients. Mais ne rêvons pas ! L’homme ne cherche pas la spiritualité, mais le
réconfort, la sécurité, les certitudes. Et pour cela, il a besoin de " la bête ". Celle que nous venons d’immobiliser.
Mais au fait, à quoi ressemble-t-il cet animal ? Pas vraiment à un pur sang fougueux. A " Elephant Man " plutôt ! Ou à " Terminator ".
En tous cas à une entité violente, formidable machine à procréer, à survivre, à durer, obstinée et bornée. En sommes, exactement " moi ",
exactement " nous " ! Nous qui avons mis à sa disposition l’instrument le plus incroyable qui soit : le cerveau ! Siège entre autre et jusqu’à preuve du
contraire de l’indissociable trinité : mémoire, pensée, imagination. Siège aussi, peut-être, d’autres fonctions : " capteur " de l’énergie cosmique ?
Réceptacle d’une Intelligence universelle ? Encore faudrait-il, pour qu’il puisse fonctionner sur ces fréquences supérieures, que cesse le vacarme de nos pensées
toutes vouées à l’obsession d’une vaine recherche de sécurité totale et définitive. Mais force est de constater que cette sarabande effrénée ne cède même
pas devant le bon sens le plus simple : tout contenant a une limite, les ressources de la planète sont limitées, la vie de tous les êtres, de toutes les
étoiles, de toutes les galaxies est limitée, le cerveau est limité et rien de tout cela ne peut donc s’agrandir et durer indéfiniment. Franchement, ce n’est pas
compliqué à comprendre! Pourtant bien peu de nos actions en tiennent compte. Nous sommes acharnés à la conquête de l’impossible et gaspillons nos forces à
la poursuite du mirage " éternité ". Dans la besace du combattant : l’âme, la " chose " à ne pas perdre, à sauver ( du pain béni pour les manipulateurs
innombrables de l’esprit humain ) la " chose " dont on veut croire qu’elle traverse intouchée la barrière de la mort pour s’installer ad æternam dans une
grande famille idéalement reconstituée, ou qu’elle reprend forme charnelle pour le plus grand bonheur de son évolution vers la claire lumière du Nirvana.
Des générations ont nourri – et nourrissent toujours - ce phantasme bien que personne n’ait jamais vu quoique ce soit de consistant qui pût lui ressembler.
Devant cette absence de preuve, ne conviendrait-il pas de se demander si " l’âme " ne ressemble pas furieusement à l’ego ? Ne serait-elle pas son reflet
imaginaire ? Pas vraiment celui de l’ego bestial que nous venons d’immobiliser et qu’il est si difficile de regarder en face ; non, pas l’ego veule,
jouisseur cynique et cruel, dont nous excusons, d’un hypocrite et complaisant " c’est humain ! " tous les manquements, mais plutôt celui d’un ego souriant,
gentil et compatissant, toujours perfectible ? Un ego que la grande famille des " conseillers " nous suggère d’aimer, de choyer, de récompenser –
comme si nous faisions autre chose que de nous aimer et de nous soucier, en permanence, de nos émotions et de notre image ! – Puis, poussant d’un cran le
questionnement, allons-nous découvrir que l’ego est l’autre nom de la pensée-émotion ? Fonction totalement dépendante du cerveau ? Si tel est le cas, nous
demanderons-nous ce qu’il advient lorsque l’activité cérébrale cesse ? Lorsque la masse du cerveau est réduite en cendres ? Pouvons-nous réellement croire
qu’une conscience de soi subsiste sans ce support matériel ?
Vision d’épouvante ? Instant de solitude terrifiante ? Glace dans la moelle ? Oui, mais aussi éclatement libérateur, révélant la futilité
de nous conformer aux critères sociaux du moment, mettant en lumière l’inanité de nos efforts de perfectionnement, la vanité de nos attentes sans fin et,
dans le même élan, provoquant la mort de la volonté d’être et la disparition de " la bête ".
Passer cette porte, c’est enfin respirer, être, vivre. C’est
rentrer chez soi et, enfin encore, dans le silence et l’apaisement,
retrouver sa nature originelle.
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