
D'un sage - nous disons
Un jour il fait couler le sang
le lendemain il sème des fleurs
un autre jour il déchire les Sutras
la nuit il dort sans rêves
Certains croient qu'il a perdu la Voie
d'autres savent qu'il ne la quitte jamais

Détruire l'espoir sans sombrer dans le désespoir ? Le Chemin
n'enseigne rien d'autre.

Nous connaissons les clefs qu'utilisent les hommes de pouvoirs et les portes qu'ils tentent d'ouvrir. Tout cela ne vaut rien et nous déshonore tous.

Notre conscience est limitée, répétitive. Tout vieillit très vite dans cette cage dorée. Pourtant, si quelqu'un soutient que nous nous aliénons, nous le traitons d'insensé.

La Voie n'est ni religion, ni philosophie, ni psychologie. Pourtant, la Voie touche à la religion, à la philosophie, à la psychologie. La Voie est l'art d'apprendre à se connaître. Elle est l'Art de vivre.


Combien de millions d'années, combien d'échecs, avant qu'une galaxie ne prenne son envol, qu'un homme ne se mette debout ? Combien ?

Le Temps est fils du Désir. Que meure le Désir, et s'en va le Temps...

Par des " pourquoi " et des " comment " nous nous évadons de la souffrance. La réflexion couvre et déforme les faits, elle ne nous en guérit pas.

Il est des oiseaux qui se prétendent sages. Atrophiés des ailes, ils pérorent sous les feuillages, à l'abri des vents...

La pensée est incapable de résoudre nos conflits. Elle nous en révèle les effets mais ne peut en extirper la racine, car elle est elle-même la cause de nos troubles.

Pris de colère, nous cherchons à atteindre un état de paix. En vain, car le centre qui crée la colère est le centre qui imagine la paix.

Deux avions rasent, dans un grondement de tonnerre, les collines encore assoupies.

Le premier rayon de soleil perce les brumes. De la forêt se lève un grand soupir : à trop jouer à la guerre, on finit par se persuader de sa nécessité.

Les sages nous incitent à un renoncement total et volontaire. Mais ce renoncement, inévitable au jour dernier, nous ne pouvons y consentir aujourd'hui. Pourquoi ? Est-ce parce que la conscience dort, lovée au cœur des mythes ? Est-ce parce que des générations ont jeté sur nous le poids de leurs habitudes ? Qu'importe ! De tortueuses justifications excusent nos conduites les plus insensées ; nous fermons les yeux et prions le ciel de nous réveiller au paradis. Demain est le symbole de cette terre promise. Demain verra s'évanouir le souvenir des siècles de désespérance, demain, des roses couvriront les déserts. En attendant, aujourd'hui trouve la misère confortablement installée. Des hommes meurent pour une bouchée de pain, pour une idée, pour rien. Aujourd'hui, les animaux sont massacrés et la terre pillée.
Lieux communs ? Hélas, oui ! Le dramatique est devenu notre pâture quotidienne, avalée dans l'indifférence. Mais n'est-il pas à craindre que demain il ne soit trop tard pour renoncer à notre folie, trop tard pour éviter l'anéantissement de la planète ?

Une amie affirme : " L'Eveil consiste à se défaire, en un geste intérieur éminemment simple, de ce qui est faux. "

Etrange relation que celle de deux compagnons. Complexe, parfois décevante, souvent dangereuse, telle apparaît la tâche " d'éveiller la musique " et d'inciter l'autre à danser, seul, à son propre rythme.

Ce matin, on pleurait dans ma chambre. J'ai cherché partout sans rien trouver. C'était moi qui me lamentais !

La guerre n'existe pas. Seuls existent, pour un bref instant, les hommes qui la font. Les Etats et leurs frontières n'existent pas. Seuls existent, pour un bref instant, les hommes et leurs illusions.


En nous engageant sur le Chemin, devenons amis des paradoxes.

Plus nous avançons, plus se réduit la marge d'erreur acceptable. La même faute, bénigne à l'aube, sera fatale au crépuscule.

On juge les solitaires inutiles, voire nuisibles. On dit qu'ils ne font rien et que leurs jours s'étirent en rêves paresseux.
Il manque à de telles affirmations le sceau de
l'expérience.


Un chat boit l'eau glacée de la fontaine, se lèche les babines, repart vers des secrets connus de lui seul. L'essentiel n'est-il pas de revenir volontairement à l'état de l'animal qui, d'instinct, trouve le chemin ?

Pourquoi, sous chaque expérience, vouloir distinguer la trame d'un destin unique, prévu pour nous ? Reconnaissons plutôt que notre rôle, sur la scène où nous passons si vite, n'a aucune importance.

Les croyants prétendent que Dieu peut éprouver de la colère.
Les croyants prétendent que Dieu peut préférer une créature à une autre.
Blasphèmes !

L'Eveil est vision, immédiate, de l'essence du moi.

Jugeant que chacun doit marcher seul, certains sages ferment leur porte. D'autres, qui se souviennent des difficultés, l'ouvrent. Tout est affaire de caractère, et de circonstances !

Aborder le Chemin, c'est rencontrer la Vie. Rencontrer la Vie, c'est approcher un tigre. Ce face-à-face, voulu à l'heure du destin, peut être mortel à qui tente d'y échapper.

Dans un désert lointain
se dresse une citadelle inexpugnable
L'Ami s'y cache
Je resterai sous Tes murailles
jusqu'à ce que Tu ouvres Ta porte
et si - devant Toi
je tombe en poussière
Tant pis !

En combien d'auberges avons-nous fait la fête ? Combien de fois avons-nous cru voir " le bout du monde " ? Combien de fois avons-nous gémi : " C'est impossible ! " Combien de fois avons-nous entendu : " Avance ! " ?

Pour toi, je faisais courir des fleuves dans le désert. Du palais où nous passions nos nuits, mille fenêtres s'ouvraient sur l'infini et, dans les vergers en fleurs, les lions jouaient avec les gazelles. Aujourd'hui, aimée, tu es cadavre.


Pourquoi séparer ce monde de l'autre ? Le maître du disciple ? L'amour de l'Amour ?

Les maîtres de la Voie Abrupte rugissent : " Vous perdez vos jours en vains divertissements ! ". Il ne sera pas pèlerin longtemps, celui qui leur donne tort.

Déraciner la souffrance ne dépend d'aucun dieu, d'aucun sauveur. Il est inutile d'attendre, par manque de confiance en soi, le miracle.

La charte de la plus internationale des organisations stipule que les maux dont souffre l'humanité ont leur origine dans l'esprit de l'Homme. Alors ! Là-bas, de l'autre côté de l'océan, de quoi parle-t-on ?

Nous jugeons trop " nu " l'enseignement de certains sages. Cependant, quelle est l'essence d'une vie authentique ?

Les amandiers dansent
l'étoile du berger garde les ruines
le voyageur écoute - captivé
Le murmure des choses qui passent

Les arbres suivent leur nature sans se soucier de beauté ni d'utilité. Rares sont les hommes qui savent être des arbres. Les hommes veulent des médailles et des certificats. Il faut donc des guerres pour les premières, et l'ambition du savoir pour les seconds.


L'Amour ne se justifie ni ne se situe. Il ne se connaît ni ami ni ennemi et l'échec, comme la réussite, ne l'affecte pas. Il est, quand s'éteignent nos prétentions.

Nous libérer de tout jugement acquis nous effraie tellement qu'après avoir renoncé à certaines valeurs, nous en créons d'autres aussitôt. Cependant, rien ne nous assure de la qualité de nos nouvelles options. L'incertitude demeure et qui veut la dépasser doit reconnaître que " bien " et " mal " sont fonction l'un de l'autre. Que l'un disparaisse, la scène est vide ! Dès lors, il n'y a plus jugement, mais constatation, et l'énergie qui soutenait ces deux fantasmes est restituée, pure, à l'ensemble de la conscience.

La Sagesse, efficace dans l'univers des hommes et des dieux, quel pouvoir a-t-elle sur notre indignité ?

Lutter contre nos faiblesses est à la portée de notre vanité.
En arracher les racines est une autre affaire : la dernière que nous souhaitions traiter ...

Souvent, sans aimer leur partenaire, ils ont voulu des enfants. Sans se soucier de l'état du monde, ils en ont eu. Puis ils ont chanté : " Ceci est mon enfant, c'est moi qui l'ai fait. Je suis désormais un être complet. "
Mais un passant a murmuré : " Illusion ! Illusion ! Illusion ! "

Amie, attache-toi à la Voie. Elle est, en ce monde, l'unique indice de l'éternel.

Nous sommes l'expression momentanée de l'effort de la Vie vers la Conscience. En ce mouvement, il n'existe pas de moi, mais un nous qui exprime l'univers.

Tel un aigle fou
j'ai désiré les cimes, puis
Te cherchant, j'ai passé
d'abîme en abîme le plus clair de mon temps
Ami !
De Tes silences
qui me consolera ?

A quoi bon s'obséder d'un véhicule dérisoire, éphémère ? Pourquoi accorder aux plaisirs et aux souffrances du corps plus d'importance qu'aux nuages qui se forment et s'en vont ?


Ne condamnons pas
la faiblesse révélée au temps de l'Epreuve
disant : " Elle ne nous sied pas ! "
Ne l'excusons pas
disant : " La vie l'a voulu ainsi "
Regarder sans jugement
ouvre la voie
vers les racines de l'Etre

Si nous ne pouvons atteindre l'Eveil, nous pouvons y faire obstacle. D'ailleurs, nous ne nous en privons pas !

Cessez donc d'accuser Satan ! Sans lui, Dieu ne saurait pas qu'il existe. De même, ne haïssez pas votre moi ; s'il ne peut entrer dans le
Royaume, il vous conduit à la frontière.

Certains prétendent : Nous contemplons en souriant les soleils qui ont perdu leur chemin. Nous affirmons : Si un homme s'égare, les dieux eux-mêmes pleurent.

Plongés dans le même fleuve, nous nageons dans la même eau. Peu importe que ce soit près de la source ou de l'embouchure.

L'élément de base de la conscience personnelle est le passé. Ce que nous appelons nouveauté est un assemblage différent de briques anciennes.

Notre plus grande faiblesse est physique. Pourtant, sans le corps, il n'y a aucun espoir d'atteindre le cœur de la Vie.

Parvenu à la Porte, un pèlerin en exigea l'ouverture :
- J'ai sacrifié, pour cet instant, mes désirs les plus chers, ouvre !
- Le trésor que je protège vaut tous les univers, cria le gardien, comment oses-tu, fût-ce au prix de ta vie, y prétendre ? Va-t'en !
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