Sortie du silence de la mer
une rose a fleuri ma tombe

Le vent efface la trace de mes pas
je meurs encore

Des vagues jaillit le diamant
pourtant je pleure
sur les souffrances passées

Il faut mourir frère !
Sans fin
pour renaître toujours

Où meurent les mots naît la Vie

Près du cyprès
chante une source

Frère, ne pleure plus !
Médite ce mystère
ceci est l’Homme
l’Homme est Ceci

L’eau qui ruisselle
sur tes mains
sur ton corps
emporte tes larmes

Ne soit pas triste
La mort n’est pas la dernière porte
mais la première
vers le Sans-Nom

Ne cherche plus
Et le mystère - sans doute - se révélera

Ciel sans oiseaux
terre sans fleurs
paradis déserté
enfer sans flammes

N’ai-je vécu que pour voir cela ?
Ce gouffre sera-t-il ma tombe ?

Nous ne sommes pas maudits
nous sommes oubliés

Délaissant les cieux agités
les oiseaux - muets
regagnent la forêt
Le vent aussi
interrompt sa course folle
laissant à l’abandon
moulins et nuages
Puis le soleil
suspendu - inutile
d’un coup cesse d’égrener les heures
Au fond de la vallée
plus seul que le loup
attend le pèlerin
En sa chair que mutila le long voyage
se fanent les désirs
Aux lèvres plissées
pend l’amertume - le chagrin
de tant de tromperies
Feux éteints du regard
où passent - troubles
des lambeaux d’espoirs
partis fil à fil

Oseras-tu, pèlerin
avant ta mort prochaine
l’ultime blasphème ?
Oseras-tu
d’un mot
d’un geste
renier
l'infâme comédie ?
Et ne vouloir
désormais
que le silence ?

Si demain
ou ce soir
je plonge dans le grand silence
qu'aurais-je perdu ?
Sinon des rêves...

A Maya, La grande illusion

Okusai: La grande vague


O vague
projetée du fond de l’abîme
roulée
depuis des temps oubliés
par mille tempêtes
combien d’hommes fascinés
berces-tu
en tes spirales phosphorescentes ?

Ma course aussi
se fut achevée
en tes plis tentaculaires
si le destin
pour mon salut
n’avait - sur ton passage
dressé l’infranchissable doute

Au couchant
méditation sur un antique symbole

Le ciel fait le malin
il se pare des couleurs du paon
La terre fait la belle
elle se voile de brume
Entre deux
l’homme pense qu’il pense
et craint
de n’être rien

Par delà...

Par delà le soleil couchant
l’océan
le son
la couleur
Par delà les dieux et mes désirs
je marche
vers l’éternel amant
sans nom
ni dimensions
hors du temps

Un jour
je parlerai
de Toi
pour Toi

Je parlerai de Toi ?
Mais que dirais-je ?
Les dieux ont crevé
et sur ce charnier
rien ne pousse
vie et mort s’effacent
nul vent ne se lève

Que dirais-je ?

Ici, 180 parfaits sont morts dans les flammes pour la foi cathare

Brûle feu
dans la cheminée
et parle-moi
d’antiques cités
que jadis tu dévoras
au nom de Dieu
Brûle feu
dans l’âtre
et souviens-toi
des chairs
qu’autrefois
tu consumas
au nom du Christ
Brûle feu
et méfie-toi !
...de l’eau

Des années durant
on vit
sur un sommet lointain
briller un feu
Le sage attend que Dieu parle - disait-on
La flamme s’éteignit
la conviction fut unanime
Dieu a parlé !
Trois jours plus tard
un cri résonna
Le voilà !
Tous se jetèrent aux pieds de l’ermite
supplièrent
Partage avec nous le fruit de ta patience

L’homme éclata de rire
passa son chemin

Toujours
j’ai cherché une présence
Voici le miracle
Il n’y a personne

La lune flâne sur les brumes nocturnes
L’ombre d’une chouette effleure la terre
file vers un grand arbre mort
Loin, un chien raconte son chagrin
Très haut
sur la route des étoiles
fonce un avion
Deux traînées noires
déchirent l’astre nu
puis disparaissent
englouties
par les horizons pâles

Une cloche marque l’avance du temps
et le silence vient
frémissant
reposer sur la terre endormie

Lao-Tseu prit la parole et dit
Le Tao est inconnaissable !
Puis il passa la muraille
et son livre
comme la mort
rôde encore

Maître Eckhart prit la parole et dit
Jérusalem est plus proche de mon cœur
que ne le sont mes membres !
Son sermon passa le seuil de l’Eglise
et - dans l’âme chrétienne
insinua le doute

Krishnamurti prit la parole et dit
Vivre d’espoir c’est être mort !
Son discours dura cinquante ans
et - comme la misère
couvrit la terre entière

J’écoutais ces maîtres
buvait leurs paroles
jusqu’à ce que le ciel
par un saisissant raccourci
jeta sur moi sa lumière

Les mots des sages
comme les squelettes du désert
sont des jouets pour le vent
Ils parlent d’une aventure unique - finie
et ne savent rien de la tienne

Des ombres se lovent aux creux des nuages
La terre s’abandonne aux caresses des étoiles
Le vent soupire
puis se tait
La lune passe

Rêve,
sur le final de la 4ème symphonie de Bruckner

Tu distingueras de l’aube les contours indécis
tu n’y croiras pas
puis tu entendras sonner les cuivres
et tu sauras
que l’heure est proche
que la longue nuit prend fin
L’écume d’amples vagues
emportera
la mort
Dieu
hier
et demain
Foudroyée
dénudée
pure des lambeaux de rêves
dans l’éclatant soleil du matin
tu oublieras tout
et plongeras
ici et maintenant
dans le grand fleuve toujours renouvelé

Combat de nuages
là-bas
vers les collines
Petits sur gros
gros sur petits
tous sens dessus dessous
qui rient
se font
se défont
s’en vont



Feu
Flammes
Danse et fracas

C’est ainsi que je vois
le jour qui me séparera de toi

Requiem pour un insecte

Dix mille blessures scintillent
au cœur de la nuit

Le fils du Nord
se rue en vagues souples - longues
pour le viol des collines assoupies
Gémissements - apaisement
Et là-bas
au bord du chemin
se meurt le capricorne

Nocturne

Une branche frémit
Un oiseau solitaire appelle
Crissement de feuilles
Un animal rôde
et se taisent les cigales

La lune tombe
fatiguée
par delà l’horizon

Julien Bertholon

Ce monde de pierre est sourd au chant du vent. L’amour des ténèbres rend l’homme aveugle et ses gémissements couvrent le murmure de la Vie.

Sur les hautes cimes
poussent des fleurs
qui sont le sourire des dieux

Dans les profondeurs
mugissent des vagues
qui sont les larmes des dieux

Entre deux
s’agite l’Homme
qui est la honte des dieux

O solitudes bien-aimées !
Couvertes d’or lunaire
O voies secrètes !
Tracées en des silences légers
O ma terre !
Amante d’un instant - assoupie

Ne souriez pas de mes larmes !
Faites courir
sur vos espaces de lumière
le chant qui nous unit
et donnez-moi
une fois encore
le courage de plonger
dans le monde des hommes

Mégalopolis

J’ai vu
en ville
la mort danser
sur de sinistres fracas
Je l’ai vue
dénouer le flot lent
d’écharpes délétères
qu’elle jette - rêves gris
à la face d’anonymes pantins


Pollution ignore borders


J’ai vu
aujourd’hui
la mort jouir
à l’ombre de la folie
et le soleil
se coucher
sur un lit de cendres

Si le monde n’avait aucun prix, que vaudrait notre renoncement ?

Malgré tes ombres - tes noirceurs
tes flots de sang
ruisselant
vers de lamentables océans

Malgré tes cris
étouffés
par de lourdes fumées
rampantes - insinuées
en chaque pensée

Malgré la mort
qui rôde - rend - laisse
jamais n’oublie

Malgré tant d’absurde horreur
Je t’aime !

Pour tes silences
flottants sur le murmure des vagues
tes lumières
jouant à l’ombre des hauts cèdres
le sourire d’une femme caressée
le parfum d’une fleur
éclose dans la nuit

pour tant de miracles répétés :

je t’aime !

D’un amour qui m’interdit le Ciel...

La brise, un soir, porta ce chant...

Viens !
Je te conduirai
en ces terres lointaines
où les montagnes
entre l’homme et son destin
ne dressent aucun obstacle
où les océans
ondulant sous les vents tièdes
jamais
n’engloutissent
ceux qui leur confient
jours et espoirs

Sur les plages de sable fin
tu entendras
des coquillages
monter le chant des étoiles
et - du creux des vallées
les soupirs de la terre alanguie

Viens !
Je te conduirai
vers ces pays
où l’on meurt dans le soleil
chaque soir
pour renaître
chaque matin
perle de rosée
parfumée
que le vent
par jeu
dépose au cœur des fleurs

Viens !
Je te montrerai le chemin
de ces paradis révélés
jadis
par les sages

Viens !
Ce lointain est si proche...

Sais-tu ce que tu es ?
Un petit nuage roux
offert au vent matinal

On salue ton passage
tu réponds d’un sourire
et le monde s’éveille

Ballade ougandaise

Si tu devais
sur des paysages lointains
fermer tes regards
si tu devais
au ciel d’Afrique
abandonner ton dernier souffle
si ton corps
privé de vie
par la folie des hommes
m’était rendu
couvert du linceul à Croix-Rouge :

Je ne pleurerais pas

Je porterais tes cendres
dans la combe secrète
où nul ne va
Dans ces solitudes apaisées
le parfum des lavandes
fleurirait ta tombe
le vent jouerait avec ton souvenir
et l’hirondelle
quelques printemps encore
te porterait mon message :

Attends !
que j’aie bu le sang des coupables
Alors je reviendrai
près de toi
à jamais

Mélodie post-opératoire

Si tu n’étais pas revenue
j’aurais dit
un sourire s’est éteint
J’aurais cherché ton souvenir
dans le mystère des nuits étoilées
quelque part du côté d’Orion
et la Lyre
pour ma solitude
aurait égrené
de tristes mélodies

Mais l’un meurt
l’autre naît
Ainsi s’efface l’Ancien
Aux portes du printemps
éclot un sourire inconnu
Te revoici
neuve pour de nouveaux jours
devant des chemins de soleil

Moi, je ferme les yeux
pour oublier
Orion, la Lyre
la fragilité de toutes choses...

A ma femme

J'ai eu
en ce monde où je passe
nombre d’amis :
Krishnamurti - Eckhart - Lin-Tsi
et d’autres - moins connus

Dans mes longues veilles solitaires
j’ai traversé de vastes univers
Je sais le prix des larmes et
dans la mélancolie d’un regard
je lis l’espérance des dieux
Dans le silence des morts
j’entends la Vie qui continue
Dans la nuit profonde
je distingue le lotus aux mille pétales
Mais si cette fleur - un jour
s’offre au ciel
et répand sur la terre blessée
son parfum subtil
c’est à toi qu’elle le devra
toi qui - sans défaillance
fus son jardinier
confiant, patient, dévoué


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