manuscrits des 17-18èmes siècles



Les Oubliés


Retrouvés au fond du grenier
1972 - 1979
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La flamme tremblante des chandelles
n'explose pas au coeur de la création

Les ombres légères s'effacent
avant de s'étendre en nuit profonde

le sourire des fleurs s'éteint
sans apaiser mon chagrin

En moi
l'univers avorte

* * *

Pauvre esprit !
Incapable de concevoir la vérité

Pauvre pensée ! Amoureuse d'elle-même
Vanité !

Pauvre moi ! Ivre d'imaginaire puissance

Pauvre être !
Echapper à la mort ?
Sans comprendre la vie ?

Pauvre humain !
Maudissant l'abandon des dieux
tu ne vois pas la rose !





* * *

Nuit bénie


Ivre de solitude
je contemple l'océan

La ronde est éternelle

Dans les entrailles de la terre
gisent des milliards de squelettes

Chaque étoile est une âme
et je vais mourir aussi
...sans avoir rien compris !

* * *

Aux utopistes des siècles d'avant
Aux Cathares



Feu de la St.Jean

Crépitements
Flammes lovées
Autour du corps droit - embrasé
livré au peuple saoul
noyé d'impardonnable bêtise

Volutes silencieuses
élevées loin de terre
L'âcre fumée cache
à ces coeurs où rampe la haine
l'enviable sérénité
du sage condamné

Silence dépité
De la chair torturée
nul cri ne s'est échappé

Reflux
Abandon de la forme calcinée
qui hier encore
outrageait tant de belles pensées
semées sur la terre fertile
des siècles imbéciles
outrage à de belles paroles
proférées par ceux qui savent
inventent s'ils ne savent
et mentent d'âge en âge

Chair grillée
que ni chiens ni chats ne voudraient
en tes cendres
quel secret emporté - loin
par le vent complice ?
Quelle sagesse inconnue
à jamais refusée
aux peuples indignes ?
Quels ferments de liberté - inacceptables
pour l'homme épris
d'abord et avant tout
de ses chaînes

* * *

Une feuille de papier se déchire
encore et encore
en mille confettis
que le vent emporte en riant


Heure instable - fugitive
où les parfums de la Terre
se confondent - s'évaporent
rêves de nuit - fugaces

Choc - Violent
Mon pied brisé contre le roc
Me voici tournoyant
dans le silence d'univers figés
Galaxies - nébuleuses
Nébuleuses - galaxies
Diamants par milliards
refusés à mes mains tendues
vers le vide noir

Enfin...espacement...
scintillements de loin en loin
puis...plus rien

Ventre sans mouvement
sans chaleur - ni odeur - ni sang
Ventre de rien
D'où naît l'enfant
qui ne voit - qui n'entend
qui attend - Immobile

Sa main saisit la mienne
m'entraîne à nouveau
vers les espaces sans fin
où nous projette ma folie
Errance - égarement
Egarement - errance
Au sein de l'éternité
Je glisse . de vie en vie
me dissous - de mort en mort
Hésitant
Loin du but qui m'attend
Dirigé par lui - l'enfant
aveugle - sourd - muet

Eh ! Monstre ! Où va-t-on ?

Image Hubble

De mirage en mirage
je tangue et m'épuise
Cri perdu dans les labyrinthes stellaires
Qui créa cela ? Pourquoi ?
Qui pense ? Comment ? Pourquoi ?

Ralentissement
Poids sur mon corps
Lourd - pétrifié
Spectacle imposé

fulgurances vertes dans la nuit
visage du Christ
Me voici muet
Un homme dans un parc
Je lui parle - il n'entend pas
La foudre nous sépare
Me voici aveugle
Mots de consolation
pauvres coques brisées - trop tard !
Me voici sourd

Enfant ! Qui se refuse à la vie
serais-tu mon frère ?...

Mille confettis brûlent
encore et encore
cendres fragiles
que le vent emporte en riant


* * *

Agenouillé sur la stèle de marbre glacé
le coeur en sanglots
l'âme brassée - éclatée
livrée au doute incendiaire
je prie

Figé
mains jointes - soudées
projetées - loin
vers le gouffre du ciel
j'implore - du silence
un mot refusé

Dans la nuit noire
au prix de mille plaies
je cherche
le sens de ce péché
qu'en toute innocence je commis
Vivre

Mais que peut ma prière
en l'absence de Dieu ?

Alors...
debout sur la stèle de marbre glacé
penché sur les millénaires menteurs
jetant par delà les mondes glauques
les fulgurances de ma révolte
je maudis
le mirage qu'inventèrent les hommes
je maudis
l'illusion funeste
Dieu
son fils
et l'Esprit débile


* * *

A nous autres
vivants stupides...


Feu et sang
Ombres furtives
rescapées de la nuit
de l'inutile massacre
Procession lente - errante
Chant monotone - lancinant
effilé en longs silences
enfoncés au coeur des solitudes
Lamentable cohorte
par le vent égarée
en ces déserts de glace
où s'évapore la vie



Tressaillements
frémissements
entrechocs des os
cape noire et tranchante faux
Dix pas encore
ricanements
Deux pas seulement
hurlements - puis...
le gouffre torsadé - spiralé
creusé dans le vide
Vertige inutile
aspiration du néant
Dissolution
Silence
Oubli

Ainsi va ta vie - passant !

* * *

A Krishnamurti


Mince silhouette
corps de verre
indifférent au froid qui pétrifie
nos âmes qu'a fui - horrifiée
la Vie dont tu parles

De tes lèvres s'échappent
si impalpables qu'ils nous frôlent
sans jamais nous toucher
les mots de la Sagesse


Km on stage

Tu parles - chaque jour
à des coeurs inertes - vides
fleurs déjà fanées
qui se répandent en mots assassins
de regrets - de haine - de jalousie

Oh ! nous savons
combien tu voudrais
à nos vies ternes - nues - désertées
apporter le feu d'Ailleurs

Hélas ! Ton chemin s'est égaré
Entre mille planètes
le souffle des galaxies
t'a jeté
sur la plus stérile

Ami ! Dis-moi - en secret
le nom de Cela
qui fit couler en ton sang
l'incroyable courage
d'affronter - sans espérance
l'humaine inertie

* * *

A Anton Bruckner
à propos de sa 4ème symphonie

Fulgurance des cuivres
lamento des cordes
pépiements d'oiseaux - morts
Grondement de tonnerre - crescendo
vers quelle hallucination ?
Rupture
Pas lourds des basses
inexorable marche
vers quel abîme ?
Explosion de super novae
chute de cendres stellaires
Cataclysme d'apocalypse
roulant les races confondues
vers d'insondables cimetières
où coule
après elles
l'oubli

Ainsi s'efface la mémoire des erreurs divines
Mais ton chant
couvrant les espaces livides
demeure
de nos espérances englouties
l'immortel suaire


* * *

La pluie tombe
sur mes heures dernières



Le rêve glauque
souvenir éclaté
enfante le silence
A Dieu mon âme !
A Dieu mon corps !
Vous redevenez
dans le vide dissous
enfants du néant

Il pleut sur mes secondes dernières...

* * *

Tu viens enfin - ponctuelle
m'arracher à ce monde pétrifié

Quel vêtement
pour la fête qui s'achève ?

Sois nu et approche ! Dis-tu

Me voici...
et le mirage s'évanouit

J'ai rêvé d'infini !
me voici point infime
J'ai rêvé de cimes de lumière !
Je retourne à la terre
J'ai voulu découvrir d'autres rivages
me voici aux portes de l'oubli

Ces rêves - O mort
je te les rends
Mais ne les mets pas dans ma tombe
Laisse-les rôder en ce monde
car - en ma demeure d'éternité
je veux être seul

* * *

Sur la dune
une ombre joue de la flûte
Dans la nuit
j'entends le murmure des galaxies



Le Temps s'étire
en souples spirales
et voici
lovée sur d'antiques civilisations
l'Eternité - frémissante
enfantant l'Homme Nouveau
que demain...
elle détruira


* * *

Le dirai-je assez ?
J'ai - à la folie
aimé ce monde
m'offrant au rêve
d'être paré
de ses étincelantes vanités

Las ! Gloire et pouvoir m'ont fui
et plus ne resta
que misère noire

Dès lors
explorant d'effrayantes profondeurs
j'ai cherché
Dieu - Le Diable - ou la Trinité
Las encore !
Des uns ou des autres
je n'ai entendu le moindre murmure
Les abîmes sont vides

Ni dehors
ni dedans
il n'est de réconfortante certitude
Et je me demande même
si celui qui chercha exista jamais
ou s'il ne fut
d'un rêve
qu'un instant malheureux


* * *




Agitant les hautes herbes
le vent court sur la plaine

Dans un champ de blé coupé
trois corneilles bavardent

Plus loin
un paysan rentre ses vaches

Plus loin encore
un cavalier - fantomatique
émerge des brumes du soir


* * *

Gaza, le 16 décembre 1979
pour Christina

Le vent, hier, a cueilli la dernière fleur du jardin; pour ton anniversaire les vases resteront vides. Mais qu'importe ? Puisque tu es, toi, la plus vivante des fleurs.


* * *

Sur "Love Theme" de Midnight Express

De longues harmonies
planent
sur l'océan serein

Une barque passe
voiles ouvertes

De grands oiseaux
embrassent le soleil levant

Un homme - solitaire
danse avec la brise

Le Ciel épouse la Terre
et - sur les tombes
descend la paix

* * *

En souvenir de trop de lecture

Mille livres brûlent
souffle d'Enfer
cendres éparpillées
fumée délétère
asphyxie d'un rêve

Mots menteurs
magiciens noirs
sur vide blanc
trame de mirage
signes de rien

Je vous maudis...
d'avoir tant cru en vous

* * *

Aux cathares

Le vent qui court
sur Peyrpertuse
Puylaurens
ou Monségur
ne porte que le silence



Quelques pierres
accrochées à d'arides précipices
marquent votre passage - fugace
Dans la forêt de Grésigne
les loups se sont tu et
dans les Pyrénées
nul sentier ne retient la trace de vos pas

Fils de la Lumière !
Sept siècles de ténèbres vous ensevelissent
et jamais ne reverdira le rameau !

Le vent qui court
sur Peyrpertuse
Puylaurens
ou Montségur
ne porte que l'oubli

* * *

Panne d'électricité à Gaza


Larmes de nuit
les étoiles cascadent dans la mer
vers d'autres lumières
parures de cent chalutiers
alignés sur l'horizon mouvant

Le vent a fui la ville éteinte
enfoncée dans son rêve fou
de paix - de liberté

Le silence pèse
sur le tombeau des espoirs
qui renaîtront demain...
pour une agonie sans fin

* * *

Voudrais-tu visiter mon jardin secret ?
Tu le pourrais
le portail – rouillé
est ouvert



Mais tu n’y trouverais
que roses fanées
os blanchis
cendre dans les allées
quelques noms effacés
sur des tombes brisées
et pas un souffle de vent
pour te conter ma vie passée

Ecoute plutôt
dans l’étrange silence du cœur
les murmures du présent


* * *

Tour de magie



Un regard à droite

Lavande, grand sage taoïste, disciple de Tchouang-Tseu

Un regard à gauche



et...hop !

Plus personne



C'est la vie !



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