Ami, n'abandonne pas le Chemin devenu abrupt, ne le maudis pas quand la mort t'y suit, ne doute pas, si au travers de tes larmes, tu ne vois que la solitude.

   Le pèlerin fuit la facilité. Dans la complaisance à l'égard du monde, il redoute de perdre la Vie.

   Parfois, inquiets, nous nous perdons en conjectures et tentons d'imaginer l'état d'Eveil. En vain. Pour découvrir l'inconnu, il faut d'abord se détourner du connu.

   Un jour de tempête, j'en appelais au maître des solitaires *. Il apparut et dit : " Partout où il y a une ruine, il y a espoir d'un trésor. Pourquoi ne cherches-tu pas le trésor de Dieu dans le cœur dévasté ? "

   * Khadir, personnage mystérieux qui va chercher la source de l'Eau de la Vie dans les ténèbres.

   Le voyageur gémit dans ses habits trempés, indifférent à la terre qui se réjouit sous l'orage. Il voit l'arbre foudroyé, mais pas la beauté de l'éclair.

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http://www.surfinvest.com/ImagesV.php?T=nature&D=eclairs

   De ce désert où Tu me fais marcher, combien de cris sont montés, inutiles, vers Toi ? Mes regards n'embrassent que rocs et poussières. Ma nourriture ? Des larmes. Mes compagnons ? Des fauves. Mort, à quoi Te servirais-je ?

Si vraiment tu voulais Me servir, craindrais-tu l'anéantissement ?

   " Faire la fête sur le rivage ", c'est se nourrir de passé, c'est parler politique ou religion, c'est lire ces lignes et s'attacher encore à ce qui est vide d'importance.

   A chaque instant, le Chemin est ouvert. Mais nous bavardons, plaisantons, insoucieux, insouciants. Puis vient le temps des larmes et des récriminations. Nous accusons alors les circonstances et crucifions ceux qui nous parlent de notre négligence.

Les chemins de ce monde
ont la consistance des nuages
Laisse donc le vent jouer avec eux !

   Certain maître nous conseille de témoigner, à l'égard des femmes, d'une " indulgence chevaleresque ". Les chances de tous sont égales et une différence d'aspect ne justifie aucune indulgence.

   De temps à autre, un étranger, un livre, un rêve, vient nous parler de notre nature intime. Hélas, trop souvent, ce messager ne laissera dans son sillage que la nostalgie d'horizons sans limites, juste entrevus avant que, par peur, nous nous retranchions dans nos habitudes.

   Si tout espoir avait déserté le Chemin, nous aurions cédé à la tentation de disparaître, et nous ne serions jamais parvenus en ces lieux où la vie ne se nourrit plus d'espérance.

   Nous estimons nous connaître par nos actions, mais savons-nous qui les induit, comment et pourquoi ?

Compagnon !
Si tu veux qu'au jardin de l'Ami
mille et une roses fleurissent
et que le vent - vers l'aimée
porte leur parfum

Renonce à toi-même !

Parfois nous dansons parmi les hommes
parfois avec les dieux
Au-delà de la vie et de la mort
de l'espace et du temps
ont disparu nos attachements

   Si vos pas vous conduisent en ces lieux où s'offrent les pouvoirs, prenez garde ! Leur séduction est grande, et dangereuse leur manipulation. Ne les utilisez jamais sans un ordre.

   Mon premier compagnon m'apprit à me connaître. Le second me découvrit les lois de l'univers. Le troisième me fit comprendre, en un mot, la vanité de tout savoir.

Etranges sont les voies du maître des solitaires

Un jour il embrasse
le lendemain il tue

Ses formes sont multiples
une fleur - un rêve - un vagabond

Mais qui sait reconnaître en lui
le passage de la Vie ?

   Le développement d'un conflit obéit toujours au même schéma : je veux quelque chose que je ne peux pas avoir. Mais cette prise de conscience ne résout pas le conflit. Un " anéantissement " intérieur, qui n'est pas une lâche abdication, est nécessaire pour que s'éteignent, d'un coup, tous les conflits.

   Une flèche frappe la cible ou la manque. Si elle passe à côté, peu importe que ce soit de près ou de loin. De même, il n'est pas de progression sur la voie du détachement : nous sommes libres ou prisonniers.

   N'acceptez de mourir pour aucun homme, aucune idée, aucun " Dieu ", mais ne craignez pas de finir, oubliés, sur le chemin de l'Amour.

Auto-portrait : Christina Chapallaz

   Il paraît que quelqu'un est mort, il y a très longtemps, pour notre " salut ". Mais quels péchés avions-nous commis, nous qui n'étions pas nés ? * Et aujourd'hui, d'où montrent-ils tant de science ceux qui prétendent toujours, au nom de Dieu, connaître le mal et ses remèdes ?

   * Le mythe du péché originel compte parmi les plus juteuses escroqueries " spirituelles " de l'histoire de l'humanité. Et l'une des plus criminelles aussi : des millions d'humains maintenus, pendant des siècles, dans la terreur...pour une faute fantasmagorique...mais pouvant être, finalement, rachetée par la mort d'un " fils de Dieu " ( ? ). Contrat sous conditions, bien entendu. Effectivement : " un pur délire " !

   Pourquoi se soumettre à un " gourou de papier " * et chercher, dans la vase des mots, les trésors de l'Instant ?

   * Ainsi nomme-t-on parfois les livres.

   La liberté intérieure est l'objet de nos plus âpres débats. Pourtant, lorsqu'elle nous est offerte, nous la fuyons comme la taupe fuit la lumière.

   Un fleuve, venu d'un inconnu situé très au-delà de la naissance, nous conduit loin après la mort. Nous sommes, de ce fleuve puissant, une goutte indocile.

http://www.osimon.free.fr

   L'aube éclaire mille chemins. Qu'importe celui que nous choisirons ? Le crépuscule nous les fera tous oublier.

   Si vous connaissiez le pourquoi de ce monde, que pourriez-vous changer ? L'éphémère est l'essence de l'univers et nulle autre connaissance ne vous ouvrira les portes de l'éternité.

   Trop fragile, trop limité dans ses perceptions, trop incapable de sagesse, l'homme n'est certainement pas, pour la Conscience, le support le plus adéquat. Nous pouvons raisonnablement supposer que la Vie, tôt ou tard, cherchera une forme plus apte à exprimer son Intelligence.

   Mes larmes sont devenues rivières courant les terres à la recherche de l'aimée. Puis, mes pensées, flèches d'or volant par delà les sept mers, ont trouvé le lieu de son sommeil. Enfin, le Temps est passé...

Jamais je ne retournerai vers la tombe
cachée sous mes silences
mais les roses alentours vous diront
qu'elle fut le soleil d'un solitaire
celle qui repose ici
dans les voiles de l'éternité

Le nom de l'aimée
l'ai-je prononcé ?
Le nom de l'amant
l'ai-je dévoilé ?
Le nom de leur maître
pourquoi le redire ?

De vos orgueilleuses murailles
il ne restera que ruines

   J'entendis des sifflements de métal qui tranche puis, très vite, des cris d'agonie. Une voix, dominant le tumulte, ordonna : " Toi ! Va-t'en d'ici ! " Je m'éloignais, visitais d'autres horizons, mais toujours je répétais :

Si vous n'aviez pas eu peur de l'Amour
d'autres chants auraient couvert le monde

   Je languissais devant la Porte, appelant jour et nuit, lorsqu'enfin une voix murmura : " Laisse au vent savoir et raison, oublie efforts et mérites, abandonne ici craintes et espoirs. Au royaume de la Nudité, que ferais-tu de ces vieux vêtements ? "

   Compagnon !

   Avant que l'Ami - pour toi - n'ouvrît la fenêtre, tu ignorais l'existence du monde et tu ne savais pas que, dans ce défilé tourmenté, tu rencontrerais l'aimée.

   Compagnon !

   Lorsque l'Ami - pour toi - fermera la fenêtre, que sauras-tu encore du monde et de l'aimée ?

Là où résonna son rire
le vent joue et chante
Ce que ses yeux contemplèrent
demeure par delà les siècles

Pourquoi pleurer l'ami qui s'en va ?
Il fut ce que nous sommes
un instant de l'éternel

Pourquoi pleurer l'ami qui s'en va ?
Il est ce que nous serons
le témoin de l'ultime vérité
Rose ou galaxie - en cet univers
rien ne dure

   Avant de disparaître, l'enfant m'abandonna son dernier bien : un diamant de belle taille. Mais que faire désormais d'un tel joyau ? Sur quelle couronne, emblème de quel royaume, le sceller ? A la nuit, dans un lac, je l'ai jeté :


Sur des hauteurs perdues
baignées de lune
dort le lac
En ses profondeurs gît le diamant
Pouvoirs offerts ?
Voile de l'Amour ?
Sagesse éternelle ?
Qu'importe !
Plus tard, j'entendis ces paroles

De l'origine et de la fin
ne te soucie plus
Naissance, vie et mort sont rêves
et le Chemin lui-même
n'a pas d'existence
Alors viens, ami !
Aux ombres de ce monde
n'accordons plus un seul regard

A l'aube, un épervier s'approcha et dit

J'ai brûlé les livres saints et détruit les lieux sacrés
Impie ! cria la foule - A mort !
L'oiseau d'un coup d'aile s'éloigna - mais tous perçurent
Pensiez-vous en de si petites demeures Le loger ?

Puis un second épervier vint et dit

D'un souffle j'ai embrasé la Terre
Impie ! Crièrent les anges - A mort !
L'oiseau d'un coup d'aile s'éloigna - mais tous entendirent
Espériez-vous de poussière Le nourrir ?

Enfin, un dernier épervier vint et dit

D'un regard, j'ai anéanti l'Univers

Alors - de l'Abîme une voix s'éleva

En ce " rien "
Cela est



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