Genève



Wake up ! Before you die !





18 décembre 2009 - 16h29
Copenhague ? Même pas du vent !






16 décembre 2009


Résultat anticipé et certifié du sommet de Copenhague :
Cliquez ICI


5 décembre 2009



COPENHAGUE - Décembre 2009





   Après avoir tourné et retourné le problème du monde dans tous les sens, un ami prétendit que l’unique moyen d'éveiller les consciences et d’engendrer un changement « positif » relevait de la violence. Il en existe un autre : Le dépassement – immédiat – de l’esprit de clocher. L’abandon de la certitude erronée d’être d’abord et avant tout, un suisse, un allemand, un américain ou un afghan, l’abandon de l’identité nationale au profit de l’identité humaine. L’abandon aussi des affirmations religieuses qui divisent et sèment la mort. La connaissance de soi révèle que l’homme est, urbi et orbi, partout identique. Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’humanité entière pourrait-on dire. La couleur de peau, les croyances, les traditions, ne changent rien à l’affaire. Pour le pire ou le meilleur, où qu’il soit, l’humain reste semblable à lui-même. Il serait heureux que les élites qui nous gouvernent aient une perception directe de cette unité. Pour cela, il faudrait qu’elles ne soient plus issues de l’ENA ou de Harvard seulement, mais qu’elles écoutent aussi les voix conjuguées de l’Intelligence et du Coeur. Ces voix leur indiqueraient le chemin d’une simplicité retrouvée et l’obligation impérieuse de limiter l’appropriation excessive, injustifiée et injustifiable, par certains, des richesses de la planète. Elles affirmeraient la nécessité de partager, sans restriction, les biens communs.
   Ecouter et suivre les avis de ces voix, qui expriment l’équilibre universel, est une lourde responsabilité. Trop lourde peut-être pour des hommes souvent enclins à préférer apparaître sur les « photos de famille » qu’à prendre en main les destinées des peuples qui leur sont confiés. Mais, pour une fois, devant la petite sirène, rêvons que les maîtres des pays riches aient le courage d’assumer une responsabilité planétaire. Rêvons aussi que les peuples « en voie de développement » aient l’intelligence de ne pas vouloir à tout prix suivre le chemin des pays « développés », qu’ils réalisent l’impasse dans laquelle ceux-ci sont piégés. Rêvons qu’ils sachent trouver – solidairement aidés - des voies neuves, originales qui, tout en préservant le droit à un confort de vie raisonnable, n’impliqueraient plus le saccage de la planète et l’abandon, aux bords des routes, de millions de cadavres.

   Rêvons et, croyants ou non croyants, prions !



6 juin 2009

" HOME " de Yann Arthus Bertrand

   Un film magnifique. L'horreur même s'y révèle superbe... Malheureusement, une fin "optimiste" par complaisance envers une humanité qui, dans son immense majorité, restera résolument sourde et aveugle, incapable d'affronter la cruelle réalité. Une humanité qui préfèrera, jusqu'à l'extinction, de superficiels changements de comportements plutôt qu'une révolution fondamentale de l'esprit.

   Cependant, il n'est plus temps de laisser passer la moindre chance. Il est donc recommandé de signer l'appel ultime pour le climat



   PS. La critique formulée ne m'empêche pas de remercier avec chaleur Yann Arthus Bertrand et tous ceux qui l'ont aidé dans ce travail remarquable. Espérons, malgré tout, que ce documentaire mondialement diffusé contribuera à une évolution plus intelligente de nos sociétés.


2 juin 2009

Annonce :

" Unis à la Terre un magnifique film de Yann Arthus Bertrand et Luc Besson, film gratuit à voir le 5 juin 2009.

Bonjour à tous !

Le film sera présenté gratuitement sur Internet le 5 juin à l'adresse www.youtube.com/homeproject
Et sur France2, le 5 juin également, à 20h40.

Voici un film très spécial qui sortira le 5 juin prochain. Ce long-métrage va traiter de notre magnifique planète Terre dont les êtres humains ont brisé l'équilibre de façon presque irrémédiable en seulement 50 ans... Selon les scientifiques, il ne resterait qu'à peine 10 ans à l'humanité pour inverser la tendance, prendre conscience de son exploitation démesurée , des magnifiques richesses de la terre et changer notre mode de consommation.

Ce film intitulé « HOME » sera diffusé dans 50 pays en même temps : sur Internet (gratuit), au cinéma (prix réduit), DVD (prix réduit).

Soyez au RDV afin de soutenir cette démarche de sensibilisation et de responsabilisation.

Bonne journée ! "

P.S. Aujourd'hui - 22 janvier 2001- il est possible de visionner ce film depuis ici.




Textes d'avant la fermeture temporaire de "Rivages" en février 2007






Mercredi 14 février 2007 - Départ.


image trouvée sur http://blog.libero.it/LUNATESTARDA/


   Depuis quelques temps, le monde de l’environnement est en effervescence : pacte écologique de Nicolas Hulot, forum de Davos, rapport du GIEC, parution de " Comment les riches détruisent la planète ", tout laisse à croire que la Terre a le vent en poupe. Un souffle régénérateur va balayer misère, pollution et faire place au nouvel ordre mondial, juste et harmonieux. Une prise de conscience globale se fait jour. En fait, du vacarme pour de la poudre aux yeux, un capharnaüm où se mêlent et s’emmêlent, comme jamais, les hordes habituelles de guignols avides, politiciens, philosophes, religieux, experts de tous poils, servis par les médias complaisantes. Brouhaha pour un mirage de plus jeté aux foules endormies. " Ensemble, construisons un futur équitable ! " Chanson connue, rabâchée jusqu'au dégoût. Mensonge séculaire dont le succès pourtant reste assuré, bien que l’on sache, depuis des siècles précisément, que les marchands du Temple ne partagent jamais, mais accumulent toujours, encore et encore, habités d'une seule obsession : le " retour sur investissement ", leitmotiv de la loi implacable et criminelle qui marque leur unique horizon.

   Mais " les riches " ne sont pas les seuls qu’il faille stigmatiser. Ceux qui les regardent ( vous et moi ) portent en eux les mêmes germes d’avidité, de soif de puissance, de férocité ; pulsions sanguinaires qui signent la présence d'une peur, jamais exorcisée, qui nous poursuit depuis l'âge des cavernes. Cette peur fondamentale, qui n'est autre que la peur de la mort, inscrite dans nos cellules, nous pousse, alors que nous tentons désespérément et inconsciemment de lui échapper, aux pires exactions et engendre ce " mal " qu'aucune morale ne saurait contenir, qu’aucun " bon " comportement ne peut endiguer. Cet ancestral " défaut de fabrication " en nous doit être reconnu et déraciné si nous voulons survivre car il est impossible, ab-so-lu-ment im-pos-sible, d’envisager un futur vivable dans l’état actuel, immature, de l’humanité. Mais qui, ou quoi, permettrait à l'espèce humaine d’atteindre le niveau d'intelligence et de sagesse nécessaire à sa survie ? Aucune religion n’a réussi, aucun " Instructeur du Monde ", aucun " Leader Maximo ", aucune politique, aucune philosophie. Alors ? Sur qui, sur quoi, pouvons-nous encore compter ? Devons-nous admettre, comme l’avait prévu nombre de Cassandre, jugés illuminés ou fous, que la 25ème heure a sonné et que l’humanité, sourde et aveugle, est vouée de par sa propre violence à disparaître ?

   Je le crois. Vision terriblement pessimiste ? J’oubliais, il serait " consensuel " d'ajouter à ce discours " alarmiste " une pincée d’espoir. Il ne faut surtout pas réveiller les braves gens, surtout ne pas les affoler. Mais je refuse, en m'asservissant à de nouvelles et injustifiables espérances, de participer à l'euthanasie collective. Par ailleurs, je ne crois pas utile de décortiquer indéfiniment les mêmes problèmes, de pointer sans fin vers l'unique solution, de crier inlassablement dans la nuit. Aucun nouvel écrit n'enrichira donc ce site, ni Aguilar où tout a été dit. Mieux vaut donc laisser le dernier mot au Dodo et, avec Nan Shan , s'en aller loin sur la dune écouter le vent venu de la mer.





Dimanche 12 novembre 2006

   Présence, hier, à l’émission C02 mon amour, de Nicolas Hulot. Quelqu’un m’avait dit de lui : " Il est bien gentil ! ". Cette remarque, parfois péjorative, soulignait simplement l’impression que donne le discours de cet écologiste : soucieux d’éviter le " piège " du parler " alarmiste ", il tente de ménager la chèvre et le chou et, de ce fait, n’atteint jamais le fond du problème. Visage avenant, intelligent, connaissant bien son sujet, très sollicité par les politiques toujours à l’affût d’électeurs à duper, Nicolas Hulot incarne la bonne volonté en action. Mais la bonne volonté ne résoudra pas les défis actuels. Trop nombreux, trop complexes, trop interdépendants, trop urgents, ils ne permettent plus de flâner, de se perdre dans les méandres de théories sans fin. L’écologie est devenue trop vitale pour être abandonnée aux seuls experts scientifiques, aux politiques, aux " intellectuels ", aux économistes, aux managers. Mais alors, à qui donc laisser le soin de rétablir l’équilibre détruit ? Il y a peu, Ruth Stegassi se plaignait d’une " absence de sages ". Les a-t-elle cherchés, éventuellement écoutés ?
   Qu’est-ce qu’un sage ? Rien de très extraordinaire, un homme simplement, qui a vu en lui la cause ultime du désordre qui détruit la planète. Libéré de l’avidité, moteur actuel de toutes les activités humaines, il est à même de gérer n’importe quelle situation sans y introduire ses propres préjugés, ses désirs et préférences personnelles, en un mot il est capable de situer et de concrétiser les besoins réels de la collectivité. Ces hommes rares se cachent, ils ne cherchent pas le pouvoir et sont, de ce fait, difficiles à trouver. De plus, ils préfèrent l’action à la parole – on dit qu’un sage explique en trois mots ce qu’un philosophe explique en trois livres...Cependant, quelques uns sont connus d’un certain publique. Mais qui les écoute vraiment ? Qui accepterait de s'affranchir des 100.000 désirs inutiles que notre mental sécrète à longueur de jours et de revenir à une vie simple et harmonieuse ? Rien que cette expression terrorise. Elle semble marquer une volonté de retour à l’âge de la bougie. Tel n’est pas le propos. Il s’agit, simplement, d’avoir la sagesse de cesser, immédiatement, de proliférer, de ravager, de polluer, comme le plus incurable des cancers. Un changement de nos comportements n’y suffira pas. Les causes profondes qui ont permis à la maladie de se déclencher et de s’étendre ( entre autres, un manque absolu de respect de la Vie ! ) doivent être, de toute urgence, explicitées, stigmatisées et finalement abandonnées. Si nous nous y refusons, il n’y aura bientôt même plus de bougies pour nous éclairer ou, s’il en reste, elles éclaireront la plus affreuse des désolations.

dimanche 8 octobre 2006

   Le film Une vérité qui dérange illustre le combat d'Al Gore, ancien vice-président des Etats-Unis, contre le réchauffement climatique.

   Effet de serre : on se retrousse les manches ! Les politiques s'engagent. Ecouter l'émission Terre à terre du samedi 7 octobre.

   A consulter :
   Changement climatique : le défi majeur.
   Rapport parlementaire fait au nom de la mission d'information sur l'effet de serre ( Avril 2006 ). " Ce rapport parlementaire est un cri d'alarme . Au fil de ses travaux , la mission d'information s'est forgée une conviction forte, partagée entre les députés de toutes les sensibilités politiques représentées : le changement climatique est le défi principal à relever au cours de ce siècle. * "
* Depuis, la Crise, prévue de tous sauf de ses principaux " artisans ", les banquiers, nous est tombée dessus ( Février 2009 ) et a relégué l'écologie au second plan...Il s'agit maintenant, d'urgence, de sauver le capitalisme ultra-libéral, seul chemin vers un monde radieux, comme chacun sait. pour ce faire, des milliards sont injectés dans les banques et les compagnies d'assurances, sans parler des industries " vitales " pour l'économie, et donc pour le bonheur de demain. En quelque sorte, on pense guérir un fumeur de cigarettes atteint d'un cancer des poumons en lui donnant à fumer, dans une chambre bien close, des cigares. Nous n'en sommes plus à une aberration près.





Emissions de radio


   " Terre à terre ", une émission de Ruth Stegassi sur France-Culture, le samedi à 7h.

   " C02 mon amour " de Denis Cheissoux sur France-Inter, le samedi à 14h.

   Pas écologique mais très " édifiante " :
   " Là-bas si j'y suis " de Daniel Mermet, sur France-Inter, du lundi au vendredi à 15h.



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Sites divers arbitrairement choisis


> La Fondation pour une Terre Humaine (FTH) a pour vocation de soutenir le travail des associations de défense de l'environnement, en leur accordant des subventions.
> Avaaz.org : Face aux problèmes majeurs auxquels le monde est confronté Avaaz agit pour plus de justice et de paix et pour une mondialisation à visage humain.
> Actualités de l'environnement et de l'écologie sur Notre-planète.info
> Toute la nature sur le web ( faune, flore, environnement,etc ) sur Univers nature
> Organisation mondiale de protection de la nature : WWF
> Gestion et protection de l'eau sur le site de l'UNESCO
> En souvenir de Bruno Manser disparu au Sarawak en 2000.



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    De Cousteau à Al Gore, en passant par René Dumont aux présidentielles de 1974, Paul-Emile Victor, Alain Bombard, Yves Paccalet, et tant d'autres, les cris d'alarmes n'ont cessés de se multiplier sur la place publique au cours des trente dernières années. On doit aujourd'hui se demander pourquoi ils n'ont pas été écoutés et quelle est la force qui, dans la nature humaine, conduit à l'aveuglement ? Pourquoi nous condamnons-nous à l'extinction ?



Textes anciens toujours actuels


       Extraits de " Questions de survie ", rapport du Club de Rome, édité en 1991 par Calmann-Lévy. Le titre seul est un cri d'alarme, mais quinze ans plus tard, sourde et aveugle, l'humanité accélère sa marche vers le gouffre.


   Extraits :

   " Il semblerait que les hommes et les femmes aient besoin d’un mobile commun, plus précisément d’un adversaire commun, pour s’organiser et agir de concert (...).


L’ENNEMI COMMUN DE L'HUMANITE, C'EST L'HOMME.

   

A la recherche d’un nouvel ennemi qui nous ferait nous unir contre lui, nous en sommes venus à penser que la pollution, la menace du réchauffement de la terre, la pénurie d’eau, la famine et le reste étaient de bons candidats. Tous ensemble, avec en plus leur interactions, ce phénomènes constituent effectivement la commune menace qui appelle la solidarité de tous les peuples. Mais en les désignant comme l’ennemi, nous tombons dans un piège que nous avons déjà dénoncé, à savoir prendre à tort les symptômes pour les causes. Tous ces dangers sont provoqués par l’action de l’homme, et ne seront surmontés que s’il modifie sa mentalité et son comportement. Le véritable ennemi, l’ennemi commun de l’humanité, au fond, c’est l’humanité elle-même. "



   Le problème est là, et seulement là. L’homme sera-t-il capable de changer de mentalité, et par suite, de comportement ? Là est aussi LA solution que tout le monde cherche. Par une prise de conscience nouvelle des pulsions qui l’agissent en profondeur, l’homme découvrirait la réalité de son être, la seule qui nous soit commune à tous. Il pourrait alors prétendre occuper, harmonieusement, la place qui lui est dévolue dans l’univers. Sur le site Aguilar, j’ai tenté de pointer vers ces mécanismes ego-centrés, si destructeurs, que l’on appelle " nature humaine " et qui doivent être dépassés si l’humanité veut survivre. C’est la seule réponse que je puisse donner aux internautes qui m'ont écrit pour dire que dénoncer ne suffit pas, qu’il faut aussi proposer une, ou des, solutions. Je n’en vois pas d’autre que cette mutation radicale de la conscience. Les milliers de solutions techniques proposées, bien qu’utiles, restent limitées. Et nous avons besoin d’une solution globale, d'urgence. Ceux qui cherchent désespérément une cause peuvent la trouver là, à l'intérieur d'eux même, dans le difficile combat qui consiste non pas à " devenir meilleur ", mais à éclairer les racines de la " nature humaine ".

12 juin 2006



*



   A la suite du naufrage de l’Erika et de la parution, en l'an 2000, du livre de Gilbert Sinoué " A mon fils. A l'aube du troisième millénaire ".



Qui nous endort ?    " Que faire face à cette glu noire qui tue la faune et saccage les plages ? Gilbert Sinoué décide d'ouvrir grand les yeux, de porter un nouveau regard sur l'ensemble de la planète, et d'en parler. Il le fait parfois avec une pointe d'idéalisme " New Age " mais surtout avec une grande douceur. N'oublions pas qu'à travers son fils, avec qui il partage sa lourde découverte, c'est à tous les enfants et à tous les parents du monde qu'il veut s'adresser. Tâche difficile, ingrate. Comment ne pas faire fuir ? Tout y passe ou presque : l'eau potable de plus en plus rare, l'air irrespirable, l'effet de serre, la responsabilité des multinationales, de l'agriculture, l'argent gaspillé en armement, la santé, la drogue. Les chiffres sont accablants, la réalité proche du cauchemar. Et qui, demande l'enfant, arrêtera la machine ? La réponse est, pour Gilbert Sinoué, claire : " Les individus, les anonymes dont tu fais partie, dont vous faites partie. Les enfants d'aujourd'hui ". Lourde charge pour de bien frêles épaules…
   Le père exprime sobrement sa peur : quelle vie pour son enfant ? Pour des millions d'entre nous ? Et courageusement, il avoue son remords : d'autres intérêts l'avaient tenu éloigné de ces dures réalités. Avant qu'un oiseau mazouté ne lui ouvre les yeux, il n'avait rien vu, rien entendu. Pourtant…
   Les cris d'alarmes n'ont cessés de se multiplier sur la place publique au cours des trente dernières années. On doit aujourd'hui se demander pourquoi ils n'ont pas été écoutés. Faute d'une réponse, le cri des Sinoué, Le Guen et autres Bové - comme celui des René Dumont, Cousteau, P-E Victor - risque lui aussi de ne pas être entendu. Mais quelle est donc cette force qui dans la nature humaine préfère l'aveuglement à la lucidité ? Pourquoi, par quelle aberration, attendons-nous que la maison entière soit en flamme pour appeler les pompiers ? Alors qu'il eut été si simple, dès la première odeur de fumée, de trouver la cause du sinistre et d'y remédier ? Sans doute faut-il remonter aux origines de l'Homme pour trouver la racine de ce comportement suicidaire. Les premiers humains avaient peu de chances de survivre. Leur quotidien était tissé de peur profondes que l'évolution n'a pas effacées. Enfouies à des profondeurs inconscientes, elles vivent et nous influencent encore. Avons-nous trouvé dans la recherche effrénée et aveugle de richesses et de sécurité une façon d'exorciser ces peurs ancestrales ? Avons-nous trouvé dans le pouvoir et le plaisir le moyen d'échapper à des vérités aussi cruelles que celle de notre éphémère condition ? Réaliserons-nous que nos fuites nous précipitent là où nous redoutons d'aller, et qu'elles avancent l'heure de notre disparition ?
   Une recherche intérieure approfondie, conduite sous une autre lumière que celle proposée communément, pourrait éclairer la conscience humaine et provoquer un changement fondamental de notre comportement. Qui sait ? on peut le souhaiter car, nous qui prétendons conquérir la galaxie, comment devrions-nous nous présenter à d'éventuels habitants lointains ? Nous, avec nos millions d'individus qui ne meurent pas mais crèvent, de faim, de soif, de maladies, de guerres, au bord des routes. Quel nom oserions-nous nous donner ? humains ? vraiment ?
   Puissent les voix des " Cassandre " actuelles être mieux entendues que celles de leurs aînés. Souhaitons qu'elles incitent des millions " d'individus anonymes " à s'éveiller et à comprendre que c'est leur vie, et celle de leurs enfants, qui est en danger immédiat. "

   

   PS : Aujourd'hui, en mai 2005, nous avons fait quelques pas de plus vers le gouffre, ainsi qu'en témoigne le tout récent ouvrage de Jean Ziegler : " L'empire de la honte ". A lire, pour ne plus dormir.




*




VERS LA PETRO-APOCALYPSE

par Yves Cochet

ou

Comment faire comprendre au monde que la fête est finie ?


Ours sur banquise fondante...

Quel monde !



   Cet article, rédigé par Yves Cochet, député ( Vert ) de Paris, ancien ministre de l’aménagement du territoire et de l’environnement est paru dans " Le Monde " ( Paris ) le 3 mars 2004.



   Dans quelques années, la production mondiale de pétrole conventionnel déclinera tandis que la demande mondiale ne cesse de croître. Le choc résultant de cette famine pétrolière structurelle est inévitable, tant sont importantes la dépendance de nos économies au pétrole bon marché et l’impossibilité concomitante de les en sevrer rapidement.

   Nous pouvons seulement espérer amortir ce choc, à condition que cette perspective proche devienne dès aujourd’hui le repère unique d’une mobilisation générale de nos sociétés, imposant des conséquences drastiques dans tous les secteurs sous peine de chaos. Cette anticipation est fondée sur la méthode du géologue américain King Hubbert, qui avait prédit en 1956 le pic de la production pétrolière domestique aux Etats-Unis pour 1970. Ce qui fut exactement observé.

   La transposition de la méthode d’Hubbert à d’autres pays a donné des résultats prédictifs similaires : aujourd’hui, tous les champs pétrolifères géants — les seuls qui comptent — voient leur production décroître, sauf dans le “ triangle noir ” Irak-Iran-Arabie saoudite.

   Le pic d’Hubbert de ce Moyen-Orient pétrolier devrait être atteint autour de 2010, selon la reprise plus ou moins tardive de la pleine production irakienne et selon le taux de croissance de la demande chinoise.

   Les secteurs les plus touchés par la hausse continue des cours du pétrole brut seront d’abord l’aviation et l’agriculture productiviste, dont les prix du kérosène pour l’une et ceux des fertilisants azotés ainsi que du gazole pour l’autre sont assez directement liés au prix du brut.

   Ceci sans la souplesse politique stabilisatrice permettant, pour un temps et dans d’autres secteurs, de baisser les taxes sur le pétrole lorsque les prix montent. Puis, les transports terrestres, le tourisme, la pétrochimie et l’industrie automobile subiront les effets dépressifs de la diminution de la quantité de pétrole ( déplétion ). Jusqu’à quel point cette situation conduira-t-elle à une récession générale ? Nul ne le sait, mais l’aveuglement des politiques et le panurgisme panique coutumier des marchés peuvent nous laisser craindre le pire.

   Cette prophétie certaine est universellement ignorée, déniée ou sous-estimée. Rares sont ceux qui mesurent exactement l’imminence et l’ampleur de son avènement. Michael Meacher, ancien ministre de l’environnement du Royaume-Uni ( 1997-2003 ), écrivait récemment dans le Financial Time qu’à défaut d’une prise de conscience générale et de décisions planétaires immédiates de changements radicaux en matière d’énergie, " la civilisation affrontera le plus aigu et sans doute le plus violent bouleversement de l’histoire récente ".

   Si nous voulons néanmoins maintenir un peu d’humanité à la vie sur Terre dans les années 2010, nous devons, comme le suggère le géologue Colin Campbell, appeler les Nations unies à convenir aujourd’hui d’un accord fondé sur les objectifs de garantie, pour les pays pauvres, d’importer encore un peu de pétrole ; d’interdiction de tirer profit de la pénurie pétrolière ; d’incitation aux économies d’énergie ; de stimulation des énergies renouvelables. Pour atteindre ces objectifs, l’accord universel devra mettre en oeuvre les mesures suivantes : chaque Etat réglementera les importations et les exportations de pétrole ; aucun pays exportateur de pétrole ne produira plus de pétrole que ne lui permet son taux de déplétion annuel scientifiquement calculé ; chaque Etat réduira ses importations de pétrole à un taux de déplétion mondial convenu.

   Cette priorité nécessaire accordée à l’économétrie physique disconviendra aux économistes et aux politiques, notamment américains. Les gouvernements successifs des Etats-Unis n’ont jamais accepté la remise en cause du mode de vie américain. Depuis le premier choc pétrolier de 1973-1974, toutes les interventions militaires américaines peuvent être analysées à la lumière de la crainte du manque de pétrole bon marché. Ce fut d’ailleurs le pic de la production pétrolière américaine en 1970 qui permit à l’OPEP de prendre la main et de susciter ce premier choc, en même temps que la guerre de Kippour. Les Etats occidentaux tentèrent alors de reprendre le contrôle et de conjurer le spectre de la pénurie, moins par la sobriété énergétique que par l’activation des champs pétroliers de l’Alaska et de la mer du Nord. Derechef, en 1979, la révolution iranienne et le second choc pétrolier permirent à l’OPEP de reconquérir la prééminence tandis que les économies occidentales payèrent cher leur pétrovoracité par la récession des années suivantes.

   Au début des années 1980, la reconquête américaine sur les cours et les flux de pétrole passa par le financement et l’armement de Saddam Hussein pour guerroyer en Iran, et par la complicité acquise du roi Fahd en Arabie saoudite pour augmenter les exportations de brut vers l’Occident. Cela permit le contre-choc pétrolier de 1986, regain de la croyance occidentale en l’abondance pétrolière illimitée, continuation de l’avidité énergétique jusqu’aux guerres d’Irak ( 1991, 2003 ) quels qu’en soient les morts ( 100 000 ? 300 000 ? ), quels qu’en soient les coûts ( 100 milliards de dollars ? 300 milliards ? ), quels qu’en soient les moyens ( budget annuel du département de la défense : 400 milliards de dollars ).

   Pendant les mêmes quinze dernières années, les multiples conflits des Balkans trouvent leur source et leur résolution dans la volonté américaine d’écarter la Russie des routes de transport du pétrole de la mer Noire et de la Caspienne vers les ports de l’Adriatique via la Bulgarie, la Macédoine et l’Albanie. La géopolitique du pétrole autorise tous les pactes avec les diables islamistes, de l’Asie centrale jusqu’en Bosnie, toutes les connivences cyniques avec les terroristes, jusqu’au récent voyage de Tony Blair en Libye pour permettre à Shell de remonter le volume de ses réserves au prix de quelques centaines de millions de dollars. L’actuel projet américain de Grand Moyen-Orient, habillé de considérations humanitaires et démocratiques, n’est rien d’autre que la tentative de poser définitivement la main sur tous les robinets pétroliers de la région.

   Plus de trente ans de souci pétrolier n’ont pas dessillé les yeux des dirigeants américains et européens sur la crise énergétique qui se profile à court terme. Malgré ce que disaient René Dumont et les écologistes dès la campagne présidentielle de 1974, les gouvernements des pays industrialisés ont continué et continuent à croire au pétrole bon marché quasi inépuisable — au détriment du climat et de la santé humaine, détraqués par les émissions de gaz à effet de serre — plutôt que d’organiser la décarbonisation de leurs économies.

   Cependant, le choc pétrolier qui s’annonce avant la fin de la décennie ne ressemble pas aux précédents. Cette fois-ci, la partie n’est plus géopolitique, elle est géologique. En 1973 et 1979, la pénurie était d’origine politique, décidée par l’OPEP. Puis il y eut restauration de l’offre. Aujourd’hui, ce sont les puits eux-mêmes qui déclinent. Même si les Etats-Unis parvenaient à imposer leur hégémonie sur tous les champs pétroliers du monde ( hors Russie ), leur armée et leur technologie ne pourront rien contre la déplétion prochaine du pétrole conventionnel. Il nous reste de toute façon trop peu de temps pour remplacer un fluide aussi bon marché à produire, aussi énergétique, aussi facile d’emploi, de stockage et de transport, aux utilisations aussi multiples ( domestique, industrielle, carburant, matière première…) et réinvestir en moins de dix ans 100 000 milliards de dollars dans une autre source d’abondance qui n’existe pas.

   Le gaz naturel ? Il n’a pas les qualités susdites du pétrole et atteindra son pic de production mondiale dix ans après celui-ci, vers 2020. La seule voie viable est la sobriété pétrolière immédiate organisée par un accord international tel qu’esquissé ci-dessus, autorisant un prompt sevrage de notre addiction à l’or noir.

   Sans attendre ce délicat accord international, nos nouveaux élus régionaux et nos prochains élus européens devraient s’attacher en toute priorité à réaliser localement les objectifs de ce projet en organisant sur leurs territoires la décroissance pétrolière. A défaut, le rationnement viendra du marché par l’escalade prochaine des prix du pétrole, puis, par propagation de l’inflation, le choc atteindra tous les secteurs. A bientôt 100 dollars le baril, ce ne sera pas un simple choc pétrolier, ce sera la fin du monde tel que nous le connaissons.

Voir aussi : " LE PIC DE HUBBERT OU LA FIN DU PÉTROLE BON MARCHÉ " sur le site d'Yves Cochet.

   Paroles de sagesse…pour conclure :

    " Mon père se déplaçait à dos de chameau, rappelait un chef séoudien en ajoutant, je me déplace en voiture, mon fils se déplacera en avion, et son fils à dos de chameau… "

   Tout change et tout a une fin…banalité ! et pourtant…vérité !

   Le dernier mot à Omar Khayyam.


 Excellente question !




*




   Ces pages retrouvées, datées de 1974, sont dédiées à ceux qui, il y a trente ans et plus, ont stigmatisés les dangers qui menacent la planète et à ceux qui, aujourd’hui encore ( octobre 2005 ), pensent qu’il n’est pas trop tard. Elles sont extraites d’un roman paru en 1980 dont le personnage central, Derek, est praticien des médecines douces.


   Relations thérapeutiques...

    " Derek acquit la certitude que les traitements n'aboutiraient à aucune guérison définitive tant que les malades ne changeraient pas de cadre et de mode de vie. Cantonnés dans les villes, ces modernes nécropoles, accablés par les soucis ménagers, écrasés par l'ennui d'un travail sans intérêt, parfois traités en esclaves, ils ne saisissaient pas la rapidité avec laquelle la nature se dégradait ni à quel point leur planète pourrissait, gangrènée par le prétendu progrès. L'habitude de leur environnement insalubre leur en dissimulait les dangers. Il fallait les secouer, les réveiller, pour qu'enfin ils se sentent concernés. Il ne s'agissait pas de considérations abstraites, mais d'une réalité immédiatement menaçante qui déjà, avait attaqué leur corps, déséquilibré leur esprit.
   Derek monologuait : " Plus personne, en dépit des extraordinaires moyens de communications, ne sait lire un regard, interpréter un sourire. L’homme a développé toutes sortes d'engins de déplacement, mais il ne trouve plus le temps de visiter ses amis. Sur les stades, la "race nouvelle" bat tous les records de vitesse et d'endurance, cependant que l'homme de la rue, sans ce fauteuil d'infirme qu'est sa voiture, perd son souffle lorsqu'il doit courir vingt pas. Pour se libérer des tâches dites " avilissantes ", voici un nombre incalculable de machines, esclaves modernes qui, docilement, coupent, hachent, transportent, trouent, scient, tordent, fondent, parlent et pensent.. ! Quant à l'être humain, il est saisi d'épouvante devant sa propre inutilité. Au plus vite, il fuit ce vide, ne se demande pas, - surtout pas ! - pourquoi il accepte cela. Certes, la société, dans sa duplicité, lui fournit des moyens provisoires d'évasion. A grand renfort de publicité elle suscite des désirs nouveaux et le persuade que son bonheur ne saurait être total s'il n'acquérait ce qu'il ne possède pas encore ! Et lui, l'homme, croit stupidement que son bonheur, un jour, sera complet. Il se convainc qu'après la voiture, il doit posséder une maison de campagne ou, plus modestement, une tente sous laquelle il entassera sa famille, trois semaines par an, au bord du cloaque méditerranéen. Perpétuel insatisfait, il s'endette pour de longues années, parfois à vie, devient le jouet de ceux à qui il abandonne l'organisation de son existence. Mais ceux-là même, qui font mine de servir l'humanité quand ils n'ont que le souci du gain, sont bientôt débordés. Ils prennent peur et, trop tard, tentent d'enrayer le processus de désintégration qu'ils ont déclenché. Leurs efforts sont vains, les mesures qu'ils prennent dérisoires. On ne chasse pas les requins avec des filets à papillons...
   Face au mutisme de certains malades, Derek croyait affronter des enfants un peu attardés. Néanmoins, il poursuivait. Il parlait de terre gorgée de produits toxiques, épuisée à force de culture intensive, d'air chargé de miasmes mortels, d'eau qui tuait la vie. Il tentait de rendre attentif aux méfaits d'une alimentation déficiente, expliquait que le corps s'épuise à éliminer les poisons infiltrés dans les végétaux chimiquement traités, que l'abus de viande est préjudiciable à la santé, comme l'alcool et le tabac qui, à la longue, détruisent le système nerveux. Statistiques à l'appui, il montrait comment la carence prolongée de certains éléments de base engendre les maladies les plus graves.
   Il crevait des évidences ; eut souhaité donner à chaque mot la résonance grave d'un cri d'alarme. Mais ils souriaient ! Certains objectaient qu'il peignait le diable sur la muraille, qu'il n'y avait pas péril en la demeure car ici, la campagne était propre. Alors Derek montrait une étiquette trouvée dans un champ proche de chez lui. On pouvait y lire : " Semences traitées - Danger - Poison " Texte concis ornementé d'une magnifique tête de mort surmontant deux tibias entrecroisés... L'étonnement, enfin, marquait les visages : c'était la première brèche dans le rempart de l'indifférence. Derek en profitait pour ajouter que, non loin, un agriculteur vaporisait des produits si dangereux qu'il devait se protéger d'un masque à gaz. Silence ! Ils hésitaient à sortir de leur confortable ignorance. Derek reconnaissait qu'il offrait un cadeau empoisonné, mais cela le rendait heureux. Inévitablement, ils prendraient peur et se demanderaient " Que puis-je faire ? ".
   N'est-il pas navrant de constater à quel point seul l'éperon de la peur incite à se poser des questions ? Derek expliquait que s'il convient de s'interroger, ce n'est pas dans les moments où le jugement se trouve obscurci par la crainte ou par tout autre désagrément, mais au contraire, dans les instants où s'affirme le bien-être et une liberté intérieure qui permettent d'entrer en soi avec la sérénité voulue. Malheureusement, la paresse est si bien ancrée chez la plupart que la catastrophe est seule apte, et non les signes avant-coureurs, à déclencher la réflexion salutaire.
   Derek, malgré tout, répondait volontiers à leur interrogation inquiète. Il affirmait qu'il existe, pour se protéger, quantité de moyens naturels peu onéreux. En détaillant leurs vertus, il énumérait le chlorure de magnésium, le blé germé, le soja, l'argile, le citron, le miel et bien d'autres. Il vantait les propriétés de certaines plantes, parlait des résultats étonnants des élixirs floraux de Bach, recommandait des tisanes efficaces, conseillait de manger crus, beaucoup de légumes " biologiques ". Ce vocable barbare dont on recouvre la vie déclinante lui raclait la gorge. Il y voyait le symbole d'une sinistre époque : celle où laisser la nature au libre enchaînement de ses lois est une " mode "...
   Il proposait aussi de renoncer aux produits conservés, pratiquement vidés de toute valeur nutritive. Parfois, il suggérait de manger moins, voire de jeûner. A cette proposition, les malades frémissaient. Ils craignaient, en sautant un repas, de se retrouver à deux doigts de la mort. Certains même, devenaient agressifs, tel cet homme pour qui une diète stricte s'imposait et qui, hargneux, avait jeté " Ah oui! Et jusqu'à quand ? ". Il pesait environ cent vingt kilos ! D'autres admettaient qu'un peu de régime leur ferait grand bien, mais leur mine gourmande démentait leur résolution théorique. Par contre, ces discussions ouvraient de nouveaux horizons à des mères soucieuses du bien-être de leur famille. Elles prenaient conscience des réformes urgentes qui s'imposaient. Mais il n'était malheureusement pas rare qu'elles reviennent une semaine plus tard, désespérées, parce que leurs innovations avaient suscité l'incrédulité, quand ce n'était pas la colère. Le plus souvent, trop vite, elles abandonnaient.
   Dans bien des cas, la maladie changeait seulement de forme, refusait de se laisser déraciner. Derek soupçonnait alors quelques désordres psycho logiques cachés. Il interrogeait les malades sur leurs relations réelles avec leur entourage, mais se heurtait à une barrière insurmontable. Ils racontaient des anecdotes banales, étaient incapables de cerner les raisons pour lesquelles ils s'irritaient de certaines attitudes de leurs proches. Ils ne cherchaient même pas à les connaître. Ils se maintenaient à la surface du conflit, refusaient certaines vérités qui pourtant les auraient dégagés de leur tension. Derek n'insistait pas. A quoi bon ? Mais son malaise augmentait chaque jour et seule l'obligation de gagner sa vie le retenait de fermer sa porte à tous ces pleurnichards.
   Finalement, il se tut, ne répondit, s'il le fallait, que par quelques mots lâchés à regret, alla même jusqu'à s'interrompre au beau milieu d'une phrase, tant le dégoûtait l'inefficacité de son discours.



   Ballade provençale...

   .... on s'assit devant la maison, face à la place du bourg où chaque fin d'après-midi se tenait le marché aux fruits. Ce rassemblement était, aux dires des R., un spectacle qui méritait d'être vu.
   Un vent très doux, caresse du ciel, balançait les feuilles des platanes centenaires. Le soleil, déjà caché derrière les maisons vétustes de la Haute Ville, était loin de disparaître à l'horizon. La nuit serait longue à venir.

   A une cadence rapide arrivaient des voitures chargées de fruits. Les conducteurs alignaient leur véhicule avec une rigueur toute militaire, Imposée par un garde champêtre à l'accent savoureux. Le moteur arrêté, ils s'extrayaient péniblement de leur siége et l'on voyait que beaucoup de ces paysans fourbus étaient encore couverts de terre. De petits groupes se formaient. Les discussions filaient bon train, tant était vive l'impatience de savoir ce que rapporterait la cueillette des cerises. On soupesait les fruits, on les goûtait, on les évaluait et chacun avançait son pronostic.
   Jaillie d'un haut-parleur, couvrant le brouhaha, une voix annonça l'ouverture du marché. Aussitôt, chaque cultivateur revint se placer devant ses cageots. Le silence se fit, et les transitaires commencèrent leur tournée. Redoutés pour leur âpreté au gain, ces hommes faisaient, sur le marché, la pluie ou le beau temps. S'approchant des marchandises offertes, ils les considéraient avec suspicion. La désapprobation se lisait sur leur visage lorsqu'ils les tâtaient puis, après avoir goûté ces fruits, ils crachaient les noyaux avec répulsion. Finalement, ils haussaient les épaules en signe de lassitude, faisaient mine de s'en aller. Ils se retournaient après deux pas, lâchaient avec une moue de dépit " Mais que veux-tu que je te donne pour ça ? ". " Ca ", ces petites baies rouges, c'étaient des mois d'attente, passés à implorer silencieusement la clémence du ciel, c'étaient des soins prodigués avec vigilance et, enfin, des heures de cueillette dans une chaleur qui alourdissait le moindre mouvement.
   Le paysan, qui suivait avec inquiétude le manége du transitaire, proposait timidement, pour cette tranche de vie dont il se défaisait, le prix qu'il estimait le plus juste. Alors commençait un marchandage acharné, un jeu infâme oú, pour quelques centimes, on allait mentir et parfois s'injurier, presque en venir aux mains. Fascinés par le vil métal, les hommes oubliaient le soleil, leur terre, leurs amis. Pour eux, une journée ne devenait belle que si elle rapportait.
   Le spectacle de cette humanité malade ne laissait guère d'espoir. L'issue tragique ne faisait aucun doute et personne n'y pourrait rien. Cette conclusion emplit Derek d'une paix étrange. Face à l'inévitable, son esprit devenait silencieux. Le cours des événements ne le concernait plus; il assisterait à la désagrégation du monde en spectateur détaché.
   Flèche noire dans le ciel devenu pourpre, un avion de chasse passa au ras des toits. Le sifflement de ses réacteurs couvrit la terre comme un linceul. Quelque part, on préparait la guerre.
   La place fut désertée, l'heure du repas sonna et l'on se mit à table. Spontanément, la conversation s'orienta vers les aspects inquiétants de l'actualité. L'accent du midi, inventé pour chanter la joie de vivre, assombrissait, par contraste, les perspectives d'avenir.
   - " Vous avez vu toutes ces cerises ? " s'écria M. Reynard, " elles portent la mort ! "
   C'était très poétique, l'image de cette mort en petits bonbons rouges !
   - " Comment ? " demanda Sylvia.
   - " Eh oui, ma bonne dame, on les traite, puis, pour qu'elles n'éclatent pas, on les enveloppe de paraffine ! Vous vous rendez compte ? Et les fraises ! Ah, ça ! N'en achetez jamais ! Demandez plutôt des comprimés de cyanure à votre pharmacien ! "
   - " Peut-on encore manger quoi que ce soit sans risquer sa vie ? "
   - " Oui, mais il faut acheter à des particuliers. Moi, tenez, à mon âge - il n'était pas si vieux qu'il le sous-entendait - je refais du jardin ! Mais croyez-moi, ça ne pousse plus comme avant ! C'est à cause de l'air et de l'eau qui sont pourris ! Et les parasites ! Ils sont devenus résistants ! Les doryphores hein ? Je dois les enlever chaque jour à la main. Si je voulais les sulfater, je tuerais les plantes en même temps ! Vous rigolez ? Mais c'est vrai ce que je vous raconte ! II vous le diront tous par ici, que la terre, elle est foutue ! "

   - " Ils le disent tous et ils ne font rien ? "

   Le ton de sa voix devint grave.

   - " Mon bon monsieur, il est trop tard, nous sommes allés trop loin. Nous ne remonterons pas de l'abîme. " Il se fit un silence pesant. On sentait qu'il avait raison et que d'ores et déjà, on pouvait crier : la terre est morte, vive le néant !

   Une voix d'enfant, limpide, intervint :

   - " Dis, grand-père, je ne comprends pas ! Pourquoi les hommes ils font ça à la terre ? C'est fragile la terre ! "
   - " Eh, oui, que c'est fragile la terre, mais ils n'y pensent pas, c'est l'argent qu'ils veulent ! "
   - " Ah ? Mais ils n'en profiteront pas puisqu'on mourrira tous ensemble ! "
   - " On mourra, pas mourrira ! "
   - " Ah ! "
   - " Va te coucher maintenant, c'est l'heure ! "

   L'enfant embrassa tout le monde, sortit.

   - " Vous avez entendu ce gosse ? Voilà où nous en sommes, voilà ce que nous leur donnons. Eh bien ! Je vous le dis, quand les gamins de dix ans prophétisent : " Attention, ça va mal finir ! " vous pouvez être certain que ça finira mal ! "

   Il baissa la tête, murmura " nous devrions avoir honte. "

   Un long moment il ne parla plus, mais on sentait que sa pensée ne quittait pas l'enfant qui s'endormait, seul, dans sa chambre obscure. Enfin, il reprit, comme un chant très doux :

   - " A son âge, par un beau soir comme celui-ci, je m'amusais à prendre au piége les chouettes qui hantaient les platanes de la place. Je n'avais pas d'autre souci. Il y en avait des centaines de ces bestioles, mais maintenant - il redressa la tête et sa voix redevint forte - Si vous en voyez une, regardez-la bien : c'est peut-être la dernière ! Elles ont toutes crevé, empoisonnées ! Et une bête, monsieur, ça ne se recrée pas ! Quand une race s'éteint, c'est pour l'éternité ! Et c'est pas ces messieurs les savants qui jouent aux atomes et se croient Dieu le père qui referont des chouettes ! Dites, monsieur, vous ne croyez pas qu'on est devenu fou ? Du bas en haut de l'échelle ? "

   - " C'est probable ! "
   - " Certain ! "

   Avec la dernière chouette s'envola la sérénité de Derek. II voyait, parcourant les espaces sans fin, la Terre violée, souillée, éventrée, couverte de cadavres. A son passage, un frisson parcourait les étoiles : " D'un don infiniment précieux, rare, de la vie, c'est tout ce qu'ils ont su faire..." Derek, en entendant ces voix, comprenait, trop tard, qu'une faute impardonnable avait été commise et, trop tard, il avait honte.... honte d'avoir refusé sa part de responsabilité. "


In : " L'Envol du dragon "
" A l'enseigne de l'aigle noir "
Editions de l'Aire - Lausanne, 1980.



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