Il est vain d’essayer de changer le monde. Ceux qui ont accepté cette évidence ont tourné leur attention vers leur espace intérieur. Là,
ils ont découvert que les racines de la souffrance sont liées à l’existence d’un centre qui se perçoit comme une entité indépendante et durable,
séparée du mouvement de la Vie. Ayant démontré que le " je " est responsable du désordre mondial, les sages visent sa destruction. Cependant,
ce sacré " moi " possède des griffes acérées et des centaines d’astuces pour nous faire croire qu’il est mourant alors qu’il ne l’est pas.
La seule façon de s’en défaire consiste à porter une attention soutenue à la façon dont il agit. On devrait répondre à trois questions : Qui pense ?
Comment ? Et pourquoi ? C’est un travail difficile et fatiguant, mais le seul sensé si le but ultime de l’aventure humaine est de révéler " Cela ".
" Cela " est un mot pratique. Par sa " neutralité " il évite la création d’une image d’un dieu à visage humain et, par son aspect indéfini
il " décrit "
ce qui ne peut pas être décrit. " Cela " pointe vers quelque chose que la volonté ne peut pas atteindre mais se révèle de soi-même lorsque l’ego disparaît.
" Cela " est peut-être ce que le biologiste Lyall Watson appelle, dans La marée de la Vie, le " Système contingent ". Ce système, dont l’existence n’a pas
encore été prouvée scientifiquement (1982) pourrait être agissant dans tout l’univers. " Cela " pourrait également être " L’Ordre impliqué " du physicien
David Bohm, mais certainement pas le Soi jungien qui n’est rien d’autre qu’une extension indéfinie du " moi ". Disons pour finir que " Cela " est
davantage un état d’esprit, ou un état d’être, qu’une connaissance.
Première partie
" Allez votre chemin en chantant, mais que chacun de vos
chants soient brefs, car seul le chant qui meurt jeune sur vos lèvres
vivra dans le coeur des hommes. "
Gibran

Dans les champs
les paysans travaillent
se mouvant lentement
en glanant
se mouvant lentement
comme le cours du temps
parfois
Au bord de la mer
le chant du vent est plein de tristesse
et les vagues languides
semblables aux larmes
du monde agonisant
Dans l’esprit de l’homme
les pensées virevoltent
comme des hirondelles
un après-midi d’orage
le spectacle doit-il se poursuivre
encore et encore ?
Cela ne sera-t-il jamais révélé ?

Nous étions deux amis
contemplant nos images
réfléchies des profondeurs d’un puits
lorsqu’une pierre
jetée dans l’eau
brisa nos visages
et qu’une voix dit
Même si – souvent
vous vous comportez comme des larves
il existe – quelque part
dans l’obscurité que vous chérissez
une liberté cachée
Sans cesse
la Vie vous appelle
car elle veut que vous dansiez
avec les vents et les dieux

Cependant
comment pourriez-vous vous enivrer
d’espaces sans limites
si – craignant les courants d’air
vous n’osez jamais ouvrir vos ailes ?
Effrayés de vous perdre
vous êtes déjà morts

Vous criez
Nous voulons la paix !
Mais y en a-t-il – au moins
un peu
dans votre coeur ?
Vous criez
Nous voulons la liberté !
Mais y en a-t-il – au moins
un peu
dans votre esprit ?
Cela – peut-être
pourrait vous donner l’une et l’autre
Mais Cela n’est pas un simple concept
Cela doit être vécu
jusqu’aux racines de l’être

Ceux qui veulent " marcher sur la queue du tigre " devraient être avertis...
L’intelligence est requise
mais elle n’aidera guère
Des connaissances aussi
qui n’aideront pas davantage
L’intuition nous trahira également
et la volonté devra avouer
qu’elle est l’ultime obstacle
Interrogé sur le bon outil à utiliser
un sage murmura
Bonne chance !

Et voici encore un autre avertissement....*
" Si j’avais su combien l’Amour est douloureux,
je serais resté à l’entrée de la Voie de l’Amour
j’aurais proclamé avec un tambour
Partez ! Partez loin !
C’est un voyage sans retour
une fois engagé on reste là – sans aide
Mais vous qui êtes encore dehors
Regardez bien !
Réfléchissez avant d’entrer
combien il est difficile – et douloureux
de marcher sur le Chemin de l’Amour ! "
* Ancien chant perse cité par Irina Tweedie dans " L’Abîme de feu "

Il y a beaucoup de pièges
sur le chemin de l’Amour
Les regrets sont l’un d’entre eux
l’espoir un autre

L’Amour – parfois
prend d’étranges formes
nuages...ou coquillages

L'Amour - parfois
ressemble à la haine

En se promenant sous la pluie
on remarqua une pomme oubliée
un souvenir doré de l’été
encore pendue à un arbre nu
Il n’y a pas un million de vérités
mais une seule
Il y a peu de chemin pour l’atteindre
mais un grand nombre pour passer à côté

Le comportement d’un aigle
ne ressemble pas à celui d’un âne
Il en est de même pour l’Homme
ses actes dépendent du fait qu’il soit
roi ou esclave
Chacun doit savoir
" Qui " il est !

Contemplant les dunes
tu murmuras
J’aime ce pays

Regardant vers des espaces invisibles
j’ai failli dire
c’est le pays que j’aime
suis-moi !
Car c’est aussi ton pays
et celui de toute l’humanité
Mais mes lèvres restèrent scellées
Il est parfois trop tôt
parfois trop tard
jamais à temps
Et nous mourons
sans même avoir essayé

Le soleil se retire
chassé par des êtres malfaisants
Les taoïstes bien-aimés
qui vivaient de rosée
ont disparus
de même que les maîtres du Ch’an
vers de mystérieuses contrées
Mais leurs paroles demeurent
un remède éternel

La vie – au début
est noire ou blanche
Plus tard
elle est noire et blanche
Quand les orages sont passés
elle devient multicolore
comme un arc-en-ciel

Il y a environ 1100 ans, le maître du Ch’an Lin-Tsi fût envoyé dans un monastère dont les moines n’étaient pas très intéressés à
connaître la nature de Bouddha. Après plusieurs mois d’une marche aventureuse, le voyageur entra dans le monastère, alla directement vers le supérieur,
cria " Khât ", secoua ses manches, et s’en retourna chez lui.
Il est dit qu’après cette intervention, la moitié de la communauté se mit en quête de monastères plus sérieux...

Le même Lin-Tsi dit : " Tout ce que vous rencontrez au-dedans ou au dehors
de vous-même, tuez-le ! Si vous rencontrez le Bouddha sur la route, tuez-le ! Si vous rencontrez votre père ou votre mère, tuez-les ! "
C’est une façon de dire que nous devons nous libérer de tout attachement.

Plagiant joyeusement quelques auteurs *
" Jésus descendit
des cieux sur la terre
disant qu’il était
le sauveur de tous "
Si vous rencontrez Jésus sur la route
tuez-le !
Les gens dirent qu’il était né d’une vierge
Si vous rencontrez la Vierge sur la route
tuez-là !
" Les vallées sont profondes
et les montagnes si hautes "
Et si épais le mur de nos illusions...
* Lin-Tsi : Sayings
BJ Harvest : Hymn
Ike & Tina Turner - River Deep Mountain High

Dimanche ensoleillé
Les cloches sonnent à toute volée
Les croyants quittent l’église
les traits soucieux
masquant des visages sombres
Flânant sur le chemin des rêves
ils pensent d’une façon
parlent d’une autre
et agissent d’une troisième
Ils ont imploré de la pitié
ce n’est pas ce dont ils ont besoin
ils devraient être éveillés
ce n’est pas ce qu’ils veulent

Un reclus verse des larmes
parce qu’il ne peut partager sa connaissance
un autre ne donnerait pas un souffle
pour le salut de ce monde
Je me demande
si l’un d’eux
est un authentique sage ?

Un homme affirma
Je vous libérerai !
Les autres accoururent
...et devinrent esclaves

" Je " ne voulais pas être détruite – dis-tu
mais le plus vulgaire moineau
filant dans le ciel du matin
aurait pu t’éclairer
un nuage n’est jamais détruit
il disparaît – simplement

Rien qui puisse éclairer les ténèbres
Une étoile mourante – à la dérive
c’est ainsi que - pour la dernière fois
je te vis
Malheureusement
le temps était passé
personne ne pouvait encore t’aider
Un vent timide – peut-être
se souviendra de toi
et portera – par delà les siècles
l’histoire honteuse
d’une reine qui aurait dû
couvrir le monde de fleurs

La création est un essai
Océans empoisonnés
ondulant lentement
Soleil blanc
s’enfonçant dans une brume épaisse
Nous ne sommes plus des guerriers
combattant pour un devoir sacré
mais des feuilles mortes
livrées à un vent perfide
Allons-nous manquer l’essai ?

Pour les prêtres et les politiciens
toutes les bonnes choses sont dans le futur
Cours – cours – mon ami !

Certains assurent que les calamités qui nous menacent
s’apparentent à des catastrophes naturelles. Cette affirmation irréfléchie ne
tient pas en compte de la responsabilité de l’Homme. Sommes-nous à ce point
dégénérés ?

Beirut 1983

Pendant que je dormais
ils se battaient – comme des chiens
couvrant les collines
de sang et de haine
A l’instant où je m’éveillais
ils cessèrent le feu
disant
Parlons de paix !
Mais comment celle-ci pourrait-elle
s’enraciner et croître
s’ils demeurent sourds
à " La voix de l’éternelle sagesse " ? *
* Une oeuvre de Gibran

De lourdes fumées rampent encore
sur la terre dévastée
La voix qui t’appelait
a été réduite au silence
mais dans le lointain
brille une lumière dorée
Que l’on trouve ou non un compagnon
la Voie reste lumineuse

Seconde partie
" Tout ce que tu as dit
tout ce que tu as entendu
tout ce que tu as su et vu
n’est même pas le premier mot
de ce que tu dois savoir
Détruis ton " moi "
car le monde en ruine n’est pas ta place "
Farîd-ud-Dîn 'Attar

Plongé dans un rêve
je rencontrais un groupe de gens
débattant très sérieusement
du futur de l’humanité
D’abord – je participais
Ensuite – comme ils s’excitaient
je m’éloignais
Finalement – un oiseau m’éveilla
Hé ! Toi ! Le merle !
Pourrais-tu me dire
de quoi ils parlaient ?
Il siffla
mais je suis certain d’avoir entendu
De foutaises !

Guerres sans fin
discours stériles
étouffent la sagesse
Sans regrets
les sages se retirent
vers des profondeurs silencieuses

Contemplant - paisiblement
tout ce qui croît et meurt
je me sens éloigné des hommes
et je me demande
Pourquoi sont-ils si troublés ?
Notre condition éphémère
est un fait
auquel personne n’échappe

Regarder le monde
aboutit à une conclusion
Rien n'est parfait
Mais la perfection elle-même
peut être une sentence de mort
car la marée de la Vie
monte et descend
seulement entre des opposés

Full Moon

Rayons de lune
perçant le brouillard épais
Vent léger
récoltant les dernières feuilles de vigne
Un homme se promenait là
une ombre sur Terre

On se tenait comme un arbre en hiver
nu et silencieux
un roi parmi les champs
n’attendant rien
que de perdre ses dernières feuilles...
L’humilité n’est pas une vertu morale
mais un état d’être
une ouverture totale
à la totalité de la Vie

Tôt ce matin
dans l’air pur et froid
les feux des avions
semblaient des étoiles
tombant lentement sur la Terre
D’où venons-nous ?
Où allons-nous ?
Sans importance !
Qui sommes-nous ? maintenant !
Voilà l’essentielle question

Rêvant
parmi des millions de rêves
on joue le jeu
ajoutant sa propre confusion
au désordre du monde
Eveillé
se tenant loin du brouhaha
on devient
de temps à autres
une île
pour les voyageurs

Les paroles des maîtres ?
De l’écume à la crête des vagues
Se détournant des Enseignements
ouvrant son esprit à des profondeurs silencieuses
on pénètre un jardin fleuri
dont les effluves enivrent
For soi-même
il n’est pas de sauveur
qui ouvrira le portail

L’océan meurt-il
lorsqu’une vague s’écrase sur le rivage ?

Seul
dans la paix de la nuit
sans une seule pensée pour l’Homme
un voyageur
garde les richesses du monde
Cependant
l’univers n’a pas besoin de lui
pour préserver son chant
Quelque soit le destin de l’humanité
la musique continuera – éternellement

Dédié à la mémoire de
Djalâl-ud-Dîn Rûmi
Farîd-ud-Dîn 'Attar
Husayn Mansûr Hallâj
Omar Khayyam
Yunus Emré
et à tous leurs semblables
Une lueur brillait dans la nuit
Je m’approchais et vis
un homme tournoyant
entouré de hautes flammes dansantes
Qui est-ce ?
Je ne reçus point de réponse
mais une voix ordonna
Brûle le souvenir du Voyage
la connaissance et les aptitudes
réduit en cendre
le désir d’être un avec Cela
et dit
O Serviteur des serviteurs
fais de moi ton serviteur !

Tard la nuit dernière
un soupire de la lune
éveilla un vent paresseux
et cette question fut posée
Qu’est-ce que l’Eveil
Cela se produit – simplement
lorsque soudain
vous faites face aux faits

La dernière pleine lune

La terre était assoupie
tel un enfant
après les jeux de la journée
Deux chouettes s’envolèrent
flirtèrent avec les rayons de lune
Ca et là
un nuage dérivait
à la rencontre d’un nouveau jour
Sans " moi "
pour poser des questions
il y avait de la place pour Cela

Alors...ces mots furent prononcés
L’Amour est tel un aigle
jouant – éternellement libre
avec des abîmes de lumière
Vous
qui rampez encore
parmi les ombres de ce monde
Eveillez-vous !
Levez-vous !
Dépêchez-vous !
Suivez le sillage de ses ailes d’or
élancez-vous – toujours plus haut
jusqu’aux ultimes sommets

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