Ces " poèmes " ayant été écrits dans l’intention de partager une sagesse vieille comme le monde mais difficile à comprendre,
les clefs qui suivent sont destinées à faciliter la compréhension du lecteur.
La " reine de l’univers " peut-être une femme, mais aussi ce que C-G.Jung appelait " anima ", symbole de l’énergie
féminine agissante dans les profondeurs de l’âme masculine ( les femmes remplaceront " anima " par " animus ", " reine " par " roi ", etc. ) Il
arrive que ces forces révèlent leur existence à la faveur d’un événement insignifiant. Elles donnent alors naissance à des peurs, à de l’amour
et à de la haine simultanément, car initialement la conscience est incapable de les maîtriser. Mais aussitôt qu’elles sont reconnues et comprises,
elles perdent leur pouvoir destructeur et deviennent pour l’individu une nouvelle source de force et de créativité.
Un aigle symbolise un esprit libre. C’est à dire l’esprit d’un homme qui ne s’est pas nécessairement retiré du monde, mais qui s’est
libéré du poids de ses regrets, espoirs et peurs. Ces " saints sages " sont rares ; mais une telle libération peut, de façon inattendue, survenir en chaque
être humain.
Un dernier mot pourrait être utile. La plupart de ceux qui se sentent piégés par une vie banale, insignifiante, déplorent leur
incapacité à se battre pour trouver la lumière. Puissent-ils se souvenir que la joie parfois – pour ne pas dire toujours – naît d’une paisible rencontre
avec nos faiblesses les plus dérangeantes, celles que nous refusons de reconnaître.

" Après avoir traversé un cours d’eau, on ne peut mettre la tête dans l’eau que si l’on y retourne imprudemment. Tant que l’on va droit devant soi
et que l’on ne regarde pas en arrière, on échappe à ce danger. Mais il y a quelque chose de fascinant à demeurer immobile et à regarder en arrière
vers le danger que l’on a surmonté. Une admiration de soi aussi frivole n’amène rien d’heureux. On se met ainsi en danger et, si l’on ne se décide
pas finalement à aller de l’avant sans s’arrêter, on devient victime de ce danger. "
Le Yi-King

En cette aube
la brise était fraîche
et la mer calme
après tant d’orages
comme le soleil se levait
elle vint
des profondeurs de l’Inconnu
pour cet instant – unique
de communion
Ils s’enlacèrent
avec une joie brûlante
Dans ses yeux
les galaxies dansaient
et il sut
l’Intelligence cosmique
rayonne en tout
Plus tard, il demanda
Comment as-tu passé ta vie ?
Je rêvais
que j’étais la Reine de l’univers
Si tu tenais le monde dans tes mains
que ferais-tu ?
Je le couvrirais de fleurs

Alors les vagues se creusèrent
le vent forcit
soufflant du sable dans leurs yeux

Te haïssant
j’ai fui dans le désert
mais au-dessus des dunes
perdues dans un silence menaçant
ton visage apparut
pâle lueur dans la nuit
Tes lèvres bougeaient
mais je ne comprenais pas ce que tu disais
Parlais-tu d’éternité ?
ou de cette flamme secrète
qui nous détruisait l’un et l’autre ?
J’interrogeais le vent
ne reçus que cette réponse
L’Amour doit me ressembler
courant libre
jour et nuit
partout

Des sourires effacés
des regards éteints par des vagues de chagrin
des mots morts dans le silence
brisèrent les chaînes
L’aigle s’offrit au vent
s’élança vers les hauteurs libres
au-delà des jours perdus de l’humanité sans espoir
et partout
dans les ténèbres
il sema ces mots
Ici et maintenant est l’au-delà – éternellement
Il n’y a pas de seuil à franchir
pas de chemin
vers le coeur flamboyant de la Vie
où aucun dieu ne demeure
mais seulement l’homme éveillé

Des étoiles perdues guidaient l’aigle
planant au-dessus de solitudes sauvages
Soudain
cette vérité éclata
L’Homme lui-même brise ses ailes
Alors - l’aigle dit
Votre peur est un mur
qui vous sépare de l’illimité
Vous étouffez la vie
en essayant
par crainte des tempêtes
de calmer un océan
Mais pendant que vous désespérez
les vagues rient et s’en vont
C’est pourquoi vous – enfants de la Terre
devez détruire ces chaînes
que vous avez vous-même forgées
avec des mots et des traditions
pour suivre le vent
et jouer avec l’univers
vous saurez alors
que l’esprit et la matière
comme la vie et la mort
sont un
et plus jamais vous ne pleurerez

La mer était démontée
Contre les rochers
des chevaux blancs couraient à la mort
et le vent ! Le vent - mon ami !
Comme un fou
grondait en tourbillonnant sans fin
Mais l’aigle – calmement
jouait avec la nature déchaînée
s’élançant dans les tourbillons
avant de redescendre lentement en larges spirales
C’est alors que j’entendis ces mots
Pourquoi rêvez-vous votre vie
étouffant son feu sans fin
sous de fausses croyances ?
N’êtes-vous pas tels des enfants
cherchant un chemin où il n’y en a pas ?
Dans les mots que vous répétez de génération en génération
y a-t-il la moindre liberté ?
Dans les possessions que vous désirez
trouverez-vous l’amour ?
Vous prétendez tout savoir
sur les dieux, la Vie et l’au-delà
Mais vous ne connaissez rien de vous-même
L’orage se calmait
le soleil perça les nuages
et l’aigle était loin de la terre
lorsqu’un souffle de vent dispersa ces derniers mots
Vous fermez les yeux et criez
je suis aveugle
Vous rampez dans une profonde confusion
mais n’essayez jamais de vous lever
Vous vivez une vie de seconde main
qui est une ombre
créée par votre esprit apeuré
et vous oubliez que partout
au-delà des croyances destructrices
resplendit l’Etre éternel

Seules les vagues sont intelligentes
elles dansent avec la brise
passent...
et meurent
en souriant


Hélas !
La mer – sans toi
n’est qu’une plaine morte
Cependant
dans le dessein des étoiles
s’inscrit ton retour
Ce jour là
les vagues riront à nouveau
le soleil – une fois encore et à jamais
brillera dans ton regard
et la lune – une fois encore et à jamais
protégera notre amour silencieux

Flèche d’or
l’aigle volait dans le soleil levant
Mais la tristesse l’habitait
La vérité que j’ai trouvée
dans les larmes et le sang
qui l’écoutera ?
Les mots que je pourrais prononcer
quel coeur enflammeront-ils ?
Partout, ils crient
Tu es un étranger
Ils rient
jettent des pierres
Fiche-le camps !
Mais eux aussi – sans le savoir
sont des étrangers
aveugles à la paisible beauté de la Vie qui passe
Ils s’aiment trop
oublient les cieux - le vent et le soleil
Ils regrettent hier
rêvent demain
cependant qu’aujourd’hui brûle le monde
Une fois encore
l’aigle demanda
La vérité que je connais
qui l’écoutera ?
N’est-elle pas perdue
la flamme que vous ne pouvez transmettre ?
Plus tard - du silence
jaillit cette réponse
Que tu parles ou non
l’éternelle sagesse demeure
ta bougie – dans le soleil
n’est qu’une ombre
Peux-tu ajouter de l’eau à la mer ?
Lorsque tu respires
aides-tu le vent ?
Mais......dis-moi !
Pourquoi les fleurs poussent-elle ?

Avant longtemps
le vent dispersera mes plumes
et vous m’oublierez
Qui alors vous montrera la lumière
sinon vous-même ?

La lune flânait sur le chemin des étoiles
ses rayons argentés jouaient avec les vagues
et quelque part - dans cette obscurité paisible
flottait ton souvenir
J’appelais le vent
Libère-moi de ce rêve !
Il vint – souffla
mais ton image joua avec lui
Alors il dit
le Temps peut-être te libérera
Le Temps passa...
et te couvrit des couleurs de l’éternité
J’appelais la mort
Elle vint en courant
m’enlaça avec tendresse – murmura
Tu es un enfant !
Qui – crois-tu
peut détruire l’essence de la vie ?

La vie pourrait être un sourire
sur la face de l’éternité

Mais....notre chemin est encombré
de jours sombres
de peurs – comme des taches sur le soleil
et de traces sanglantes
Les oiseaux ont les ailes brisées
le ciel est vide
Les poissons se noient
les océans meurent
Les fauves disparaissent
la Terre – glacée
sombre dans les ténèbres
Où sont les fleurs
dont tu voulais couvrir le monde ?

Mort d'un aigle
Personne ne le vit mourir
personne ne dira jamais
quelles furent ses dernières pensées
les lumières étincelantes
dans le sillages des ailes d’or
s’éteignirent
Les larges spirales s’approchèrent de la terre
s’écrasèrent en flammes
Crépuscule
Une légère brume rose
plane sur les dunes
et le silence - comme une tombe
se referme sur la connaissance refusée

La mer pleure
le vent gémit
l’homme se tait
Tous attendent
une terrible fin

Noir et fou
le vent teinte les nuages de deuil
torture les arbres
couvre nos tombes
de lourdes feuilles mortes
noir et glacé
le vent disperse les espoirs dorés
de la dernière récolte
noir et rugissant
le vent efface
les mots qui devaient éclairer
notre chemin
Mais la tempête s’apaise
et la neige tombe
voile d’oubli
sur le vaste cimetière
où gisent – pour toujours
nos espérances anéanties

O dieux perfides !
Ai-je rêvé ma vie
couru après l’ombre d’une illusion ?
Dans les cieux résonnèrent ces mots
Lève-toi et regarde
il fait jour à nouveau
Regarde en arrière
il ne reste pas trace des jours sombres
les larmes sont séchées
par le souffle du temps
qui s’enfuit rapidement
Regarde le chemin – devant toi !
conduisant – à travers des paysages inconnus
vers l’autel des ancêtres
gardiens des plus hauts sommets
où les aigles ne meurent jamais
Il se leva et marcha
mais un chant triste alourdissait son coeur
car il ne pouvait oublier
qu’il avait – un jour
aimé la reine de l’univers

Les aigles ne suivent d’autre chemin que celui du Ciel
renés des cendres des rêves détruits
portés par une brise éternelle
planant ça et là – sans but
loin de la peur de la vie et de la mort
ils se sont joyeusement retirés
du monde de l’homme fou
et volent – solitaires
au-dessus des nuages menaçant
de la dernière aube

Revenant d’un vol lointain
un aigle fit halte
sur le plus haut pic
d’une montagne élevée
La lune et les étoiles recouvraient ses rêves
lorsque des abîmes s’éleva une voix
Oiseau de nulle part...nulle part...nulle part...
Es-tu insensible ?
La folie embrase la vallée
les sources tarissent
les mères versent des larmes
sur leurs enfants assassinés
Regarde !... regarde !...regarde !...
Dans la pâle lueur des éclairs
l’humanité foudroyée
les merveilles de la création sont spoliées
et la Terre – bientôt détruite
sera livrée au mépris universel
L’aventure de l’Homme finit dans le sang
mais toi – endormi
tu restes éloigné de nous
à parler depuis des espaces stériles !
L’aigle voulu répondre
mais le souvenir des soleils
s’enfonça dans les ténèbres
les mots lui échappèrent
et un désespoir silencieux l’envahit
La voix insista
Aigle, reviens vers nous – un homme !
Souffrir avec vous ?
Oublier la danse de l’univers
pour vos gestes d’aveugles ?
La mélodie de l’infini
pour vos cris désespérés ?
Aucune réponse ne vint du ciel
Mais à l’aube
une vague silencieuse apporta ces mots
Il n’y a pas de voie juste
hors de sa nature intime
Alors l’aigle sut
et se laissa tomber dans la vallée
*
Dans une maison délabrée
un pauvre homme s’éveilla
Quel rêve étrange j’ai fait !
Je volais – comme un aigle !
Il rit, se leva – sortit
Une foule joyeuse se précipita vers lui
Pendant des années nous t’avons vu – solitaire
creuser le chemin de la Vie
cependant, l’eau ne coulait pas
Mais aujourd’hui – juste avant le lever du soleil
le vent porta un chant inconnu
Nous nous somme précipités et nous avons vu
L’inespéré s’était produit
Le sang de la Terre coule !
Bientôt
les graines deviendront de l’or
l’ombre des arbres te protégera
De nous tous
tu seras le plus riche et - pourquoi pas
notre guide ?
Le pauvre homme demeura silencieux
contemplant la foule attentive
puis la terre
frémissant sous les caresses de l’eau
puis en lui-même
vers des espaces très secrets
Ensuite il dit
L’eau appartient à la vie
Le soleil au ciel
cette terre est vôtre
Prenez tout
car rien ne m’appartient
Plus tard, il en dit davantage
je resterai avec vous
jusqu’à ce que la terre me rappelle
mais je ne deviendrai jamais un chef
Pendant la journée je partagerai votre travail
et durant la nuit vos rêves
je serai l’ombre de votre détresse et
l’écho de votre joie
Alors
comme l’eau des lacs frémit sous la brise
la Vie coulera avec nous
Finalement, en souriant, il murmura
Ecoutez le chant de la Vie qui revient
laissez-le emplir vos âmes
et vous saurez
La Vie ne nous a jamais quittés
mais nous étions aveugles – sourds – complètement insensibles

Je n’avais pas de direction
mais n’étais pas égaré
inculte
mais pas semblable au nouveau-né
sans désir
mais pas tel un tronc mort
C’est ainsi que j’allais vers le saint sage
Dis-moi
Toi - retiré du monde
la paix est-elle possible
pour ceux qui vivent dans l’enfer ?
Aussi longtemps que les souffrances passées encombrent votre esprit
aussi longtemps que la peur hante vos cœurs
ni paix ni joie ne peuvent s’épanouir
Alors ?
Pourquoi attendre un demain qui ne viendra peut-être jamais
pour vous libérer du fardeau étouffant des certitudes imaginées
et pour vous ouvrir à l’inconnu ?
Je ne pus répondre - mais songeais
Même si je tente de le retenir
hier n’est qu’un orage passé
même si je tente de le forger
demain demeure incertain
aujourd’hui seul m’appartient
Mais qu’est le présent
sinon peur – avidité – faiblesse ?
Est-ce l’ultime réalité de l’homme ?
Il rit et disparut en jetant ces mots
Tant que vivent les souvenirs
la peur demeure
Où brûlent les désirs
l’avidité croît
Quand la réalité n’est pas regardée en face
la faiblesse accable l’homme
Alors...un soleil se leva
puis un autre
puis un troisième...

Roses et orchidées se partageaient le jardin
leur parfum s’étendait loin sur la terre nue
Lorsque j’entrais
il était là – tourné vers la mer
immobile comme une pierre
Permets-moi cette ultime question – dis-je
la faiblesse me détruit
La vie me quitte
mais un vent puissant prépare le chemin de la lumière
je me sens " rien "
mais n’ai jamais perçu une énergie si puissante
Vers quelle fin suis-je précipité ?
La peur crée cette question – murmura-t-il
rien ne commence avec la vie
rien ne finit avec la mort
où pourrait être la fin de ce qui n’a jamais commencé
Plus tard
alors que tombait la nuit
je compris
Le " moi " doit se dissoudre
dans le silence des solitudes vivantes

Par un jour ensoleillé
il paressait à l’ombre fraîche d’un grand arbre
contemplant les ruisseaux scintillant dans le verger
Personne ne buvait l’eau vivante
ni ne récoltait les fruits
Mais la tristesse s’était envolée
il entendait le son de l’univers au plus profond de lui-même
comme le chant d’un océan paisible
La Vie fleurit et éclate sans aucune intention
l’Homme seul - pour tout ce qu’il fait
espère une récompense

Dunes de sable
dunes de neige
soleil ou tempête
où que tu sois
quoi que tu fasses
est sans importance


Le soleil effleurait la mer
Plus tard
la lune éveilla les ombres de la terre
Le vent portait un silence inconnu
A l’aube
quand les galaxies s’en vont
le dernier sourire de la lune
montra que tout n’avait été qu’un rêve
Alors Cela vint...
grondant et tournoyant
emplissant le vide
silencieux et bruyant
léger et pesant
sans nom
libre
Personne ne peut décrire Cela

Finalement
avant de quitter cette planète perdue
il offrit ce chant au vent
La vie n’est pas un rêve
mais vous êtes des rêveurs
accordant foi aux voix de siècles obscures
Elles vous disent que faire – que penser
échos sans fin dans vos esprits apeurés
Les dieux que vous adorez
se comportent comme des enfants capricieux
mais vous suivez leurs commandements
par crainte de les rencontrer dans l’au-delà
Vous connaissez à peine les limites de votre cerveau
mais rien de ce qui est au-delà
parce qu’avant tout
vous aimez une image de vous-même
et la rêvez éternelle
Effrayés par la mort
vous tuez la vie
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