Puits saharien figurant sur la couverture du

   " Le Puits " n’aurait pas vu le jour sans la persévérance acharnée de son préfacier Bernard Delafosse. C’est lui qui, pendant quatre longues années, sans relâche et sans découragement, a insisté auprès des éditions de " La Maisnie " pour que ce livre soit édité. La parution de cet ouvrage fut d’abord sa victoire, mais aussi celle de Guy Trédaniel qui eut le courage de publier un texte sortant des chemins battus.



PRÉFACE

   J’avais découvert l'auteur du Puits par un beau livre de lui, à la fois roman, fiction symbolique et intériorité, qu’il m’avait envoyé après avoir lu mon ouvrage : Krishnamurti ou cinquante ans d’éveil.
   Il nous offre une œuvre plus intérieure encore (essai, poème, méditation, ou le tout ensemble, qu’importe !) intitulée : Le Puits, et composée de quelques deux cents " versets " comparables aux versets d’un Evangile... sans évangile - donc d’une liberté totale d’esprit.
   Qu’est Le Puits, sinon la source de cette eau lustrale par quoi l’âme se désaltère, l’âme, c’est à dire le souffle de la Vie dénudée, sans carcan de société ni tabou de religion, nue et si difficilement saisissable, comme la Vérité... au fond du puits.
   La Vie, au sens universel, est si multiple, imprévue, mystérieuse, que je n’aurais pas écrit Le Puits malgré une fraternité certaine, en profondeur, avec l’auteur. Je n’aurais pas écrit cela, pas plus que quiconque d’ailleurs, chacun étant unique sans cesser d’être aussi l’autre... Mais j’en ai tout de suite apprécié la résonance et la portée.
   Chaque fois que par son chemin ou son voyage intérieur, par sa démarche à travers les arcanes de l’art ou de la poésie, qui sont d’admirables catalyseurs, quelqu’un s’efforce - sans volonté déterminée ou préconçue de le faire - à transcender le mental, il produit quelque chose d’utile, de constructif et d’éclairant.
   C’est l’impression première que j’ai ressentie à la lecture de cette œuvre, et cette impression n’a fait que s’affirmer ensuite. Ce mélange de connaissance et de doute, cet équilibre fragile sur une pointe de diamant entre la lumière qui éveille et la matière qui croule, ravira tous ceux qui, conscients d’une certaine image de l’homme et de l'être, cherchent désespérément (sans pour autant accepter de se perdre dans les nuages) à pénétrer leur propre secret ou, plus simplement, leurs interrogations profondes ; l'essentiel n’étant pas de trouver les réponses, mais d’élargir l’horizon sans relâche.
   Que l’écho du cosmique résonne puissamment en lui, que sa vision de " Dieu " soit d’autant plus forte que moins orthodoxe, que le corps ou le physique ne soit que faiblesse, que le vrai chemin se situe hors du langage, c’est à dire qu’il culmine au silence, que notre matière vivante ne soit pas éternelle dans sa forme présente, ou que l’homme ne soit pas le véhicule idéal de la Conscience (ce qui revient au même), voilà quelques exemples glanés dans l’œuvre qui rejoignent les méditations les plus libres, les moins traditionnelles, les moins conditionnelles qui soient !
   Je ne crois pas avoir trahi le texte par ces paroles liminaires qui ménagent un seuil d’ouverture. Mais une fois le seuil franchi, le lecteur devra les oublier pour être de plain-pied avec l’auteur.

Bernard Delafosse




AVANT-PROPOS

   Un récit ancien nous parle d’un " chercheur de Vérité " qui, renonçant à l’espoir d’atteindre l’objet de sa quête, s’en revint dans le monde où il prit soin de la tombe d’un maître. Il vécut là, de l’aumône des pèlerins, jusqu’à ce que, de façon très inattendue, il s’éveille à l’ultime réalité. De nos jours, il serait difficile de s’établir gardien d’une tombe, fut-elle d’un sage. Il serait tout aussi difficile de devenir gardien d’un puits. C’est pourtant ce dont nous avions rêvé ! Mais il est d’autres puits que ceux qui s’enfoncent dans la terre et, pour les hommes, une autre eau que celle qui ruisselle des sommets. De là est venu ce recueil, d’un " ailleurs " très proche et cependant, aujourd'hui comme jamais, délibérément ignoré. Nous pouvons exprimer cet " ailleurs " par des réflexions plus ou moins longues, plus ou moins complexes, comme nous retirons d’un puits une eau plus ou moins claire dans des seaux plus ou moins pleins. Mais qu’importe la forme ? L’essentiel est atteint si, à la nuit tombante, près du Puits, la caravane retrouve la force de poursuivre et d’achever son voyage.



Le puits près duquel naquit l'idée de ce recueil




   Le vrai chemin, qui traverse le vécu quotidien, est approfondissement de la connaissance de soi, donc de l’Homme et de l’Univers. Il s’achève lorsque s’éteint le " moi " et son cortège de peurs, de contradictions, de violence. Alors, et alors seulement, commence la véritable aventure : la découverte sans fin de l'Instant.

   En abordant le Chemin, protégez une confiance encore fragile : Gardez secrets vos premiers pas.

   Je contemplais les méandres du passé lorsqu’un bruit me fit tourner la tête. A côté de moi, un enfant me regardait fixement. Surpris, je m’inquiétais : était-il d’hier ou l’image d’un jour à venir ? Etais-je un homme qui portait les rêves d’un enfant ou un enfant qui se rêvait homme ? Longtemps nous nous sommes regardés. L’un de nous devait mourir.

   Le chant d’une flûte s’éleva dans la nuit, puis une voix l’accompagna dans son ascension vers les étoiles.
   " Dieu ! Où es-tu ? " demanda l’homme. Il n’y a pas, répondit la flûte, de " Dieu " qui, caché " Là-bas ", se réjouisse avec toi de la rose qui s’ouvre, ni sèche tes larmes lorsque tu te penches sur les tombes. Il n’y a personne pour partager le silence des nuits d’amertume ni danser avec toi sur la rosée de l’aube. Personne ! Ni Dieu, ni l’aimée, encore moins le vent ou la lune.
   Mélodie d’une évidence : nous pouvons et devons marcher seuls. Nous n’avons pas besoin de béquilles. Nous n’en avons jamais eu besoin.

   Pourquoi se lamenter aux pieds des autels ? Pourquoi mendier des grâces qui, de siècle en siècle, se refusent ? L’espérance fait de l’Homme un esclave, mais quand le comprendra-t-il ?

FUITE par Luzinier.free.fr

   L’aube traverse lentement les nuages qui courent vers le sud. Un avion atterrit, pleins feux. Ici, des chemins se croisent. Là, ils se séparent. D’un rire, d’un mot, que restera-t-il ?

   Le vent n’a rien à dire, sa loi est de passer. Est-elle différente de la nôtre ?

   Nous devrions être heureux de n’avoir qu’un fil à trancher. Mais nous fuyons, feintons, trichons et, d’un fil, notre lâcheté fait une corde.

   Chacun entretient un cimetière secret où périodiquement il ressuscite ses disparus, leur avoue l’inavoué, leur arrache des mots qui sont l’écho de ses désirs, avant de les replonger, pantins de rêve, dans les limbes de la mémoire. C’est près de ces tombes jalousement gardées que nous nous grandissons par la contemplation de nos malheurs, là que nous excusons nos lâchetés, là, dans ces ombres de passé, que nous vivons le plus clair de notre temps.

   Une grenade dans une main, Marx, la Bible ou le Coran dans l’autre, nous prétendons changer le monde. Mais porter la révolution dans notre esprit, marcher sans prendre aucune vérité pour le seul pain dont nous puissions vivre, voilà le genre d’aventure dont nous ne voulons pas entendre parler, nous, bâtisseurs de cathédrales, conquérants de l’espace, et démolisseurs de planètes !




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